Les rumeurs au temps du Corona

Par Ali El Hadj Tahar

La pandémie a jeté sur la scène médiatique et officielle des rumeurs autrefois considérées comme relevant des thèses conspirationnistes et de la théorie du complot. D’abord la Chine a accusé les États-Unis d’avoir importé le Covid-19 dans la ville de Wuhan, en Chine, en octobre 2019 lors des VIIe Jeux mondiaux militaires, parce que Washington a reconnu que des militaires ayant participé à ces jeux étaient morts du coronavirus.
Début mars, Zhao Lijian, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a laissé entendre que le nouveau coronavirus pourrait avoir été introduit par l’armée américaine. Les États-Unis ont convoqué l’ambassadeur de Chine aux Etats-Unis et lui ont dit que « Propager des théories du complot est dangereux et ridicule. Nous avons voulu avertir le gouvernement [chinois] que nous ne le tolérerons pas, pour le bien du peuple chinois et celui du monde ». Or, la Chine n’avait fait qu’interpréter la déclaration du directeur des Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies devant le Congrès et disant que certains Américains que l’on croyait morts de la grippe saisonnière avaient été trouvés porteurs après leur décès du nouveau coronavirus. Zhao Lijian n’a donc fait que déduire que la délégation américaine aux Jeux militaires de Wuhan aurait pu apporter le virus en Chine. En tout cas, lors de ladite compétition, les États-Unis n’ont obtenu aucune médaille, alors que plus de 21 pays en avaient obtenu au moins une seule, et notre pays y a obtenu 5 chez les hommes. L’Algérie avait même battu l’équipe de football de la plus grande armée du monde par 8 à 0 !
Alors que les carences du système sanitaire américain sont devenues patentes, c’est au tour de Washington de propager des théories du complot visant Pékin. Mais le conspirationnisme ne s’’impose pas sur la scène médiatique uniquement via des accusations officielles à peine voilées mais aussi via des déclarations de grandes personnalités scientifiques, puisque le Pr Luc Montagnier, prix Nobel de médecine 2008, affirme que le virus de la maladie Covid-19 serait d’origine humaine. Ses déclarations ont interpelé, voire hérissé plusieurs membres de la communauté scientifique de par le monde dont Olivier Schwartz, le directeur de l’unité « virus et immunité » de l’Institut Pasteur, à Paris, qui précise que ce virus se retrouve chez différents animaux, en particulier le pangolin et la chauve-souris, et que les similitudes sont supérieures à 95 %, ce qui signifie que le Covid-19 dérive de virus qui circulent dans la nature. La Maison-Blanche n’a pas attendu les déclarations de Montagnier pour déclarer que Pékin cacherait quelque chose au sujet de l’origine de ce virus, une suspicion grave niée en bloc par la Chine. Grace à ces déballages, le commun des mortels vient d’apprendre qu’il existe une ingénierie moléculaire dont les buts sont de savoir pourquoi les virus sont dangereux pour une espèce. On peut, dit le chercheur Étienne Decroly, y insérer des séquences précises pour créer des facteurs de virulence, mais rien ne prouve qu’elles y ont été ajoutées dans le SARS-CoV-2.
Ainsi donc, en plus d’être sans cesse confrontés à la réalité, les sciences font l’objet de contradictions et d’oppositions internes. Qui éclatent au grand jour, pas seulement entre scientifiques, mais entre puissances nucléaires avec des risques de dérives graves. En plus d’être mal soignés dans certains pays, des peuples entiers prennent conscience que le monde est assis sur des silos atomiques qui constituent une menace plus grande que tous les virus réunis. De surcroît, ils découvrent que beaucoup de scientifiques ont des relations étroites avec l’industrie pharmaceutique et que celle-ci est capable de camoufler des vérités ou imposer certains types de produits ou de protocoles. L’évidence que la science n’est pas un almanach de vérités absolues mais une source d’apprentissage et de remise en question permanente, éclate au visage de chaque citoyen qui découvre d’un coup tout ce qui bouillonne dans une immense marmite où science, argent et politique se mêlent et que ce mélange pourrait être explosif si on ne prend garde.
A. E. T.