Son discours en faillit irrite plus qu’il ne réunit : Le MSP ravive les flammes des divergences

«Le MSP insiste sur le fait que la sauvegarde des constantes de l’identité nationale échoie en premier lieu à l’État. Nous regrettons l’humiliation continue de la langue nationale de la part de nos responsables, qui préfèrent s’exprimer en français devant les présidents et délégations étrangers. Un cas qui s’est répété avec le Premier ministre lors de sa conférence de presse avec la chancelière allemande Merkel sous prétexte de l’indisponibilité d’un interprète, un prétexte tout aussi à dénoncer que de s’exprimer en langue étrangère», a dit Makri, en fin de semaine. Le chef du Msp semble plus irrité que de mesure. Et il le fait savoir. La semaine dernière, après la lettre de pardon du président français Macron à la veuve de Maurice Audin, où il reconnaît le recours systématique de l’État à la torture lors de la guerre de libération, le même parti islamiste a considéré ce pardon comme «une humiliation» à des milliers d’Algériens qui ont été aussi torturés et disparus aux mains des soldats français. Makri a mis même le nom français de Audin pour s’en douter de son algérianité. «On est dans le discours de la souche et de la race, fondamentaux des radicaux du monde entier», lui rétorque l’écrivain algérien Kamel Daoud. Ce dernier ajoute : «On déduit du communiqué de ce parti islamiste… qu’Audin, même quand on lui concède au bout des lèvres, la qualité de héro, convenance politicienne oblige, il reste Français, non-musulman. Bel exemple du révisionnisme confessionnel dans sa splendeur destructive. Toutes les nuances admirables et tragiques de cette admirable guerre de libération, les gestes historiques des uns et des autres sont effacés par un édito ou un communiqué de parti, par leurs signataires nés après la guerre, bénéficiant de l’indépendance pour laquelle Audin est mort». Adoptant le même discours et vision politique que le président Turc Recep Erdogan, Makri affiche une proximité idéologique avec ce dernier, notamment sa déclaration de guerre contre les symboles de l’État laïc. Sur sa page Facebook, le leader islamiste exprime clairement son refus d’une tamazight «latinisée», accusant les adeptes de cette idée de «nostalgiques de la France coloniale», alors que sa cible privilégiée est la ministre de l’Éducation nationale, Nouria Benghebrit. Son chef de groupe parlementaire à l’APN, lui, a qualifié les récentes déclarations de l’écrivain Amine Zaoui sur la «bédouinisation» des villes algériennes et le Parti du RCD sur son appel pour l’égalité homme-femme dans l’héritage d’«ignorants» et d’«ennemis de la chariâ». Lundi dernier, dans un entretien à TSA, c’est à Nacer Hamdadouche, chef de file du groupe parlementaire MSP, que Amine Zaoui s’est adressé directement. «Avant de juger d’un livre, il faut s’instruire et lire d’abord. À ce député, je lui dit simplement : lisez un petit peu avant de juger les gens ! Ensuite, l’écriture romancière ne te concerne pas, tu devrait plutôt s’occuper des doléances des gens qui t’ont élu. C’est cela tes vraies tâches», a plaidé sévèrement Amine Zaoui.

Hamid Mecheri