SERGIO PASCULAL

LE DÉPUTÉ DE PODEMOS, SERGIO PASCULAL, AU « COURRIER D’ALGÉRIE » : «L’aile pro-marocaine du PSOE fragilise le principe de la séparation des pouvoirs en Espagne»

Entretien réalisé par notre envoyée spéciale à Madrid Karima Bennour

Rencontré, en marge de l’ouverture, vendredi soir, des travaux de la 43ème Conférence de l’Eucoco, de soutien et de solidarité avec le peuple sahraoui, qu’a abrité la capitale espagnole, les 16 et 17 du mois courant, le député du parti espagnol Podemos, Sergio Pascual, pointe du doigt l’aile dure du PSOE, parti de Phelipe Gonzalez, qui dirige, pour rappel, l’exécutif espagnol dans la posture du gouvernement espagnol «à être aux côtés des intérêts du Maroc au détriment du mandat de député et de l’institution espagnole» nous a-t-il affirmé. Pour ce député, membre de la commission parlementaire des affaires étrangères, le gouvernement espagnol a commis «un précédent grave», en tentant d’interdire un débat parlementaire sur la décolonisation du Sahara occidental, suite à quoi un recours a été déposé auprès du Tribunal constitutionnel espagnol, sans manquer d’alerter sur la fragilité du point relatif à la séparation des pouvoirs en Espagne.

Racontez-nous ce qui s’est passé, vendredi matin, au parlement espagnol, une réunion des élus du peuple pour soutenir la cause du peuple sahraoui, a été la cible des autorités espagnoles, allant jusqu’à vouloir l’interdire, qu’en est-il au juste ?
Aujourd’hui, et plus précisé- ment ce matin, (vendredi dernier :Ndlr) on a été interdit de s’exprimer et de débattre entre parlementaires, sur une question de décolonisation, le Sahara occidental, et là je tiens à souligner que c’est une violation des droits des députés et, de surcroît, anti-démocratique outre qu’il s’agit d’un précédent grave en matière de fonctionnement des institutions dans mon pays. Entre la position et les intérêts du Maroc et le mandat des députés et la liberté des parlementaires espagnols, qui sont les élus du peuple, le gouvernement et la présidente du parlement espagnol ont choisi les intérêts du Maroc au détriment du mandat et de la liberté des représentants des citoyens, les députés, en l’occurrence, ce qui est un fait très grave et un précédent. De notre côté, nous n’allons pas se taire sur ce précédent, d’ailleurs, aujourd’hui même (vendredi dernier : Ndlr) nous avons réussi à être présents au siège de notre institution, le parlement espagnol, et nous avons bravé l’interdiction qui nous a été signifiée, par le gouvernement, et plus précisément, le ministère des Affaires étrangères. Aussi nous avons déposé un recours auprès du Tribunal Constitutionnel pour défendre nos droits, le mandat des élus du peuple.

Vous soulignez que c’est un précèdent grave, qu’en est-il au juste ?
Premièrement, comme je l’ai dit précédemment, c’est très grave ce qui s’est passé ce vendredi matin au siège du parlement. Que la présidente du parlement demande un rapport au gouvernement, pour pouvoir décider, s’il y a lieu de permettre ou pas la tenue de notre réunion au siège de notre parlement et de la légitimité ou pas du débat des députés, lesquels sont des élus du peuple. C’est du jamais vu. Cela casse, implose l’unité des Espagnols, donne un coup dur et fragilise les rapports entre les institutions de notre pays, notamment le point relatif à la séparation des pouvoirs qui, par ces pratiques anti-démocratiques, mènent à son implosion. Nous avons su qu’il a été précisé, qu’effectivement cela a été fait pour répondre positivement à la requête du Maroc, de ne pas permettre la tenue de la réunion des députés sur la cause sahraouie.

Votre parti est en coalition avec le Psoe et il n’est pas à l’exécutif espagnol dirigé par ce dernier, qu’en est-il de vos rapports et vos relations, au vu des divergences existantes, entre le PSOE et Podemos, dont celle qui vient de se manifester, par ce qui s’est passé, ce vendredi ?
Effectivement nous appuyons, par le vote, le gouvernement du PSOE, notamment lors des séances du parlement, nous divergeons sur des points et nous n’occupons pas de postes ministériels, nous sommes présents au sein de l’exécutif espagnol. Ceci étant dit, nous interrogeons le parti socialiste et nous l’avons notamment questionné sur ce qui s’est passé ce matin (vendredi dernier :Ndlr). Et je vous dirais, qu’au sein du parti socialiste, il y a un débat interne, ce que nous craignons, c’est que l’aile dure du PSOE, celle de Phelipe Gonzalez, qui soutient le Maroc et est pro- marocaine, arrive à avoir le dessus sur le PSOE et la mainmise de cette formation politique. Et je vous rappelle que le ministre des Affaires étrangères, José Borel, a été, par le passé, dans le gouvernement de Phelipe Gonzalez.

Ne craignez vous pas de payer les frais de la politique du gouvernement du PSOE, notamment quand vous dites qu’entre les intérêts du Maroc et l’expression et le droit des députés, l’exécutif a choisi le premier, au détriment d’une des institutions de l’État espagnol ?
Nous avons haussé, de notre côté, le ton sur cette question, et au sein de la commission parlementaire des affaires étrangères, les relations entre les deux partis, Podemos et PSOE deviennent de plus en plus difficiles. Les rapports entre ces deux partis sont devenues rares à cause de nos divergences sur cette question et également sur d’autres problématiques liées à d’autres aspects en matière de relations extérieures et des questions internationales, en général, lesquelles nous divisent et nous séparent davantage. Et je vous dirais même que les relations entre ces deux formations politiques sont réellement devenues problématiques.
K. B.