Lakhdar Rekhroukh

COSIDER : Une perte de 25 % du chiffre d’affaires

Le groupe Cosider a subi un manque à gagner de 25 % de son chiffre d’affaires au premier semestre 2020, du fait de la crise sanitaire provoquée par l’épidémie de Covid-19, a ré vélé, hier, son directeur général, Lakhdar Rekhroukh, sur le Direct du Soir d’Algérie.

«L’impact est de l’ordre de 25 % de manque à gagner du chiffre d’affaires. En 2019, on a réalisé 208 milliards DA (…) pour cette année, on n’a pas dépassé les 75 % par rapport à ce qui a été prévu durant le premier semestre », a indiqué le responsable du groupe public, géant national du BTP, qui possède d’importants projets de construction. Par contre, « on aspire, avec la levée progressive de ces contraintes dues à la crise sanitaire, à rattraper avec le deuxième semestre. Mais comme vous le constatez, la crise est toujours là, et donc cela va être difficile pour réaliser ce qui a été escompté au début de l’année », a-t-il poursuivi. Devant cette lourde perte en chiffre d’affaires réalisé, Cosider, qui est l’un des premiers recruteurs dans le pays, n’envisage pas d’importante réduction dans ses effectifs. « Pour ce qui est des charges de personnel et de la main d’œuvre, on a à peine diminué de 3 % », a rassuré Lakhdar Rekhroukh. Comme Cosider, les autres entreprises privées du BTP sont aussi confrontées aux baisses de leur chiffre d’affaires et de recettes. « Globalement, c’est à peu près le même chiffre [de manque à gagner]. J’ai eu à consulter les chiffres et statistiques qui ont été arrêtés, ça tourne autour de 24 à 25 %. Et c’est aussi la même chose pour ce qui est de la masse salariale », a estimé Lakhdar Rekhroukh, qui est aussi président de l’Onep (Organisation nationale des entrepreneurs publics). Depuis la prise des premières mesures de confinement dans le pays, les entreprises du BTP n’ont finissent pas de cumuler les pertes, car il n’y a pas assez de chantiers (commandes publiques) dont vivent principalement ces entreprises.
« Aujourd’hui, les entreprises du BTP souffrent de manque de plans de charges », reconnait le responsable de l’Onep. Premières conséquences : la perte de milliers d’emploi dans ce secteur très vital. « En ce qui concerne la commande publique, il y a un réel problème. Il y a un manque de cahiers de charges au niveau national. C’est tout à fait normal : on a eu une année 2019 très difficile et on entame l’année 2020 avec le risque de se retrouver avec la même ampleur de la crise sanitaire. La commande, que ce soit pour Cosider que pour les autres entreprises du BTP, est très réduite », a expliqué le DG de Cosider. Ce dernier est, cependant, optimiste quant aux capacités de son groupe à remonter la pente : « Pour Cosider, Dieu merci, on avait déjà un plan de charges assez conséquent, qui nous permet justement de faire face à cette crise de commandes et plans de charges, afin de pouvoir continuer à travailler pour les deux ou trois années à venir ». En revanche, ajoute Lakhdar Rekhroukh, « je pense que les pouvoirs publics sont en train, à travers toutes les discussions, tripartites et propositions faites, de lancer incessamment des projets pour maintenir les emplois, et pourquoi pas en créer d’autres. Cela est très important, car aujourd’hui, les entreprises de BTP souffrent de manque de plans de charges ».

Rekhroukh plaide pour la dépénalisation de l’acte de gestion
Interrogé sur son point de vu sur la dépénalisation de l’acte de gestion, pointé par nombres de responsables économiques comme le véritable frein dans la prise d’initiative et d’évolution des entreprises publiques, Lakhdar Rekhroukh estime qu’il y a encore à faire sur ce point. « On a fait un grand pas dans la dépénalisation de l’acte de gestion parce qu’à un certain moment, on a dicté des textes qui avaient dépénalisé l’acte de gestion, même si ici le terme n’est pas tout à fait approprié, qui font que l’action publique ne peut être engagée que par les organes sociaux », a-t-il jugé, précisant : « je pense que la dépénalisation de l’acte de gestion est la chose la plus importante qui pourrait libérer l’initiative du gestionnaire public ». « Un entrepreneur est un gestionnaire. Il gère par des actes et chaque acte est engageant.
Et si l’acte de gestion est en lui-même pénalisable, cela devrait être difficile pour quelqu’un de lui demander de prendre des initiatives. Parce que entreprendre sous-entend toujours l’existence d’un risque », a-t-il schématisé. Selon les lois actuelles, les règles du code des marchés publics s’appliquent, sans distinction et sur un pied d’égalité, pour les entreprises publiques et privées. Le gestionnaire de l’entreprise publique a les mêmes obligations et contraintes qu’une entreprise privée. « Mais, de l’autre côté, l’entrepreneur public n’a pas la même liberté d’action. Il y a toujours des appréhensions. On a les mêmes droits mais pas les mêmes devoirs. Et c’est ce qui fait que l’entreprise publique a nécessairement toujours des contraintes supplémentaires », a estimé Rekhroukh.
Hamid Mecheri