Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a écarté toute perspective de rencontre présidentielle à court terme, affirmant que « tout est à l’arrêt » dans le pays en attendant un cessez-le-feu effectif. Cette déclaration intervient dans un contexte de forte escalade militaire au sud du Liban et de paralysie politique interne.
Selon des propos rapportés par des visiteurs, le chef du législatif a insisté sur le fait qu’aucun dossier ne sera examiné avant la fin des hostilités. Interrogé sur les déclarations du président de la République concernant la nécessité d’un cessez-le-feu préalable à toute négociation, Berri a renvoyé la question à ce dernier, s’interrogeant : « Où est aujourd’hui le cessez-le-feu ? ». Concernant d’éventuelles discussions avec un émissaire saoudien sur un remaniement gouvernemental, il a réaffirmé que la priorité absolue demeure l’arrêt des combats, décrivant une situation politique « figée, à l’image du Liban ». Il a toutefois laissé entrevoir un espoir, évoquant d’éventuels progrès dans les négociations américano-iraniennes tenues à Islamabad. Par ailleurs, Berri a mis en garde contre toute manipulation du taux de change de la livre libanaise, soulignant les conséquences économiques « catastrophiques » qu’une telle dérive pourrait engendrer.
Escalade militaire et violations du cessez-le-feu
Sur le terrain, la situation sécuritaire continue de se détériorer. Les affrontements persistent le long de la frontière libano-palestinienne, où la résistance libanaise affirme répondre aux attaques sionistes, tandis qu’une large partie de la population rejette toute négociation directe avec Israël sous médiation américaine. Depuis la mi-avril, les forces sionistes multiplient les violations du cessez-le-feu, menant des frappes aériennes et des bombardements d’artillerie sur plusieurs localités du sud du Liban. Hier, des attaques ont visé notamment Majdel Zoun, Brachit, Tebnine et Chaqra, ainsi que des zones agricoles entre Bourj el-Chemali et Al-Houch. Des obus au phosphore auraient également été tirés dans certaines zones. Des sources locales font état de frappes répétées sur Zawtar el-Charqiya et de bombardements touchant d’autres localités, traduisant une intensification des opérations aériennes et terrestres. Par ailleurs, des destructions de quartiers résidentiels ont été signalées dans plusieurs villages, aggravant la situation humanitaire. Selon le ministère libanais de la Santé, le bilan cumulé de l’offensive sioniste depuis le 2 mars s’élève à 2 521 morts et 7 804 blessés. Rien que lundi, quatre personnes ont été tuées et 51 blessées lors de frappes dans le sud.
Nouvelles dynamiques sur le champ de bataille
Du côté sioniste, l’armée a annoncé avoir intercepté des « cibles aériennes suspectes » et fait état de pertes dans ses rangs, notamment un soldat grièvement blessé après l’explosion d’un drone piégé. Des responsables sécuritaires sionistes ont reconnu que les drones explosifs utilisés par le Hezbollah représentent une menace inattendue. Selon eux, ces engins, parfois guidés par fibre optique, sont difficiles à intercepter et marquent une évolution technologique significative dans les capacités du mouvement. Les médias israéliens ont également évoqué des frappes de drones ayant ciblé des unités militaires, causant des pertes humaines et un désordre opérationnel. Ces attaques s’inscrivent dans une stratégie plus large de la résistance visant les positions et regroupements de soldats israéliens le long de la frontière. Sur le plan intérieur sioniste, des critiques émergent quant à la gestion du conflit. Le quotidien Maariv a évoqué un « échec total » de la guerre au Liban, estimant que l’armée se retire sans avoir atteint ses objectifs, tandis que les tirs de la résistance libanaise se poursuivent. D’autres médias, dont Israel Hayom, ont critiqué la stratégie du gouvernement de Benjamin Netanyahu, affirmant que les opérations menées s’inscrivent dans une routine militaire sans résultats décisifs.
Par ailleurs, des rapports font état d’un mécontentement croissant au sein de la population israélienne, notamment dans les zones frontalières du nord, où les habitants dénoncent un sentiment d’abandon face à l’insécurité persistante. Alors que les violations du cessez-le-feu se poursuivent et que les appels à l’évacuation de villages du sud du Liban se multiplient, la perspective d’une désescalade semble lointaine.
L’absence de consensus politique interne au Liban, combinée à l’intensification des opérations militaires, alimente les craintes d’un embrasement régional plus large. Dans ce contexte, les déclarations de Nabih Berri traduisent l’impasse actuelle : sans cessez-le-feu durable, aucune avancée politique ne paraît envisageable, laissant le Liban plongé dans une crise multidimensionnelle où se mêlent guerre, instabilité institutionnelle et fragilité économique.
M. S.












































