CHU Ben Badis

CHU CONSTANTINE : Le scandale des patients Covid-19 abandonnés

À la fin de l’après-midi de jeudi, il y avait panique au sein du staff directionnel du Chu Constantine. Et pour cause; une vidéo qui n’arrêtait pas de faire le buzz au fur et à mesure que son contenu était connu du…grand public. Ames sensibles s’abstenir aurait été un préalable avertissement à la hauteur des séquences dévoilées par des malades à l’intérieur d’un service affecté au traitement du Covid-19.
Un service, au demeurant plein de patients et totalement vide de professionnels. Et c’est justement ce que dénonce de vive voix et en proie à une grande colère deux ou trois malades, mais également un père (vêtu d’une combinaison réglementaire) venu apporter le petit-déjeuner à son fils hospitalisé et dont il constatera le corps recouvert de la tête aux pieds. Celui-ci était « mort depuis plusieurs heures », dira une patiente, ajoutant que «…c’est un coursier qui en a fait la découverte ce matin et il est 10 heures et personne parmi le personnel ne s’en est inquiété » à tort ou à raison et sous le coup d’une grande colère, ils crieront à l’unisson que «…tous les jours il y a deux à trois décès ici ». La vidéo, sur les réseaux sociaux et plus particulièrement Facebook, se démultipliait au fur et à mesure qu’elle aboutissait sur un compte individuel ou groupé.
Pour l’anecdote, il y a lieu de souligner qu’un rescapé de la pandémie avec lequel nous avons pris attache, quelques jours après sa totale guérison, nous confiera qu’effectivement les malades une fois admis et leur traitement entamé n’étaient pas approchés par les médecins qui ne les joignaient que sur leur téléphone dont ils ont, au préalable sollicité le numéro, pour leur poser des questions sur leur état physique (fièvres, transpiration, toux, diarrhées). Dans le moins pire des cas, les médecins toquaient à la vitre de la porte et leur posaient des questions, celle-ci fermée.
Contacté sur son téléphone, le chargé de communication du Chu de Constantine ne semblait pas être au courant, mais, nous confiera-t-il, que «le DG m’a demandé il y a quelques instants de rejoindre en urgence l’établissement ». Le vendredi, en milieu de matinée, nous saurons auprès de Azziz K. notre vis-à-vis de la veille qu’effectivement il y a eu branle-bas de combat au niveau du service concerné et de la réunion qui s’en est suivie et qui a duré près de neuf heures, qu’il n’était nullement dans l’intention de la direction de démentir ce qui circulait sur les réseaux sociaux, admettant ainsi «…qu’effectivement il y a eu dysfonctionnement malgré toute la volonté consacrée par la direction de l’établissement à faire face à la pandémie en y mettant les moyens conséquents tels que l’affectation de 190 professionnels : professeurs, assistants, médecins, chirurgiens, infirmiers, radiologues, aides soignants et commis, des équipements et des moyens matériels de haute technologie. Quoi qu’il en soit, des mesures ont déjà été prises avec la suspension de plusieurs personnes, une enquête approfondie a été ordonnée et elle devrait faire la lumière sur les tenants et aboutissants de cette situation et permettre ainsi de mieux situer les responsabilités et une prise de décision conséquente ».
Soulignons que la wilaya de Constantine compte parmi les neuf autres dont la plage horaire de confinement est passé de 19 à 17h, sans que cette mesure ne pèse sur la réalité quotidienne, puisque les habitants, voire certains commerçants ont gardé intactes leurs (mauvaises) habitudes. C’est-à-dire ne rejoignant leur domicile qu’à la tombée de la nuit et pour certains ressortir pour veiller.
Med R.D.