Constitution

Focus sur le projet de nouvelle Constitution : Des avancées révolutionnaires

Le texte final pour lequel le peuple est appelé à donner son avis le premier novembre prochain cristallise l’essentiel des revendications portées à bout de bras par le hirak.

Le texte de la future Constitution algérienne, en cas de réponse positive de la part des électeurs est enfin accessible dans son intégralité sur le site internet du Journal officiel.
Une première lecture, en attendant de s’appesantir sur les détails, permet de mettre en exergue les changements les plus notables que nous avons pu y relever. L’idée de mettre en place un vice-président est ainsi abandonnée, ce qui n’est pas pour déplaire aux puritains de la démocratie pour qui serait anormal qu’une personne puisse exercer sans être détenteur des suffrages universels et de la souveraineté populaire. Les autres faits saillants que l’on peut retenir, c’est que même si la forme de régime retenu demeure semi-présidentiel, il n’en demeure pas moins que le chef de l’État se déleste d’une partie de ses pouvoirs et prérogatives au profit du Parlement. Celui-ci, avec une APN plus représentative et mieux élue, pourrait permettre un meilleur contrôle populaire de la gestion des affaires de la cité. Dans un cas idéal, lorsque le Président sera porté par un parti ou un groupe parlementaire, celui-ci aura affaire à un Premier ministre, dont le gouvernement sera issu de la majorité ayant tenu tête au président lui-même, ce qui donne une idée sur les avancées démocratiques qui devraient être les nôtres désormais, pour peu que les formations politiques se mettent à agir de manière moins opportuniste, et plus conforme à leurs idées et idéaux. L’immunité parlementaire, scandaleuse quand on se souvient que des sénateurs du FLN et du RND avaient boycotté une session plénière pour exiger la libération de l’un des leurs pourtant pris la main dans le sac pour une gravissime affaire de corruption. Désormais, comme souhaité par moi dans de précédents articles, l’immunité des parlementaires ne sera invoquée, évoquée, que dans l’exercice de leurs activités politiques.
Un député ne pourra plus voler, violer, dans une totale impunité, comme c’était le cas, hélas, avec l’actuelle Constitution et la multiplication des affaires rappelant celle du justiciable et ancien député Tliba. Dans le même ordre d’idées, la future Constitution devrait tordre le coup à ce nomadisme politique qui a fait tant de mal à l’action politique, et éloigné les citoyens du chemin des urnes. le dernier exemple en date, que nous vivons jusqu’à lors, a trait à ce fantomatique groupe parlementaire du PT alors que ce parti, dans le sillage du hirak, avait ordonné à l’ensemble de ses députés de démissionner de l’APN. En outre, la sortie de l’ANP hors des frontières se confirme, mais non sans respecter certains préalables particulièrement stricts.
L’article 91 de cette future constitution en parle avec un luxe de détails : « le Président décide de l’envoi des unités de l’Armée nationale populaire à l’étranger après approbation à la majorité des deux tiers (2/3) de chaque chambre du Parlement ». la presse, vitrine de choix de toute démocratie, a toutes les chances de rompre avec sa déchéance et sa clochardisation depuis qu’il a été décidé que la création d’un organe de presse se fera désormais sur simple déclaration. Plus besoin, dès lors, de ces tristement célèbres agréments, attribués à la tête du client, et conformément aux allégeances faites aux maîtres de séant.
La grande révolution qui va frapper de plein fouet le quatrième pouvoir en Algérie, réside très certainement dans le fait que les presses électronique et audiovisuelle y sont évoquées pour la première fois. Des changements notables et, espérons-le salvateurs, sont à guetter dans les tous prochains mois.
En survolant de nouveau ce texte, on se surprend à conclure que l’engagement principal du président Tebboune, pris lors de sa campagne électorale, aura été tenu, et bien tenu…
Mohamed Abdoun