Le problème est récurrent. Il est aussi mondial. L’OMS précise « chaque année, 600 millions de personnes – soit près d’une personne sur 10 dans le monde – tombent malades après avoir consommé des aliments contaminés ». L’organisation onusienne ajoute que chaque année : « 420.000 personnes en meurent…Les enfants de moins de 5 ans supportent 40 % de la charge des maladies d’origine alimentaire, avec 125 000 décès chaque année ». Les intoxications alimentaires, puisqu’il s’agit de cela, entrainent également des incidences économiques et financières. L’OMS, toujours, estime que : « Les pertes de productivité et les dépenses médicales associées aux aliments insalubres coûtent chaque année 110 milliards de dollars aux pays à revenu faible ou intermédiaire…Les maladies d’origine alimentaire entravent le développement socio-économique en faisant pression sur le système de santé et en fragilisant l’économie nationale, le tourisme et les échanges commerciaux ». Pour clôturer ce panorama mondial restons avec l’OMS qui précise que « Les aliments insalubres contenant des bactéries, des virus, des parasites ou des substances chimiques nocifs causent plus de 200 maladies, allant de la diarrhée aux cancers ». Avec un tel tableau, chacun peut mesurer l’ampleur des dégâts liés aux intoxications alimentaires. Sur la vie des personnes, mais aussi sur la sécurité des nations. Notre pays, l’Algérie, n’échappe pas à ce risque. Les intoxications alimentaires nous sont familières, pourrait-on dire. Elles sont signalées tout au long de l’année depuis des lustres. Dans la restauration collective. Dans les fêtes familiales ou autres. Dans les commerces de bouches comme les pâtisseries et fast-food. Dans l’industrie agro-alimentaire et les commerces de proximité comme les boucheries. Le fléau, car s’en est un, est plus menaçant en été par ses grandes chaleurs. C’est-à-dire la saison qui est à nos portes. Nous n’utiliserons pas les chiffres publiés ici ou là, dans notre pays, pour quantifier les intoxications alimentaires annuellement. Pourquoi ? À cause des estimations fantaisistes qui ont prévalu jusque-là. Bientôt, la numérisation en cours nous permettra d’obtenir des statistiques plus proches de la vérité pour être exploitables dans la recherche des solutions appropriées. En attendant, contentons-nous de suivre les opérations de prise en charge et de prévention qui sont pilotées par les autorités publiques. La toute dernière a été lancée, mardi dernier, par le ministère du Commerce intérieur. Il s’agit « d’une campagne nationale de sensibilisation contre les intoxications alimentaires » avec pour slogan « Faites d’une alimentation saine un mode de vie durable ». À première vue il peut paraître incongru que ce soit le Commerce et non le ministère de la Santé qui pilote la campagne. À propos de cette dichotomie apparente nous vient à l’esprit une anecdote. Au cours d’un épisode de flambée de cas de choléra dans notre pays vers la fin des années 90, tous les regards étaient braqués sur le ministère de la Santé. Des regards quelque peu accusateurs.
Ce qui a fait sortir de ses gongs le ministre de l’époque, feu le Pr. Yahia Guidoum connu pour son franc-parler. Sa réponse restera pour la postérité : « je suis le ministre de la Santé pas le ministre des canalisations ! ». Il avait raison. Son département n’intervient que dans la prise en charge des malades. La cause du choléra était due à l’enchevêtrement des canalisations souterraines. Lorsque celles des eaux usées sont placées au-dessus de celles de la distribution de l’eau potable. Pour le cas des intoxications c’est le même schéma de la négligence. C’est pourquoi la campagne de sensibilisation qui vient d’être lancée l’a été par le ministère du Commerce intérieur. Suffira-t-elle pour réduire, à défaut d’éradiquer, les causes des intoxications alimentaires ? Pas si sûr ! Il s’agit d’un travail en profondeur. Celui de l’éducation des opérateurs économiques qui mettent sur le marché des produits avariés. Mais aussi celle des consommateurs dont la vigilance est en berne faute d’une prise de conscience. Ce qui reste comme solutions : soit une répression si forte pour être vraiment dissuasive ou alors miser sur le long terme, c’est à dire sur l’éducation de nos enfants. On peut choisir la deuxième solution qui est la plus efficace. Mais sans négliger les campagnes qui, avec un résultat mitigé, entretiennent la nécessité d’une saine évolution des habitudes !
Zouhir Mebarki
zoume600@gmail.com









































