Accueil LA CHRONIQUE DU JEUDI Un reporter dans la foule : La civilisation des voleurs

Un reporter dans la foule : La civilisation des voleurs

0

Depuis la fin de l’empire colonial français durant la deuxième moitié du 20ème siècle, la France tergiverse pour restituer les biens et objets volés aux pays qu’elle a colonisé. Voilà plusieurs décennies que des discussions sans fin ont lieu dans diverses institutions françaises. La technique est simple, tourner autour du pot pour faire croire que la complexité du dossier n’est due qu’au respect de la législation française. Lundi dernier, 13 avril 2026, un « projet de loi relatif à la restitution de biens culturels provenant d’États qui, du fait d’une appropriation illicite, en ont été privés » était sur la table de l’assemblée nationale française. Il était transmis par le Sénat français. En réalité le parlement français pratique la technique dite « du ping-pong » pour retarder à l’infini la restitution des biens volés par la France coloniale à leurs propriétaires. Nous n’allons pas nous attarder sur le contenu de ce « projet de loi » tant il est ridicule et rabaisse l’image de la France dans une délinquance d’État qui doit faire honte à tous les français. Nous aborderons l’esprit de la démarche qui consiste à noyer le sujet dans un juridisme sans fin pour ne jamais rendre ce qui a été volé. Car et même si par extraordinaire, un texte législatif devait être adopté, il est d’emblée, dévitalisé complétement par les limites qu’il comporte. En effet, le projet actuellement en navette entre les deux chambres, exclut les « biens militaires et certains biens archéologiques ».
C’est-à-dire tous les biens puisque les vols ont été commis par des militaires de l’armée coloniale. Ainsi et en prenant l’exemple des biens personnels de l’Émir Abdelkader que l’Algérie réclame, le texte vise à les exclure puisqu’il s’agit, de plus, de biens d’un chef militaire. Ou encore le canon de Baba Merzoug volé lors de la conquête de l’Algérie et qui orne aujourd’hui la commune française de Brest. Sa restitution est réclamée depuis longtemps par l’Algérie. Le texte mis entre les mains des parlementaires français, exclu de fait de nous rendre le canon un jour, s’agissant d’un vol par des militaires. Voilà jusqu’où un pays comme la France peut sombrer dans la décadence. La honte. La bassesse. La France qui, dans un autre texte, avait érigé la colonisation en « œuvre civilisatrice ». La France entrainée dans la falsification par ses propres parlementaires. Tout a commencé il y a 9 ans. Le président, Emmanuel Macron, au cours d’une visite au Burkina Faso, le 27 novembre 2017, avait déclaré « Je ne peux pas accepter qu’une large part du patrimoine culturel de plusieurs pays africains soit en France… ». Avant d’ajouter, sans avoir l’air d’y toucher « … (il faut que NDLR) d’ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ». Remarquez le « temporaires ». C’est du nectar de la filouterie. Le « projet de loi » en question était toujours, comme dit plus haut, dans des allées et venues entre les deux chambres du parlement français. La même arnaque que ce même président français nous avait servi, lors d’un voyage en Algérie, en février 2017 alors qu’il était candidat à l’élection présidentielle française que « la colonisation est un crime contre l’humanité » avant de rétropédaler une fois élu. Plus d’une décennie avant, le président Jacques Chirac avait volé au secours de la France pour lui éviter de sombrer dans une escroquerie historique. Il a réussi à faire supprimer, en saisissant le Conseil constitutionnel, l’article 4 de la loi du 23 février 2005, qui stipulait « le rôle positif de la colonisation ». Le même milieu politique qui avait tripatouillé la loi en 2005 est revenu à la charge maintenant pour accuser d’autres pays de pratiquer le « terrorisme d’État » alors que la matrice de ce type de violence institutionalisé est le colonialisme. Le procureur français « antiterroriste » qui a été mis en avant n’est qu’un pion dans cette tentative d’enfumage. Pour revenir à la restitution des biens volés par la colonisation française, jusque-là, la « levée de leur inaliénabilité » nécessite une loi au cas par cas. Comme en 2025 où un « tambour parleur » volé à la Côte d’Ivoire en 1916, lui a été rendu. Et si par extraordinaire, une restitution devait aboutir, le recours au Conseil Constitutionnel est prévu pour l’annuler. Triste image d’une France qui perd ses repères!
Zouhir Mebarki
zoume600@gmail.com

Article précédentComment tester une stratégie de roulette sans trop dépenser
Article suivantLes errements d’un voisin