
La situation dans la bande de Ghaza connaît une nouvelle phase de tension aiguë, marquée par l’élargissement du contrôle territorial sioniste et une reprise des opérations militaires d’envergure.
Selon des sources médiatiques israéliennes, l’armée occupe désormais près de 59 % de la superficie de l’enclave palestinienne, contre environ 53 % au début du cessez-le-feu instauré en octobre dernier. Cette progression s’inscrit dans une stratégie militaire graduelle, notamment à travers l’extension vers l’ouest de ce que l’armée appelle la « ligne jaune », redessinant de facto la carte du contrôle sur le terrain.
Depuis le déclenchement de la guerre, le 7 octobre 2023, le bilan humain ne cesse de s’alourdir. D’après le ministère de la Santé à Ghaza, plus de
72 600 Palestiniens ont été tués et plus de 172 400 blessés, en majorité des femmes et des enfants. À ce bilan s’ajoute celui des victimes recensées depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu : plus de 830 morts et plus de 2 300 blessés, conséquence directe de frappes quasi quotidiennes, de tirs d’artillerie et d’incidents armés persistants. Malgré l’accord de trêve, les violations sont nombreuses et régulières. Le bureau des médias du gouvernement à Ghaza a documenté pas moins de 377 infractions au cessez-le-feu au cours du seul mois d’avril, ayant causé la mort de 111 personnes et fait 376 blessés. Les autorités locales dénoncent une poursuite de la guerre sous une autre forme, caractérisée par un blocus renforcé, des bombardements ciblés et une pression constante sur les populations civiles. La situation humanitaire, déjà critique, continue de se détériorer. Israël restreint sévèrement l’entrée des aides, empêchant l’acheminement des quantités convenues de nourriture, de médicaments, de matériel médical et de logements temporaires. Les 2,4 millions d’habitants de Ghaza, dont environ 1,5 million de déplacés internes, vivent dans des conditions décrites comme catastrophiques par les organisations humanitaires. L’accès à l’eau potable, aux soins de santé et à l’électricité demeure extrêmement limité, aggravant les risques sanitaires et sociaux. Sur le plan militaire, les signaux d’une reprise imminente des combats se multiplient. Selon la radio de l’armée sioniste, de hauts responsables de l’état-major exercent des pressions pour relancer les opérations, estimant que le moment est opportun pour porter un coup décisif au mouvement Hamas. Ces responsables reconnaissent que les objectifs initiaux de la guerre — notamment la destruction des capacités militaires et organisationnelles du mouvement — n’ont pas été atteints. Dans cette optique, l’armée israélienne a procédé à un redéploiement de ses forces. Des unités ont été transférées du sud du Liban vers les fronts de Ghaza et de la Cisjordanie, tandis que le commandement sud a finalisé ses plans opérationnels en vue d’une reprise des hostilités. Ces préparatifs restent toutefois conditionnés à une décision politique, attendue dans les prochains jours. Le cabinet de sécurité israélien doit en effet se réunir pour examiner la possibilité d’une reprise de la guerre. Cette perspective s’inscrit également dans un contexte politique interne marqué par l’approche des élections générales, certains observateurs évoquant des considérations électorales dans le calendrier des décisions militaires. De son côté, le mouvement de la résistance palestinienne maintient fermement sa position. Il refuse de déposer les armes, se définissant comme un mouvement de résistance face à ce que les Nations unies qualifient de puissance occupante. Toutefois, des sources politiques indiquent que le mouvement aurait exprimé une disposition à discuter de la question des armes dans le cadre d’un accord global incluant la reconnaissance des droits politiques palestiniens, un retrait sioniste complet de Ghaza, ainsi que des garanties internationales. Parallèlement, des négociations indirectes se poursuivent avec l’intermédiaire de médiateurs internationaux. Le Hamas aurait soumis des amendements à une proposition visant à mettre en œuvre la deuxième phase du cessez-le-feu, insistant sur la nécessité pour l’entité sioniste de respecter pleinement et immédiatement les clauses de l’accord, selon un calendrier clair mettant fin à la guerre et ouvrant la voie à une phase de reconstruction.
L’escalade continue
Sur le terrain, les violences continuent de faire des victimes. À Khan Younès, dans le sud de Ghaza, un enfant a succombé à ses blessures après une frappe de drone israélien. D’autres attaques ont causé la mort de civils à Deir al-Balah et dans différentes zones de l’enclave. Les bombardements ont également touché les régions de Beit Lahia au nord et plusieurs quartiers de Ghaza-ville, accompagnés de tirs intensifs et d’opérations de destruction d’infrastructures. Les équipes de secours rencontrent d’importantes difficultés pour intervenir, en raison des destructions et de l’insécurité persistante. De nombreuses victimes restent coincées sous les décombres, faute de moyens suffisants pour les atteindre. Les hôpitaux, déjà fragilisés, continuent de fonctionner sous une pression énorme, avec des ressources limitées et un afflux constant de blessés. En Cisjordanie, la situation est également préoccupante. Les attaques de colons sionistes contre des localités palestiniennes se multiplient, faisant des blessés et causant d’importants dégâts matériels. À Jalous, au sud de Nablous, et dans la région d’Elkhalil, plusieurs personnes ont été blessées lors d’agressions récentes. Des terres agricoles ont été ravagées, des oliviers déracinés et des infrastructures détruites. Dans la localité de Turmus Ayya, au nord-est de Ramallah, des colons ont détruit plus de 1 000 oliviers, selon des responsables locaux.
Ces actes s’inscrivent dans une dynamique plus large d’attaques visant les moyens de subsistance des populations palestiniennes. Depuis octobre 2023, plus de 1 800 incidents de ce type ont été recensés, tandis que le nombre de victimes en Cisjordanie dépasse les 1 150 morts, avec près de 11 750 blessés et environ 22 000 arrestations. Face à cette escalade, les appels à une intervention internationale se multiplient.
Les habitants et les responsables palestiniens exhortent les institutions internationales à agir pour protéger les civils et mettre fin aux violences. Toutefois, en l’absence de progrès significatifs sur le plan diplomatique, les craintes d’une reprise totale de la guerre à Ghaza demeurent élevées. Dans ce contexte explosif, la région reste suspendue aux décisions politiques et militaires des prochains jours. Une reprise des hostilités à grande échelle risquerait non seulement d’aggraver une crise humanitaire déjà dramatique, mais aussi d’élargir encore davantage un conflit dont les répercussions dépassent largement les frontières de la bande de Ghaza.
M. Seghilani












































