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Le basketball algérien à la croisée des chemins : Un diagnostic lucide du DTN Fillali

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Longtemps considéré comme l’un des sports collectifs majeurs du pays, le basketball algérien cherche aujourd’hui un nouveau souffle. Entre passion populaire intacte et fragilités structurelles persistantes, la discipline tente de reconstruire son modèle. Invité de l’émission « Parlons Sport » sur la chaine Horizons TV, le Directeur technique national de la Fédération algérienne de basketball, Salah Eddine Fillali, a dressé un diagnostic lucide et dévoilé une feuille de route ambitieuse.
Le constat posé par le DTN repose sur une réalité paradoxale. Le basketball attire toujours les foules. Les finales récentes de la Coupe d’Algérie (féminine et masculine) se sont disputées devant des salles combles malgré un accès payant, preuve d’un attachement populaire solide. Mais derrière cette ferveur, la discipline demeure fragile sur le plan structurel. Selon Fillali, la passion seule ne suffit plus à assurer le développement durable du basket national. Pour rappel, la rencontre masculine était spectaculaire, conclue sur un score dépassant les 90 points par équipe, ce qui traduit un engagement offensif réel. Elles révèlent toutefois certaines limites techniques. Le DTN évoque notamment des carences défensives et organisationnelles qui empêchent encore le championnat algérien d’atteindre les standards internationaux. Pour lui, le niveau progresse grâce à des clubs mieux organisés et à des entraîneurs investis, mais la prochaine étape passe obligatoirement par la professionnalisation.

Coupe et championnat, moteurs de visibilité
La Coupe d’Algérie reste, selon Fillali, la vitrine la plus représentative du basketball national. Elle favorise la confrontation entre clubs de différentes divisions et entretient une dynamique compétitive essentielle. Le championnat, lui, gagne progressivement en intensité. Des équipes structurées comme NB Staouéli illustrent cette évolution en misant sur la stabilité administrative et la continuité technique. Le responsable technique insiste sur un changement de paradigme : la performance ne repose plus uniquement sur le talent individuel. Elle dépend désormais de la planification sportive, de la formation continue et d’une gouvernance solide. Les clubs qui s’inscrivent dans cette logique deviennent naturellement plus compétitifs, tant sur le plan national que continental.

Une crise économique qui freine l’élan
Le principal défi demeure financier. Selon le DTN plusieurs joueurs évoluent sans salaire pendant des périodes allant de trois à douze mois. Une situation préoccupante qui fragilise les athlètes et décourage l’émergence de nouveaux talents. Pour Fillali, l’absence de ressources économiques stables constitue aujourd’hui la menace la plus sérieuse pour la discipline. Les clubs rencontrent également d’importantes difficultés pour participer aux compétitions africaines. Sans sponsoring durable ni partenaires économiques solides, l’engagement international devient un risque financier pouvant mener à l’endettement. Le DTN estime que le basketball souffre encore d’un déficit de visibilité médiatique, malgré sa popularité réelle. L’ouverture au secteur privé et un soutien institutionnel accru apparaissent comme des conditions indispensables à la survie du sport.

Réorganiser pour construire l’avenir
Au-delà de l’aspect financier, Fillali reconnaît certaines insuffisances organisationnelles internes. L’absence de stages de formation d’entraîneurs depuis la saison 2022-2023 a illustré les difficultés structurelles rencontrées par la fédération. Une situation que l’instance tente désormais de corriger en mettant en place un programme permanent de formation technique. L’objectif affiché consiste à passer d’un fonctionnement ponctuel à un véritable système de développement. Pour le DTN, la qualité des encadreurs constitue la base de toute progression sportive. Former les entraîneurs revient à former indirectement les générations futures.

La formation des jeunes au cœur du projet
La stratégie fédérale repose désormais sur la formation. Avec seulement 23 200 licenciés recensés, le potentiel de croissance reste immense. Une convention conclue avec la fédération du sport scolaire vise à transformer les établissements éducatifs en viviers de talents. Détection précoce, multiplication des compétitions et décentralisation des centres d’entraînement constituent les axes majeurs du projet. Les premiers résultats sont encourageants. Les sélections U16 et U18 ont décroché des podiums arabes, tandis que l’équipe U18 a remporté un championnat arabe. Ces performances démontrent que le travail de base commence à porter ses fruits et confirment la pertinence de la stratégie fédérale.

Le 3×3 et le retour des ambitions internationales
Autre chantier prioritaire : le développement du basket 3×3. L’équipe algérienne U23 figure aujourd’hui parmi les meilleures sélections africaines et ambitionne une qualification historique aux Jeux Olympiques. Moins coûteuse et plus accessible, cette discipline offre une opportunité stratégique pour repositionner rapidement l’Algérie sur la scène internationale. Parallèlement, l’équipe nationale senior reste au centre des ambitions fédérales. Sous la direction du sélectionneur Ali Bouzian, elle tente de retrouver l’AfroBasket, compétition que l’Algérie n’a plus disputée depuis 2015. La stratégie repose sur la complémentarité entre joueurs locaux et éléments issus de la diaspora évoluant dans des championnats étrangers. La modernisation des infrastructures constitue enfin un levier essentiel. Fillali plaide pour davantage de salles adaptées, une meilleure organisation des événements et une gestion moderne de la billetterie afin d’exploiter pleinement l’engouement du public. Les plus de 400 demandes d’intégration aux programmes fédéraux témoignent déjà d’un regain d’intérêt pour la discipline.
Le diagnostic est désormais clair : le basketball algérien possède le talent et la passion, mais son avenir dépendra de sa capacité à transformer les intentions en structures solides. Le rebond attendu sera-t-il enfin celui du renouveau continental ?
Mohamed Amine Toumiat

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