À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai, la situation des journalistes palestiniens apparaît en profond décalage avec les principes défendus en ce jour symbolique.
Le bilan avancé est particulièrement dramatique : plus de 260 journalistes palestiniens auraient perdu la vie depuis le début de la guerre, tandis que plus de 240 autres ont été arrêtés.
Parmi eux, plus de 40 demeurent encore en détention, dont une vingtaine placée en détention administrative, souvent fondée sur des dossiers classés « secrets ». Quatre femmes journalistes figurent également parmi les personnes détenues. Sur le terrain, les professionnels des médias continuent de subir violences, arrestations et restrictions de plus en plus sévères. Plusieurs organisations dénoncent une politique systématique visant à réduire au silence les voix qui documentent la guerre à Ghaza ainsi que les violations des droits humains. Selon des témoignages et des rapports d’organisations de défense des prisonniers, les autorités israéliennes ont poursuivi leurs actions contre les journalistes, y compris le jour même de cette commémoration internationale. Deux journalistes ont été blessés dans la bande de Ghaza, tandis qu’une journaliste a été arrêtée en Cisjordanie, illustrant la continuité des pratiques dénoncées. D’après Nasser Abou Bakr, président du Syndicat des journalistes palestiniens, une initiative est en cours au niveau international. La Fédération internationale des journalistes a préparé un document destiné aux Nations unies, proposant la mise en place d’un mécanisme visant à poursuivre les responsables de crimes contre les journalistes. Un rapport publié à l’occasion de cette Journée par plusieurs institutions — dont la Commission des affaires des prisonniers, le Club des prisonniers palestiniens et la Fondation Addameer — met en lumière une intensification des violations depuis près de trois ans. Ces organisations évoquent une stratégie globale visant à réduire au silence le récit palestinien, à travers des assassinats ciblés, des arrestations arbitraires, des menaces et des campagnes de harcèlement La journaliste Islam Ammarna a été arrêtée à l’aube dans le camp de Dheisheh, près de Bethléem, dans une opération qualifiée de brutale. Elle rejoint ainsi une liste croissante de journalistes détenus, dont certains membres de sa propre famille. Par ailleurs, au moins 14 journalistes originaires de Ghaza sont toujours en détention, tandis que deux autres — Nidal Al-Wahidi et Haitham Abdel Wahed — sont portés disparus, dans des cas assimilés à des disparitions forcées. Les organisations dénoncent également les conditions de détention, évoquant des témoignages faisant état de torture physique et psychologique, de privation de soins, de malnutrition et d’isolement prolongé. Le décès du journaliste Marwan Harzallah en mars 2026 dans la prison de Megiddo, après un refus de soins médicaux, est cité comme exemple de ce qu’elles qualifient de « politique de mort lente ». D’autres pratiques sont également mises en avant, notamment les assignations à résidence, les interdictions de couvrir certains événements, en particulier à El-Qods, et les expulsions visant à limiter l’accès des journalistes à des lieux sensibles comme la mosquée Al-Aqsa. Les journalistes libérés témoignent eux aussi des sévices subis. Certains présentent de graves séquelles physiques et psychologiques. Le cas du journaliste Mujahid Bani Muflih, victime d’une hémorragie cérébrale après sa libération, ou encore celui d’Ali Al-Samoudi, qui aurait perdu environ 60 kilogrammes en détention, illustrent la gravité des conditions dénoncées. Les institutions de défense des droits humains considèrent que ces pratiques constituent des violations flagrantes du droit international, notamment de la liberté d’expression telle que garantie par la Déclaration universelle des droits de l’Homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Elles estiment également que ces actes pourraient relever de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, au regard des Conventions de Genève et du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Face à cette situation, les appels à une intervention internationale se multiplient. Les organisations demandent la libération immédiate des journalistes détenus, la révélation du sort des disparus et la mise en place de mécanismes de protection efficaces.
Dans une déclaration, Wassel Abou Youssef, membre du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine, a qualifié la situation d’« épuration médiatique », visant à effacer les preuves et à empêcher la diffusion d’informations sur les événements en cours. Sur le terrain, les incidents se poursuivent. À Ghaza, deux journalistes ont été blessés par des tirs alors qu’ils se trouvaient dans une tente de presse installée à l’hôpital des martyrs d’Al-Aqsa, à Deïr El-Balah. En Cisjordanie, les opérations d’arrestation se poursuivent, souvent dans le but déclaré d’empêcher la couverture médiatique. Selon le Syndicat des journalistes palestiniens, la situation actuelle représente l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de la presse palestinienne. Depuis octobre 2023, plus de 500 journalistes auraient été blessés, et plus de 150 institutions médiatiques détruites. Alors que les Nations unies rappellent, à l’occasion de cette journée, l’importance de protéger la liberté de la presse et les journalistes, les organisations palestiniennes dénoncent un décalage entre les principes affichés et la réalité sur le terrain. Elles appellent la communauté internationale à assumer ses responsabilités, mettant en garde contre les conséquences d’un silence qu’elles jugent complice et préjudiciable à la crédibilité du système international de protection des droits humains.
M. Seghilani














































