PROCÉS KHALIFA BANK L’avocat d’Ighil : «Mon client a été le bouc émissaire dans cette affaire»

La peine de 15 ans de prison requise contre l’ancien entraîneur du NAHD, Ighil Meziane, condamné en 2007 à quatre années qu’il a déjà purgées, suscite beaucoup de commentaires aussi bien auprès de l’opinion publique que parmi le collectif de défense. Jeudi, lors de sa plaidoirie, l’avocat d’Ighil Meziane n’a pas mâché ses mots et a affirmé que son client était un bouc émissaire et que les véritables responsables de ce pillage des richesses du pays n’ont jamais été inquiétés. Il rappela que l’image de son client a été utilisée par Abdelmoumène Khalifa pour promouvoir celle de son groupe et inciter certains responsables d’OPGI ou d’autres institutions à déposer des fonds auprès de Khalifa Bank. «Ce n’est pas un crime, c’est plutôt lui qui a été utilisé parce que très connu des Algériens», a affirmé Me Belaala. Revenant sur l’accusation de constitution d’association de malfaiteurs retenue contre son mandant, l’avocat précise que ce dernier ne connaissait personne à Khalifa Bank, alors «comment peut-il être accusé d’association de malfaiteurs ?», s’est-il demandé. Continuant sa plaidoirie, le défenseur d’Ighil Meziane rappela qu’il y a des personnes qui ont contracté des prêts beaucoup plus importants sans qu’ils aient été citées et, en parlant de celui de son client il affirma que le seul «crime» que son client a commis est celui d’avoir obtenu un prêt d’un milliard auprès de Khalifa Bank et l’a remboursé complètement, avec les intérêts y afférents en plus. Toujours concernant son client, Me Belaala précise que Khalifa Abdelmoumène a été reçu même par le président de la République alors que son client est mis en prison juste pour avoir travaillé au sein de ce groupe en qualité de conseiller sportif. Quand l’avocat déclare que toute cette affaire a été planifiée par des personnages occultes pour piller les richesses nationales, le juge lui demanda de ne pas politiser les débats, mais le défenseur continua en demandant que son client soit innocenté des charges retenues contre lui, car elles ne sont basées sur aucune preuve. Quant à Me Belouareth, défenseur de Yacine Ahmed, ex-P-DG de l’entreprise Digromed, il abonda dans le même sens affirmant que son client est innocent de toutes les charges retenues contre lui, car il n’y aucune preuve dans ce sens. L’avocat retraça le parcours sans faille de son client qui a certes déposé des fonds de l’entreprise qu’il dirigeait mais qu’il a retiré en temps opportun la plus grande partie de ces fonds, ainsi que les intérêts y afférents et qu’il ne reste qu’un montant minime qu’il a essayé de récupérer dès qu’il a su que la banque était défaillante, mais il en a été empêché, car toutes les transactions avaient été gelées. Le défenseur insista sur le fait que tout ce qui a été rapporté dans l’arrêt de renvoi ne reflète nullement la réalité, car son client n’a jamais possédé plusieurs appartements comme cela a été écrit, mais qu’il n’avait qu’un appartement qui l’a vendu, puis il a demandé un prêt auprès du CPA pour construire une villa, prêt qui est toujours en train de rembourser à ce jour. Comme il nie que son client a pris la somme de 48 millions de centimes de l’agence d’El-Harrach comme annoncé par le directeur de cette dernière, Aziz Djamel, lors de son audition. Concernant le logement qu’il possèderait à l’étranger, l’avocat rappelle que cette affirmation a beaucoup lésé sa famille, car il appartient à sa femme avant qu’il l’épouse, ce qui n’aurait même pas dû être rapporté. Pour l’avocat de Dalal Abdelouahab, qui était employé au sein de Khlaifa Bank en qualité de responsable de la sécurité chargé du transport et de la sécurité des fonds, son client n’a aucune relation avec l’association de malfaiteurs dont il est accusé d’en faire partie, car il travaillait au sein d’une entreprise financière agréée par l’État algérien, qu’il avait même un uniforme qui attestait de sa fonction et qu’il n’était responsable que de veiller sur les valises ou les sacs qu’on lui remettait. Me Aït Boudjemâa rappelle que son mandant ne connaissait même pas les montants qu’il transportait ni quelle direction ils prenaient après qu’il les remette à leur destinataire contre accusé de réception. Il précisa aussi que son client faisait son travail dans la légalité et qu’il travaillait au sein d’une entreprise agréée et non dans une association de malfaiteurs. Le même avocat a défendu un autre accusé qui avait gardé une voiture de service jusqu’à ce qu’elle soit réclamée par le liquidateur. Le défenseur rappela que son client, Meziane M.T., était employé au sein de Khalifa Médicaments en qualité de haut cadre et qu’il participait à des recherches poussées sur le Sida. Selon l’avocat, il a bénéficié d’une voiture de service dans le cadre de son travail et non comme marchandise et, s’il n’a pas restitué la voiture avant, c’était juste parce qu’il ne savait pas à qui la remettre et, dès que le liquidateur s’est fait connaître, il l’a rendue. Me Belaala revint ensuite au prétoire pour défendre la cause d’un autre client, Larifi Salah, qui occupait le poste de directeur général de la CNR, que son mandant avait déposé la somme de 2 milliards de dinars au sein de Khalifa Bank pour obtenir des gains supplémentaires au bénéfice de l’institution qu’il dirigeait. Il rappela qu’il a fait ce dépôt après l’approbation du conseil d’administration lequel était responsable d’en informer la tutelle. D’ailleurs, l’avocat rappelle qu’effectivement le ministère avait été informé, mais que la lettre d’information avait été «perdue» sciemment par des personnes qui voulaient l’incriminer personnellement. Concernant les avantages reçus par son client, le défenseur reconnut que ce dernier avait bénéficié d’une carte de transport gratuit qu’il n’a utilisé qu’une seule fois, un aller-retour vers Batna pour une somme de 3 000 DA. Le défenseur se demanda comment peut-on déposer une somme de 2 milliards de dinars contre une somme de 3 000 DA seulement en avantages, ce qui est vraiment dérisoire et ne devrait prêter à aucune interprétation. Même le fait que son fils ait bénéficié d’une formation de pilote au sein de Khalifa Airways, sans qu’il soit titulaire du Baccalauréat, est une chose normale et il n’y a aucun article de loi qui incrimine son client. Le même avocat rapporta le fait que le successeur de son mandant à la tête de la CNR a déposé la somme de 10 milliards de dinars chez Khalifa Bank, et se demande quel était donc le rôle de la tutelle qui n’a rien fait pour arrêter ces dépôts qu’elle qualifie aujourd’hui d’illégaux.

