Accueil LA CHRONIQUE DU JEUDI Un reporter dans la foule : Nixon, Kennedy et l’Algérie

Un reporter dans la foule : Nixon, Kennedy et l’Algérie

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C’est une page de notre histoire peu évoquée par les historiens. De temps à autre, la position du Sénateur démocrate du Massachusetts, John Fitzgerald Kennedy, est citée à travers son discours au Sénat américain le 2 juillet 1957. Mais personne ne parle du rapport du Vice-Président américain, le républicain Richard Nixon, remis au début de 1957 au président David Eisenhower. Rapport qui n’a pas fait l’objet d’une attention particulière des historiens ou des médias. Essayons de combler un vide d’une séquence historique de nos relations avec les États-Unis d’Amérique alors que nous étions en lutte contre le colonialisme française pour arracher l’Indépendance de notre pays, l’Algérie. En ce début de l’année 1957, un peu plus de deux années après le déclenchement du 1er Novembre 1954, le FLN avait décidé d’une grève générale de 8 jours (28 janvier – 4 février 1957) en Algérie. Une semaine qui eut un retentissant succès politique et diplomatique mais qui fut d’une répression extrême, pleine de larmes et de sang pour le peuple algérien. Le 6 mars de cette année-là, le Ghana a célébré son indépendance. Le président Eisenhower désigna son vice-président, Richard Nixon, pour le représenter à la cérémonie. Nixon en profita pour effectuer une visite en Afrique du Nord. La Tunisie et le Maroc, avaient obtenu la fin du protectorat français et leur indépendance, une année auparavant. À son retour, Nixon a  remis son rapport de mission au président Eisenhower. Dans ce rapport, le vice-président républicain, Nixon, souligne que « la France ne pouvait pas gagner la guerre en Algérie ». Il préconise l’ouverture aux États-Unis d’un bureau dédié à l’Afrique qui devait permettre de se rapprocher du continent noir. Ce qui serait, selon le rapport, productif après les indépendances des pays africains et notamment de l’Algérie où les combats faisaient rage. Ce rapport a eu pour conséquence un froid et une prise de distance de l’administration américaine vis-à-vis de la France coloniale. Un rapport qui, selon beaucoup d’observateurs, a fait pencher la position américaine en Afrique jusqu’à l’intérieur même de l’OTAN. Ils en veulent pour preuve, le discours prononcé, moins de 6 mois après le rapport Nixon, par le Sénateur John Kennedy, à la tribune du Sénat américain alors que la bataille d’Alger battait son plein. Dans son intervention, Kennedy avait été direct : « L’Algérie, a-t-il dit, prive l’O.T.A.N. de ses armées…menace l’influence occidentale… Elle divise amèrement le monde libre que nous prétendons guider ». Il poursuit en suggérant à son pays de « ranimer l’espoir et d’exercer son leadership dans l’affaire algérienne et d’améliorer ainsi immensément son prestige et sa sécurité ». Non sans avoir comparé la guerre d’Algérie à « une terrible bombe à retardement. Son tic-tac pourrait se faire entendre sans arrêt jusqu’au jour où un autre désastre, pire que celui de l’Indochine, pourrait éclater ». Kennedy avait relevé, avec justesse, la résilience et la détermination sans faille des nationalistes algériens qui ne doutaient pas de la victoire comme issue certaine de leur lutte. La proximité qu’il avait avec les membres de la délégation algérienne à l’ONU et à Washington, était de notoriété publique. Notamment avec Abdelkader Chanderli le diplomate algérien. Ce discours de Kennedy a eu un énorme retentissement international. En France, c’était la grande désillusion. Des chercheurs ont relevé que « du Figaro à l’Humanité, la critique, du discours de Kennedy, des médias français était unanime ». Et bien entendu les pieds-noirs étaient très amers. Nombreux étaient ceux qui avaient considéré cette position des Etats-Unis en faveur de l’indépendance de l’Algérie comme étant l’une des principales causes du retrait français de l’OTAN en 1966, décidé par De Gaulle. Par contre, John Kennedy devenu Président des États-Unis, a reçu à la Maison-Blanche, avec panache, le 15 octobre 1962 le premier président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella. Une vidéo virale revient souvent sur les réseaux sociaux, sur ce moment de la levée du drapeau algérien à l’ONU. Et le 11 avril 1974, lors de son mémorable discours devant l’assemblée générale de l’ONU, le président Houari Boumédiène fut accueilli, à son tour, à la Maison Blanche, par Richard Nixon, devenu président. Ce pan d’histoire permet d’expliquer, les bonnes relations qui ont toujours prévalu entre les États-Unis et l’Algérie, depuis 1957. Que ce soit avec les démocrates ou les républicains à la Maison Blanche alors que Ben Bella et Boumédiène étaient tous deux considérés de gauche !

Zouhir Mebarki

zoume600@gmail.com

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