TRANSITION ÉNERGÉTIQUE DE L’ALGÉRIE : L’importance du potentiel national sous la convoitise de tiers

Le programme national de développement des énergies renouvelables (PNDER) actualisé en 2015, prévoit l’installation de 22 000 MW avec un coût d’investissement de 34 milliards de dollars, offrant la plus grande part de ce programme à l’énergie photovoltaïque (61,7%) et à l’éolien (22,77%).

à moyen terme, d’ici 2030, ce programme devrait permettre de parvenir à 27% de renouvelable dans le mix national énergétique, économisant au pays annuellement 38 milliards de m3 de gaz naturel, sachant qu’actuellement la part de consommation locale de gaz par rapport à la production nationale ne cesse d’augmenter, passant de 31% à 46% entre 1991 et 2017.
On estime que le potentiel photovoltaïque de l’Algérie s’élève à près de 2,6 millions de térawatts/heure (TW/h) par an, soit 105 fois la consommation mondiale d’électricité, et la volonté d’adhésion de l’Algérie au marché spot européen afin de fournir l’Europe en énergie s’explique par la résolution de l’Algérie d’accéder au marché européen des énergies renouvelables et de s’y tailler une place de choix, notamment en Italie et en Finlande qui sont les plus importants importateurs européens d’énergie électrique. L’Afrique demeure aussi dans les calculs de l’Algérie, vu que l’Europe et l’Afrique sont en mesure de constituer des marchés porteurs pour le renouvelable algérien, surtout si l’Algérie installe des capacités de stockage de cette énergie pour la commercialiser à des moments où la demande extérieure est plus forte au cours de l’année. Sachant que les prix spot moyens du marché européen atteignent 120 euros/MWh. En Italie le MWh se commercialise à 276 dollars et en Espagne à 228 dollars et à 140 dollars/MWh en Afrique, et qu’en Algérie, celui-ci coûte 42 dollars. Mais l’Algérie, qui a ratifié des conventions de libre échange avec les états-Unis d’Amérique et qui temporise à propos de son adhésion à l’OMC, pourrait-elle prétendre exploiter son propre potentiel énergétique et le commercialiser à son avantage ?
On est tenté de penser que cela ne sera pas aussi évident malheureusement, sachant que depuis quelques années plusieurs résolutions de l’OMC et des institutions du commerce international ont contribué à bloquer le développement des énergies renouvelables dans les pays émergents.
On se souvient d’ailleurs de la pression des logiques des marchés internationaux et du néo-libéralisme commercial constaté lors de la réunion à Paris pour la COP21, les attaques de l’OMC contre les politiques de transition énergétique de certains pays émergents en sont la preuve. En réalité, le développement durable est actuellement appréhendé comme un business fort fructueux. Les énergies renouvelables, surtout le solaire et l’éolien, attirent la concupiscence d’entreprises de plus en plus importantes, et génèrent de plus en plus de profit, et comme tout business, le développement durable est aussi soumis aux dures règles du marché.
Libre échange, dérégulation commerciale: les énergies renouvelables sont soumises aux mêmes règles commerciales que les matières premières et les autres technologies qui s’échangent à un rythme accéléré sur les marchés internationaux. Et l’enthousiasme de la COP21 ne changera rien à la donne: le développement durable, l’écologie ne sont, en somme, que des marchandises comme les autres.

Un secteur qui n’arrange pas les affaires des lobbys
On se souvient qu’en 2016, dont l’Organe de règlement des différends (ORD) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les états-Unis avaient annoncé leur opposition à l’ambitieux programme solaire indien, un pays où près de 300 millions de personnes vivent encore sans électricité, freinant ainsi le développement d’une transition écologique, mais aussi et surtout le développement économique et social de la population indienne.
Il se trouve qu’en effet le programme solaire indien prévoyait d’installer près de 100 gigawatt d’électricité solaire d’ici 2022, et précisait qu’un pourcentage de ces installations devait être fabriqué localement, en Inde. Une question qui semblait déranger outre mesure les Etats-Unis qui ont déposé la plainte à l’OMC, sous prétexte que cette close va à l’encontre des règlements commerciaux internationaux.
Les états-Unis avaient fait valoir le principe que dans un contexte de libre échange, imposer une production nationale revient, en quelque sorte, à pratiquer le protectionnisme et la logique de l’économie internationale qui prévaut sur la logique écologique aidant, l’inde sanctionnée par l’organisation internationale était donc obligée d’ouvrir totalement le programme solaire aux investisseurs étrangers. Les américains ont donc profité de ce juteux marché pour écouler leurs stocks de panneaux solaires.
Plus tôt en 2011, les Etats-Unis avaient enclenché une procédure contre la subvention d’un programme d’énergies propres lancé par la Chine. En l’espace de 4 mois, deux plaintes avaient été déposées contre le programme éolien chinois. Le Japon avait également lancé une plainte contre le Canada pour avoir subventionné les énergies propres en 2010. De son côté, la Chine avait attaqué l’Union Européenne qui favorisait ses marchés nationaux pour le solaire en 2012.
Il est clair que les puissants lobbys s’activent énergétiquement à bloquer l’accès à l’énergie dans les pays émergents où il serait un vecteur de développement économique et social faisant fi des engagements pris à la COP21. Paradoxalement, les subventions sur les énergies nationales coûtent, aux états-Unis, plus de 40 milliards de dollars annuellement.
Les politiques qui martèlent la nécessité d’une telle transition omettent-ils ou feignent-ils d’ignorer que cette question relève d’une économie bien particulière, En vérité la transition énergétique ne vise pas réellement en priorité la réduction des émissions de CO2, mais elle est surtout motivée par un plan de relance qui alimente l’appétit des lobbys puissants de ce monde, cela n’a rien à voir avec une quelconque science climatique, il s’agit simplement d’un plan de relance de l’emploi et source de revenus si importants que les plus forts lobbys tentent de racler le marché mondial.
Il devient clair qu’il serait nettement difficile à l’Algérie de prétendre à tirer un minimum de son potentiel en énergie renouvelable, à défaut de céder aux lobbys américains au détriment de ceux européens, autrement les conséquences pourraient s’avérer périlleuses pour le pays.
Zacharie S. Loutari