Sit in handicapés

ELLES ONT MANIFESTÉ HIER À ALGER : Les personnes aux besoins spécifiques malmenées par la police

Ils étaient plusieurs dizaines de personnes aux besoins spécifiques, seuls ou accompagnés d’un proche parent, à tenter de se rassembler, hier, sur l’esplanade de la Grande-Poste à Alger. Cette action se veut, selon les participants, « un engagement dans la dynamique citoyenne et pacifique pour le changement du système politique et l’édification d’un État de Droit, après 20 ans de marginalisation.»

Toutefois, les manifestants pacifiques ont été réprimés et empêchés par les forces de l’ordre d’aller jusqu’au bout de leur action. En effet, les éléments de la police ont été fortement déployés, à l’occasion, aux alentours de l’édifice emblématique de la capitale, devenue une plaque tournante à toute action de rue, depuis le 22 février historique dernier.
Sauf que, les tentatives des troupes de l’ordre public, présentes sur place dès les premières minutes de la matinée, visant à disperser les manifestants en usant parfois de force contre cette catégorie sensible et marginalisée, a fait réagir les citoyens. Plusieurs personnes se sont interposées en effet pour appuyer les protestataires et les accompagner dans leur action de revendication.
Tout a commencé peu de temps après 10 heures, lorsque plusieurs personnes aux besoins spécifiques se sont regroupées devant l’entrée du jardin de la Grande-Poste. Un lieu de rencontres habituel entre elles. Jusqu’à ce que, certains des éléments de la police, déployés sur place, demandent l’évacuation des lieux. La force publique cite comme impératif «des ordres qui n’autorisent pas les manifestations durant les jours de la semaine.» Entendre, excepté les vendredis de mobilisation nationale. Les deux parties engagent des négociations : les dizaines de personnes aux besoins spécifiques leur lançaient «Silmiya Silmiya: Pacifique, Pacifique)», et insistaient pour tenir leurs actions devant l’entrée de la Grande-poste.
Déterminés à tenir leur rassemblement, les manifestants ont maintes fois tenté d’occuper l’esplanade de la Grande-Poste, mais en vain. Car les forces anti-émeutes ont barré tous les passages menant vers l’esplanade de l’édifice public. Pire, un fait passé sous nos yeux, un jeune handicapé moteur a été malmené par deux policiers, qui lui ont dénié même le droit, jugez-vous bien, de porter l’emblème national. Les quelques passants, témoins de cette scène, se sont regroupés et ont accueilli le comportement des policiers par des sifflets, au moment où d’autres ont appuyé les personnes aux besoins spécifiques.
Déjà diminuées par leurs infirmités, et après avoir été empêchés d’occuper le perron de la Grande-Poste, les manifestants se sont contentés de tenir un sit-in sur l’accès en pavé donnant sur l’entrée de l’édifice d’Alger-centre.
Munis de drapeaux nationaux, pancartes brandies, les manifestants scandaient : « Bensalah Dégage !», «On ne veut plus de ce système après tant d’années de marginalisation !» «Des voleurs, vous avez bafoué les droits des handicapés !» Ou encore : «Ya Serakin klitou drahem lmou3akin (voleurs, vous avez dilapidé l’argent des handicapés)», comme pour renvoyer à l’insignifiante et avilissante pension de 4 000 DA, versée aux personnes aux besoins spécifiques.
Sur place, des manifestants interrogés, livrent leurs impressions immédiates. «Les 4000 DA c’est une pension dérisoire qui ne suffit pas ; même pas pour des couches pour adultes!», a indiqué, stupéfait, l’un d’entre eux. Ajoutant que leur action pacifique se veut l’expression d’un ras-le-bol contre « l’abandon du système en place», dont ils se disent être victimes. Notre interlocuteur, une personne à mobilité réduite, a déploré le fait que «l’état des routes n’est pas adapté » à leurs besoins, ou encore les moyens de transport, et d’autres difficultés qu’ils rencontrent dans la société, à l’instar du problème de l’accès au monde du travail.
Un citoyen de Djelfa, qui a parcouru des kilomètres pour rejoindre la capitale, a également lancé : «on ne veut plus d’eux (personnes au pouvoir). Nous sommes livrés à nous mêmes. Qu’ils partent tous !», a-t-il clamé haut et fort.
Mohamed Amrouni