Le ministre de l’Enseignement supérieur sur le choix de la transcription de tamazight : « La priorité est pour le travail académique, mais la décision finale pourrait être politique !»

Le projet de loi relatif à l’Académie algérienne de la langue amazigh est arrivé hier aux législateurs de la chambre haute du parlement pour enrichissement et débat. Comme attendu, la question de la transcription de tamazight a été largement soulevée par les sénateurs à l’instar de leurs collègues de l’APN.

D’une phrase, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Tahar Hadjar, lors de ses réponses aux membres du Conseil de la Nation, a tenté de mettre fin à un « débat stérile et sans issu », suggérant aux politiciens de s’éloigner de cette question. Pour le représentant du gouvernement, « il ne faut pas précipiter les choses. Il faut laisser cette question aux spécialistes et experts qui vont intégrer cette académie pour choisir et définir la nature de la graphie à utiliser pour écrire tamazight. Ensuite l’académie tranchera dans le sujet d’un point de vue scientifique et non pas politique et en respect des caractéristiques de notre pays ». À ce propos, Hadjar a insisté que la nouvelle académie algérienne de tamazight aura «un caractère purement scientifique». «Nous avons exigé dans un premier temps un niveau doctoral pour intégrer l’académie, mais ensuite nous avons constaté que peu de gens répondent à ce critère. Cela pourrait constituer une injustice tout de même. Alors nous avons demandé un niveau universitaire et c’est la norme car ce sont les standards exigés dans toutes les académies du monde », a-t-il précisé. L’objectif de cette académie est d’arriver à mettre la base d’«une langue académique comme dans le cas de la langue arabe». « C’est un travail scrupuleux et de longue haleine », souligne Hadjar, qui en fait même le parallèle avec la langue arabe, dont le processus de rassembler tous les langages arabes parlés dans la péninsule arabe a pris près de « deux siècles pour son standardisation et homogénéisation ». « Mais nous, on ne va pas prendre deux siècles pour rassembler les variantes et les langages parlés dans tout le pays. Nous pouvons compter pour cela sur l’apport des TIC », a de même tenté de rassurer le ministre. « Il est temps pour nous, en tant que politiciens de prendre du recul et laisser ce travail aux académiciens pour décider de la manière à promouvoir la langue amazigh. C’est le cas également pour la question de choix des caractères de transcription de tamazight. Chaque langue a sa personnalité. Dans les sciences de langage, les langues sont libres, elles choisissent d’elles-mêmes leurs alphabets : à travers le monde, il y a des langues qui ont gardé leurs alphabet d’origines et des langues qui ont emprunté l’alphabets d’autres langues », a-t-il expliqué. Mais, le ministre a jugé utile tout de suite de mettre les points sur les «I». «Personnellement, les langues amazigh et arabe sont des langues sœurs. Scientifiquement, elles sont issues des langues sémitiques et cette analogie lexicale avec l’arabe est manifeste et claire», a défendu Hadjar, précisant que «toutes les civilisations après l’avènement de l’Islam dans le Nord africain ont écrit leurs manuscrits en tamazight avec des lettres arabes alors que l’utilisation des lettres latines n’est que récente ». L’appel à l’éloignement de ce débat de la politique serait-il suivi à la lettre, y compris par le gouvernement ? « Il se pourrait que le choix final des caractères de transcription interviendrait par une décision politique », a ajouté le ministre qui se justifiait par le fait que : « nos frères au Maroc ont essayé les trois caractères – arabe, latin et tifinagh – mais ils ont toujours du mal à s’en sortir ». Une décision politique qui, toutefois, ne devrait pas intervenir de si vite, selon Hadjar, car le premier mot revient à l’Académie. Cela « nous éviterait d’entrer dans un débat stérile et sans issu » tranche-t-il. Malgré l’accueil favorable de ce projet de loi et des déclarations du ministre sur l’académie de tamazight, dans le hall du Sénat, quelques sénateurs ont fait part d’appréhensions quant à cette dernière déclaration. «Le ministre a évoqué une décision politique. Il ne faut pas se leurrer. Les choses ont toujours été politiques dans notre pays et le dernier mot revient toujours aux politiques », nous a confié un sénateur du groupe parlementaire du FFS. Par ailleurs, la commission d’Éducation du conseil du Sénat a accepté un amendement de désigner 4 vice-présidents de l’académie amazigh à condition qu’ils soient de zones géographiques différentes.
Hamid Mecheri