Hadj Mansour

La défense continue ses plaidoiries

Deux jours durant, les avocats des 71 inculpés se sont relayés à la barre pour plaider la cause de leurs mandants devant le tribunal criminel de Blida, dans le cadre du procès en appel de l’affaire Khalifa Bank. Les premiers avocats à plaider sont ceux dont les clients sont poursuivis en correctionnelle, parmi lesquels d’anciens directeurs d’entreprises nationales, des présidents de conseils d’administration, de directeurs financiers qui ont procédé au placement d’importantes sommes d’argent auprès des agences de Khalifa Bank et ont perdu, sinon la totalité, du moins une bonne partie de ces dépôts après le retrait de l’agrément de la banque. Ces anciens responsables sont surtout poursuivis pour abus de confiance, pour ceux qui ont contracté des prêts auprès de la banque après avoir fait des dépôts, de corruption pour ceux qui ont bénéficié de cartes de «thalassothérapie» ou de billets d’avions gratuits, certains de véhicules haut de gamme qu’ils n’ont rendus qu’après avoir été convoqué et sommés de le faire par les gendarmes. Lors du procès de 2007, certains d’entre ces ex-responsables ont été acquittés, d’autres condamnés à des peines de prison ferme ou avec sursis et ont donc déposé des pourvois en cassation devant la Cour Suprême, ou bien c’est le parquet général qui avait trouvé que la peine ne reflétait pas l’acte commis et a donc interjeté appel. Lors des plaidoiries, les avocats ont axé leur défense sur le manque de preuves, comme pour ceux qui ont reçu des cartes de «thalassothérapie» sans les utiliser ou sans qu’ils le sachent, parce qu’il y avait juste leurs noms portés sur une liste établie par Khalifa Bank et qui a été retrouvée par les enquêteurs, ou encore des billets et des cartes de transport gratuit à bord des avions de Khalifa Airways, qui ont été utilisés en de rares occasions. Pour ceux-là, la défense a axé sa plaidoirie sur le fait que les preuves n’étaient pas tout à fait établies pour permettre d’étayer l’accusation de corruption. C’est aussi le cas de ceux des inculpés ayant bénéficié de prêts, souvent par centaines de millions de centimes et qui ne les ont pas remboursés (ou pas entièrement) pour des raisons diverses, à commencer par le retrait d’agrément de la banque et par la fermeture des agences, les clients ne savant plus à qui s’adresser avant l’arrivée de l’administrateur puis du liquidateur. Pour les autres inculpés, ceux qui ont gardé des ordinateurs portables, des véhicules, du matériel divers et qui évoquent aussi diverses raisons pour le retard, les avocats demandent d’innocenter leurs clients car, à l’instar de ceux qui ont gardé les ordinateurs «ils les ont gardés dans l’intérêt de la banque, car ils contenaient des fichiers confidentiels et importants concernant Khalifa Bank, et qui auraient pu être perdus autrement. Il y a aussi ceux qui ont gardé des véhicules, soit parce qu’ils ont continué de travailler avec l’administrateur, soit parce qu’ils ne savaient pas à qui s’adresser ou pour d’autres raisons encore. Pour ceux-là, la défense argua du manque de preuves, du manque d’informations. Poursuivant toujours leurs plaidoiries pour innocenter leurs clients, les avocats ont aussi parlé des rapports de la commission bancaire qui n’ont pas été suivis d’effet, le rapport de la BA perdu dans le bureau du ministre des Finances ou encore les inspecteurs qui ont découvert des irrégularités. D’ailleurs, l’un des défenseurs affirme que ceux qui ont commis des crimes ne sont pas là et un autre qui déclare que «tout le monde savait ce qui se passait à Khalifa Bank, mais personne n’a rien fait». Mercredi, le juge Antar Menouar a continué à écouter les plaidoiries des défenseurs, et il ne devrait rester, à la fin, que ceux d’Abdelmoumène-Rafik Khalifa et de ses proches collaborateurs qui auront la lourde tâche de faire tomber les charges retenues contre leurs mandants.

H. M.

 

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