20 AVRIL

20 AVRIL 1980 – 20 AVRIL 2019 : Près de 40 ans de lutte pour un État démocratique

C’est dans un contexte de mobilisation citoyenne sans précédent que le peuple algérien a célébré, hier, le 39e anniversaire du Printemps berbère.

Bien que les célébrations de cette année soient uniques en leur genre, puisqu’elles coïncident avec la révolte pacifique du 22 Février 2019, les Algériens sont conscients qu’ils doivent continuer de militer pour concrétiser le changement, surtout que des figures, responsables de l’oppression des étudiants et des manifestants lors du 20 Avril 1980, sont à la tête de hautes Institutions de l’État. C’est l’exemple d’ailleurs de Kamel Fenniche, nommé président du Conseil constitutionnel. Ce qui démontre que le combat continue près de 40 ans après les événements d’avril 80 en Kabylie qui ont donné naissance à l’avènement des luttes pour l’identité nationale et la démocratie en Algérie.
En effet, l’installation de ce juriste en remplacement de Tayeb Belaïz a défrayé la chronique ces derniers jours. Ce dernier a sévi en sa qualité de procureur contre les militants de la cause berbère arrêtés dans le sillage des historiques manifestations du 19 mai 1981 à Béjaïa. En ce sens, plusieurs militants du mouvement berbère ont tenu à raviver la mémoire en indiquant que ce «  ce responsable était procureur général à Béjaïa pendant la répression de la fameuse révolte du 19 mai 1981, menée contre le pouvoir par des lycéens et des étudiants dans la ville de Béjaïa»
Selon le témoignage de Djamel Zenati, qui faisait partie des détenus d’avril 80, «les personnes arrêtées par la police, la plupart des lycéens, ont subi des mauvais traitements dans les locaux de la police, alors que le jour du jugement, Kamel Fenniche s’est comporté avec violence et méchanceté avec les détenus». Le réquisitoire du procureur, surnommé «six doigts», a été «d’une violence et méchanceté inouïes. Je me souviens très bien de lui. On a presque tous été condamnés à quatre années de prison», raconte Zenati. Il ajoute : «Sa nomination comme président du Conseil constitutionnel est une raison supplémentaire pour moi de m’engager avec toutes mes énergies dans ce combat».
Pour sa part, Aïssa Arab, aujourd’hui journaliste, a témoigné à l’encontre de ce dernier en déclarant : «Le procureur qui nous a jetés en prison le soir du 20 mai 1981 après 24 h de GAV (Garde à vue :Ndlr) dans les sous-sols du commissariat de Béjaïa, sans avoir droit à une seule goutte d’eau et qui a dressé un réquisitoire accablant lors du procès le 28 octobre 1981 à l’issue duquel des peines allant d’une année à quatre années fermes ont été prononcées contre de jeunes lycéens et étudiants, est nommé président du Conseil constitutionnel… »
Ceci démontre que le changement est loin d’être acquis, puisque Kamel Fenniche, tout comme Tayeb Belaïz, ne fait pas l’unanimité, et est même rejeté par la société civile.
Pour rappel, le 19 mai 1981, des lycéens avaient investi la rue pour réclamer la reconnaissance de la langue et l’identité amazighes, un mouvement populaire qui s’est déclenché suite à l’annulation de la conférence du défunt Mouloud Mammeri, à Tizi-Ouzou, et que les autorités ont usé de la violence et de la répression pour le faire taire.
Les manœuvres et les mensonges du système politique en place qui s’est appuyé, à l’époque, dès le déclenchement des évènements de 80, sur une campagne mensongère, pour briser l’élan de solidarité qui s’est manifesté dans les autres universités du pays : Alger, Constantine, Mostaganem, en accusant les manifestants d’avoir «brûlé le Coran et l’emblème national».
Ainsi, le 20 avril 1980 fut, depuis l’Indépendance, la première leçon vécue par le pouvoir. Le 22 février 2019 n’est qu’une suite logique des évènements dans notre pays allant dans le sens de la mise en place d’un État démocratique jouissant pleinement des principes de l’Algérianité. Reste à savoir si le système en place refera les mêmes erreurs du passé pour faire taire la voix du peuple. Mais là, peine perdue, puisque les Algériennes et Algériens semblent avoir gagné en maturité politique.
Lamia Boufassa