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POSTE DE VICE-PRÉSIDENT : Le souci de la vacance du pouvoir

Au cours de sa rencontre périodique avec les médias, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a soulevé plusieurs questions liées au projet de la nouvelle Constitution en voie d’élaboration dans notre pays, qui se veut, selon ses récentes déclarations, une vraie rupture avec les anciennes pratiques de gouvernance. Le chef de l’État a surtout entamé sa plaidoyer sur la très contestée proposition du poste du Vice-président. Une proposition qui s’est faite plus d’ennemis que d’amis aux seins des intervenants entre partis, experts et analystes politiques.
Mais, explique le Président, derrière l’idée de créer un poste de Vice- président, les évènements vécus récemment dans le pays. À vrai dire, le chef de l’État renvoie de ses propos à l’ex-président Bouteflika dont les problèmes de santé, qu’il trainait depuis plusieurs années, l’avaient empêché d’exercer ses fonctions, de surcroît à la tête de l’État. Une option donc qui se présente pour le Président pour parer à une situation de vacance du pouvoir qu’il justifie comme disposition incluse dans la mouture de la Constitution et laquelle ne semble pas faire l’unanimité dans le pays.
« Ces évènements ont créé de vrais problèmes pour l’État algérien, et sont (évènements) le résultat d’un système qui fait qu’en cas d’empêchement majeur, le Président en exercice sera remplacé par le président du Sénat ou à défaut par le président du Conseil Constitutionnel, sans oublier le temps nécessaire pour effectuer toutes ces démarches », a-t-il expliqué. Et toute cette succession d’évènements, suivie de procédures comme le définit la Constitution, a failli mener le pays vers l’irréparable, a enchaîné le chef de l’é-État. Et c’est à partir de ce constat que l’idée du poste de vice-président, lequel assure directement les fonctions du chef de l’État en cas de contraintes majeures, avait alors émergé, pour éviter ainsi la paralysie des Institutions de l’État et assurer son fonctionnement jusqu’à la fin du mandat présidentiel et la tenue de nouvelles élections.

Un régime semi-présidentiel
Au sujet du régime de gouvernance que l’Algérie adoptera à l’avenir, le Président a rappelé que les régimes politiques sont nombreux et multiples à travers le monde et ne sont « nullement le fruit du hasard », mais plutôt le résultat d’un ensemble de traditions politiques et des faits historiques propres à chaque pays.
Et le choix pour notre pays se fera donc « en partant de l’expérience que vit l’Algérie », précisant que « la tendance va vers un régime semi-présidentiel », jugeant que ce mode de gouvernance est le mieux adapté pour notre pays compte tenu des faits historiques et traditions propre à l’Algérie.
Le chef de l’État a estimé que l’essentiel pour notre pays c’est de « se débarrasser » du régime présidentiel rigide, car, a-t-il ajouté, il est inconcevable qu’une « seule personne s’accapare le pouvoir et agit à son gré et suivant ses humeurs ».
Le président Tebboune a rappelé, dans ce contexte, que lui-même, a déjà délégué davantage de prérogatives au Premier ministre bien avant l’élaboration de l’avant-projet de révision constitutionnelle. Il est utile de rappeler que le gros des propositions formulées pour l’enrichissement de la première mouture de l’avant-projet de réforme de la Constitution était axé essentiellement sur des aspects de fond «surtout ceux liés à l’équilibre des pouvoirs et aux prérogatives du président de la République», selon Mohamed Laâgab, chargé de mission à la présidence de la République. Un fait qui en dit long sur les préoccupations de la classe politique, syndicats de tous horizons et société civile sur cette question cruciale sur l’avenir du pays qui constitue le fondement même pour l’édification d’un véritable État de droit.

Laraba et son comité ont la pleine confiance du Président
S’agissant de la polémique autour des points inhérents aux constantes de la Nation dans le cadre de l’avant-projet de l’amendement constitutionnel, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a affirmé, vendredi, que ces « dérapages » étaient « prévisibles », tout en réitérant sa confiance en les membres du Comité d’experts, en leur nationalisme et en leur attachement aux constantes de la Nation, des éléments « qui ne souffrent d’aucun doute », a-t-il soutenu.
« Moi, j’ai pleine confiance dans la commission, ce sont des patriotes, ils restent attachés aux constantes nationales. J’ai été très clair dès le départ : pas de débat sur les composantes de l’identité nationale », a déclaré le chef de l’État en prenant ainsi et sans équivoque la défense de Laraba, dont il a tenu à rappeler sa longue expertise en tant que consultant de plusieurs instances internationales et de toute son équipe d’experts.
En effet, des partis politiques et autres personnalités de la mouvance islamistes se sont attaqués récemment à la personne du chef de fil du Comité d’experts, Ahmed Laraba, qualifié de « personnage déconnecté » de la réalité sociale du pays en raison de sa vision plutôt futuriste sur les constantes nationales et les fondements des futures constitutions. Une approche qui est restée en travers de la gorge pour le courant islamiste et ses adeptes.

1 500 rapports de propositions reçus au palais d’El Mouradia
Mais à vrai dire, les constantes nationales ne sont pas la seule pomme de discorde entre le Comité d’experts et le reste du monde. La commission de révision de la Constitution a été la cible d’un tir nourri venant de partis, personnalités politiques et experts en droit constitutionnel,  jugeant que sa copie n’ « apporte pas de rupture » avec l’ancien système.
La Présidence de la République a, par ailleurs, révélé que le nombre de rapports portant propositions émises a déjà atteint 1 500. Et que ses services continuent à recevoir les « requêtes », jusqu’à la fin du mois en cours, soulignant que le retard accusé aura atteint au final un mois et demi avant que l’avant-projet en question ne soit soumis aux représentants du peuple en raison de la pandémie du coronavirus.
Brahim Oubellil