Obligations édilitaires et nécessité de planification territoriale

Par Ali El Hadj Tahar

Alors que les enseignants du primaire n’en décolèrent pas en dépit des appels «à faire preuve d’un sens de responsabilité» de la part des associations des parents, notamment de l’Association nationale des parents d’élèves (ANPE), le Conseil des ministres vient de se pencher, entre autres questions économiques et sociales, sur les structures scolaires et le transport dans les régions montagneuses, les Hauts-Plateaux, le Sud et les régions périphériques des grandes villes. En effet, l’État a eu beau créer des écoles en milieu rural, la création de nouveaux douars et lieux dits devient vite problématique et il faut les relier au réseau d’électricité, d’eau potable, de téléphone, leur créer des routes, des écoles… Alors que le terrorisme avait vidé les campagnes, et que de nombreuses bourgades se trouvent encore sans écoles dans certaines régions car les habitants ne veulent plus retourner dans leur ancien douar, ayant pris goût à la ville, d’autres villages et lieux dits sont encore isolés faute de routes et d’écoles. L’enclavement touche de nombreuses régions, y compris dans les wilayas du centre.
La ruralisation des villes et l’urbanisation de la campagne est donc un véritable casse-tête pour les autorités qui n’ont pas su développer un plan d’urbanisme et laissé anarchiquement se créer des zones habitables, y compris sur les terres agricoles les plus riches comme en témoigne le béton qui dévore la Mitidja.
Faute de planifier l’occupation du sol, les autorités se doivent aujourd’hui de dépenser des sommes faramineuses pour créer des centres de santé et des écoles dans chaque douar qui grossit en plus de le relier aux réseaux de l’eau courante, du gaz… alors que l’Algérie est l’un des pays les plus électrifiés d’Afrique, le président de la République insiste sur la connexion au gaz de ville des rares communes et régions qui en sont encore privées. Même le petit village de Tizi Hibel, en haute Kabylie, où est né Mouloud Feraoun et qu’il décrit dans ses romans est relié depuis des décennies au gaz, à l’électricité et même à la fibre optique, alors que des milliers si ce n’est des millions de Français au Massif central, n’ont pas le gaz de ville.
Éradiquer les injustices ne doit pas se faire n’importe comment : impérative est donc la planification de l’occupation du territoire, aussi bien pour sauver les terres agricoles que pour répondre aux besoins des citoyens. Il est temps d’arrêter les dégâts car tant qu’on laisse proliférer des douars, l’on verra des parents d’élèves revendiquer des écoles ou des bus pour leurs enfants, et des routes coupées pour exiger qui, une école, qui l’électricité ou le gaz.
L’État va aussi «relancer» les cantines scolaires, le chauffage et le transport des élèves, notamment dans les régions enclavées et à plus fort taux de population défavorisée.
La qualité de l’enseignement est indéniablement liée à un minimum de justice sociale, car on ne peut pas apprendre si on a le ventre vide, ni lorsqu’une classe est glaciale et que les vitres sont cassées, et surtout lorsqu’un enfant fait quatre kilomètres ou plus par jour, en se risquant parfois à faire de l’auto-stop, pour atteindre son école, transi par le froid.
Les obligations édilitaires de l’État ne peuvent plus aller sans planification territoriale, d’autant que ces investissements ne nécessitent pas de grosses enveloppes budgétaires surtout si l’on sait faire des coupes drastiques dans le superflu, comme ces innombrables livres scolaires qui pèsent dangereusement sur le dos de l’enfant, comme sur le budget de l’éducation. Les compétences existent pour élaborer un bon programme, et les exemples de par le monde sont nombreux, comme références.
Car il est indéniable que c’est la mauvaise volonté, si ce n’est la corruption, qui a généré ce programme surchargé qui est un affront à la pédagogie comme science.
A. E. T.