En dépit de la gratuité d’accès : les plages vides

Dix heures du matin, un vendredi, on prend la direction du littoral algérois. La circulation était plutôt fluide. On arrive à destination vers les coups de 10 H 30. Comme à l’accoutumée, le mois de carême rime avec paresse. En dépit de la chaleur qui affichait 30° et de la beauté du paysage à la plage, Ali Lapointe au niveau de Rais Hamidou (Ex-La Pointe Pescade), ils n’étaient qu’une vingtaine d’Algérois ayant occupé les lieux. Le motif n’est pas de se baigner mais plutôt de « tuer le temps ». Mœurs religieuses obligent, la baignade peut vous faire avaler de l’eau et rompre votre jeûne. 11.15, on s’approche des « estivants » ayant déposé leurs affaires sur les lieux. Mohamed âgé de 35 nous a indiqué qu’il est juste venu pour balader ses enfants. De ce fait, nombreux sont les citoyens rencontrés à la plage Ali Lapointe qui sont présents juste pour promener leurs enfants et les faire profiter de la mer. Toutefois, pour certaines personnes il est quasi impossible de ne pas profiter de la beauté du paysage et de rester au bord de l’eau sans se baigner. C’est pour cela que Samir, 25 ans a fait une petite virée à l’eau histoire de se rafraîchir. Quand aux enfants que nous avons interrogés, ces derniers, nous ont fait part de leurs soucis de bien accomplir leur jeûne, mais qu’ils aimeraient d’abord profiter de leur enfance. Certains adolescents ont même profité de la présence d’un barbu «Akhina» pour discuter avec lui et lui demander s’ils peuvent nager. Tous contents ils disent que cet homme leur a expliqué qu’ils peuvent nager en faisant simplement attention à ne pas boire de l’eau qui risque de provoquer la rupture du jeûne. Venus de la Casbah, ces adolescents qui ont fait le déplacement à pied jusqu’à cette plage, n’ont pas caché leur joie de profiter pleinement de leur journée. Madjid, Hani, Lamine, Farid Et Ahmed se sont de ce fait précipités pour nager encore, tous fiers de ne pas perdre leur temps. Côté familles, l’aspect religieux planait sur leur promenade sur la plage. Pour Halima, 25 ans, il n’est pas possible de mouiller ses vêtements devant les hommes. Pour elle, cela pourrait être attirant pour eux. Vivant à Berne depuis 18 ans, Soufiane semble «jeter à l’eau» cette habitude. Il passe des heures à se baigner et à se détendre sous le parasol. Ayant l’habitude de passer le Ramadhan au bled en famille et de retrouver toutes les traditions de ce mois, cet émigré profite de son séjour pour passer quelques heures au bord de la mer. «  C’est devenu une sorte de tradition pour moi, je viens toujours pour tuer le temps et profiter de la fraîcheur et de la brise marine », dira-t-il. Contrairement à Soufiane, son ami, Arezki, affirme être ici spécialement pour ses enfants. «Si je viens à la plage durant le Ramadhan, c’est juste pour faire plaisir à mes enfants», précise-t-il. Les petit Ali et Amine âgés respectivement de 9 et 5 ans, profitent pleinement de leur sortie. Ils courent, rigolent, s’amusent dans l’eau et jouent sur le sable. Même le papa semble apprécier ces moments passés au bord de la mer. «Ça me change du quotidien bruyant et me permet de me détendre un peu», précise-t-il. Face à la grande bleue, la tentation est grande. Même si les parents avancent l’argument d’accompagner uniquement leurs enfants pour se baigner, eux aussi ne tardent pas à faire de même. Mais de peur d’avaler de l’eau de mer, ils s’efforcent de se baigner sans plonger la tête. Comme on s’attendait, les magasins, à côté de la plage étaient tous fermés hier.

La plage Azur affichait déserte
Le scénario n’était pas différent au niveau de la plage Azur à côté de Palm Beach. Des pancartes affichaient la gratuité de l’accès. Des tables et des parasols ont été posés tout au long de la plage. Chose promise, chose due, la plage est bel et bien gratuite aux citoyens. Plus besoin de payer des tarifs excessifs pour louer ces tables. On aurait aimé s’en servir, mais hélas, boulot oblige, on a poursuivi notre tournée. À notre plus grand étonnement, le drapeau rouge sillonnait devant l’entrée. «  Baignade interdite », et pourtant pas une lueur de vague à l’horizon. En dépit du drapeau rouge, certains jeunes inconscients ont profité de la douceur de l’eau. Sous un parasol, Aicha est installée sur une chaise, admirant la mer. Elle surveille des yeux sa fille Kamelia qui s’amuse dans l’eau. Même si l’eau est froide, la petite Kamelia ne dissimule pas sa joie. «C’est super», lance-telle à sa maman, avant d’enchaîner : «Il y a très peu de monde.» C’est mieux qu’avant le Ramadhan», ajoute-t-elle, avec le sentiment d’avoir toute la plage pour elle. Les citoyens qui remontaient après une bonne baignade, nous font savoir que «la plage est tout simplement trop belle». Et elle l’a été en cette journée où la chaleur est au rendez-vous. Il est 12h00 quand un barbu arrive sur les lieux avec sa petite fille, âgée d’à peine deux ans. Une fois débarrassé de son qamis en optant pour un long short et un débardeur, il prend sa fille dans ses bras et rentre dans l’eau. Sa virée à la plage ne dure pas longtemps. Une demi-heure plus tard, il plie bagage et rejoint sa voiture garée au parking, situé à près de 100 mètres de la rive. En effet, la priorité est donnée à la prière du vendredi ! Et au Ramadhan, on ne joue pas avec l’horaire des prières.
Lamia Boufassa

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