La visite du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, remet sur le tapis le dossier des biens mal acquis en Algérie et détournés vers la France. Et, naturellement, l’autre dossier relatif à l’extradition des anciens responsables jugés dans des affaires de corruption et étant sous le coup de mandats d’arrêt internationaux émis par la justice algérienne. La France a-t-elle enfin décidé de coopérer avec l’Algérie sur ces dossiers qui bloquent depuis des années ? Tout porte à croire que Paris s’est résolu à l’idée que si elle veut réellement établir une relation solide et un partenariat d’égal à égal avec l’Algérie, elle doit montrer sa bonne foi en accédant à la demande de la justice algérienne. Car on ne peut pas prétendre régler les problèmes avec le pays du Sud, en continuant, en même temps, d’exploiter des affaires purement judiciaires comme carte de pression. Le chantage ne marche pas. L’Algérie d’aujourd’hui a évolué. Il faut s’adapter à cette réalité. À priori, le président Emmanuel Macron a multiplié les gestes d’apaisement à l’égard de l’Algérie. Mais les intentions et les discours ne suffisent pas. Seules les actions concrètes comptent. S’engager et faire preuve de bonne volonté, c’est bien, les traduire en actes, c’est encore mieux. Autrement dit, la France officielle gagnerait à traiter avec l’Algérie suivant une logique de respect mutuel au lieu de céder à une partie de sa classe politique dirigeante qui fait de la provocation, du chantage et de l’insulte des constantes de sa politique étrangère. Paris est plus que jamais devant ses responsabilités. Elle a une occasion en or. Coopérer avec Alger est de nature à apaiser les relations pour qu’elles retournent à leur cours normal, mais aussi à jeter les bases d’une coopération à long terme. Réclamer le rapatriement des biens détournés à l’étranger, ce n’est pas trop demander. D’autres pays, comme la Suisse et l’Espagne, ont répondu à l’appel de l’Algérie. Et pourquoi pas la France ? À présent, les choses avancent, semble-t-il, dans la bonne voie. Depuis Alger, Gérald Darmanin a laissé entendre que la France est prête à accéder à la demande algérienne pour restituer les biens mal acquis, tout en livrant les responsables jugés dans ces affaires à la justice algérienne. C’est d’autant plus que la France est l’un des rares pays européens qui refuse, jusque-là, de coopérer avec l’Algérie dans la restitution des avoirs détournés par d’ex-responsables algériens. Paris donnera-t-elle suite aux 61 commissions rogatoires émises par l’Algérie à cet égard ? Le dossier attend. Pas que, puisque les discussions entre Alger et Paris pourraient aussi déborder sur une autre catégorie d’Algériens. Les pseudo-opposants jugés pour terrorisme, subversion et cybercriminalité. La crédibilité de l’engagement de Paris est sérieusement à l’épreuve.
Farid Guellil





































