Hirak

LE HIRAK À L’ÈRE DU COVID-19 : Ce 56e mardi qui n’a pas fait l’unanimité

Des Algériens sont sortis, hier, dans la capitale et à Béjaïa en dépit des recommandations sur l’impératif de préserver la santé d’autrui. Le 56e mardi a eu lieu dans ces deux wilayas. À l’heure où le confinement devient obligatoire dans de nombreux pays afin de freiner la propagation du coronavirus, rien ne semble être le cas chez les manifestants. Certes, pas avec les grandes affluences, mais l’acte lui-même a suscité de vives réactions et une vague de critiques, notamment sur les réseaux sociaux.

À la veille de ce 56e mardi, les étudiants, faisant preuve d’un sens élevé de responsabilité ont décidé de suspendre les marches du mardi pour éviter que celles-ci ne deviennent des vecteurs de propagation du coronavirus.
En effet, plusieurs organisations estudiantines activant au sein du Hirak ont fait part, dans un communiqué publié sur leurs pages Facebook à la veille du 56e mardi , de leur décision de suspendre jusqu’à nouvel ordre les marches du mardi ainsi que leur participation à celles du vendredi.
C’est le cas du Rassemblement estudiantin pour le changement qui a annoncé la suspension temporaire de sa participation au Hirak « afin que notre mouvement populaire ne soit pas un facteur de propagation du Covid-19, et compte tenu notamment de la faiblesse de notre système de Santé », lit-on dans le communiqué de cette organisation qui indique que cette décision est prise sur la base des avis des médecins hirakistes craignant que la situation ne s’aggrave.
Malgré les appels multiples à la suspension provisoire des marches de mardi et vendredi, certains n’ont pas écouté ces appels. C’est le cas à Alger et à Béjaïa où des manifestants ont quand même marché.
Vers 10 h, une foule énorme était mobilisée à la Place des Martyrs. Des étudiants activistes ont lancé une campagne de sensibilisation contre le coronavirus. Là, un débat houleux s’imposait entre les manifestants sur le maintien de la marche ou son annulation. De jeunes étudiants essaient de convaincre la foule de se disperser et d’annuler la marche. Ils ont tenté de calmer la foule composée de différentes franges de la société, dont la majorité ne son pas des étudiants.
Des étudiants ont expliqué à la foule -déterminée à aller au bout de son acte- le contexte actuel marqué par la propagation accélérée du COVID-19. Ils ont mis l’accent sur « la vulnérabilité » de notre système de Santé et ses moyens « dérisoires », pour faire face à une pandémie pareille qui bouleverse le monde entier.   «  La suspension des marches ce n’est pas la fin du Hirak, mais cela concerne la préservation des vies humaines. C’est une question de santé publique », a lancé un jeune à l’adresse des manifestants en leur demandant de faire preuve de conscience. « Il y a d’autre manière pour militer. Le Hirak est pacifique, il continuera à l’être. La mobilisation restera totale », a-t-il poursuivi.

Actes irréfléchis et irresponsables !
La tâche s’avérait difficile face à certains manifestants têtus qui ont sillonné la Place des Martyrs, la rue Bab Azzoun, jusqu’à la Grande Poste, avant que chacun rentre chez-lui.
À Béjaïa aussi, c’est le même constat. Des gens se sont regroupés pour marquer le 56e mardi. Ils sont sortis sans se soucier de l’alerte générale déclarée il y a quelques jours. Cette sortie des manifestants n’a pas fait l’unanimité sur les réseaux sociaux, où des commentaires appelaient à la conscience. Pour certains, « le but de ceux qui sont sortis aujourd’hui (mardi, ndlr) au nom du « Hirak » est de salir l’image du « Hirak », lit-on dans un commentaire d’un internaute. D’autres qualifient cela d’ « actes irréfléchis et irresponsables ». « C’est de la mise en danger d’autrui. Ne transformez pas ce merveilleux élan national en deuil national », écrit un autre.

Des activités durant les vacances pour contrer le Covid-19
Les étudiants sont en vacances depuis jeudi passé. C’est l’occasion pour certains de contribuer au bénévolat notamment dans le contexte actuel. De jeunes étudiants se mobilisent à travers certaines wilayas pour organiser des campagnes de sensibilisation sur la nouvelle épidémie COVID-19, et participer aux opérations de nettoyage et de désinfection des structures hospitalières et publiques.
Les médecins internes (étudiants en 7e année de médecine), qui sont en vacances et qui ne sont pas concernés par les stages pratiques peuvent également rejoindre les structures hospitalo-universitaires implantées au niveau de leur wilaya, afin d’aider en cas d’enregistrement de nouveaux cas de contamination au COVID-19.
À l’université Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou, par exemple, la faculté de médecine s’est lancée dans la production de la solution Hydro-alcoolique. Les quantités produites seront distribuées gratuitement en premier lieu sur l’ensemble des résidences universitaires et les établissements de santé.
H. Hadjam