Tribunal

Procès des porteurs de l’emblème amazigh : Le procureur requiert de lourdes peines

Les procès des 33 détenus et 9 accusés placés sous contrôle judiciaire, répartis sur dix dossiers et poursuivis pour atteinte à l’unité nationale, pour avoir porté l’emblème amazigh, a été ouvert hier, au tribunal de Sidi M’hamed.

Comme il fallait s’y attendre, les procès se sont déroulés dans un climat de crainte, de voir des peines prononcés à l’encontre des détenus, mais aussi de détermination et d’espoir, notamment avec l’élan et la portée du mouvement de solidarité avec les détenus du mouvement populaire pacifique. D’ailleurs, ce soutien à ces prévenus a été encore une fois au rendez-vous, par un imposant rassemblement tenu devant l’édifice du tribunal. Une foule impressionnante s’est rassemblée devant l’entrée de la juridiction, où un important dispositif sécuritaire a été déployé. La salle d’audition a été, quant à elle, noire de monde. Depuis les premières heures de la journée, les manifestants accusés, dans le cadre de ces affaires, se sont présentés par groupe devant le juge. Le premier groupe a été composé de huit personnes; à savoir: Boudraâ Abderrahmane, Bibi Makhlouf, Nacer Timsi, Ould Taleb Amine, Chatri Mouloud, Ouidir Khaled, Guerroudj Samir Idir et Ali Lek’hal. Ils ont été tous arrêtés le 21 juin dernier.
Pour se défendre, ces détenus ont fait part de « leur respect total pour le drapeau national et leur appartenance à leur identité amazighe ». Ils ont, par conséquent, nié toute volonté de porter atteinte à l’unité nationale. Dans leurs plaidoiries, les avocats de la défense ont, quant à eux, demandé la relaxation des prévenus et la restitution de l’emblème amazighe. Par la suite, le parquet a pris la parole pour prononcer son réquisitoire dans lequel il a réclamé une peine de deux ans de prison ferme et une amande de 100 000 DA contre ces huit manifestants. Par la suite, le dossier a été mis en délibéré, et le verdict devait être prononcé dans l’après-midi, selon les avocats.

Les avocats s’étonnent de l’accélération des procès
La journée a été mouvementée au tribunal de Sidi M’hamed, selon les avocats qui parlent d’une « accélération étonnante » dans le traitement des dossiers des détenus d’opinion et ceux poursuivis pour atteinte à l’unité nationale. Pour Maître Mouhous Seddik, «la seule explication quant à cette précipitation concerne l’approche de l’échéance électorale » et d’ajouter « comment peut-on expliquer que les détenus du 21 juin soient jugés au même jour que ceux arrêtés pour le même motif au mois d’octobre ? », s’est interrogé l’avocat.
Pour lui, «la seule explication concerne justement l’approche des élections présidentielles», sans manquer, dans ses déclarations de faire part de son optimisme de voir l’acquittement des 42 manifestants, rappelant que des prévenus poursuivis pour le même motif «ont été acquittés à Annaba et Jijel» précise l’avocat. À l’heure où nous mettons sous presse, le verdict n’a pas été rendu par la juridiction. À noter que les journées d’aujourd’hui et demain seront marquées par la prononciation du verdict contre onze autres manifestants, qui ont été jugés les 22 et 23 octobre derniers. Ainsi, dans le détail, les manifestants : Messaoud Leftissi, Khaled Oudihat, Meharzi Hamza, Safi Tahar, Bilal Bacha, et Djaber Aïbeche connaîtront leurs sorts aujourd’hui au tribunal de Sidi M’hamed. Deux ans de prison ferme ont été requis par le procureur de la République pour «atteinte à l’intégrité du territoire» contre ces derniers. Quant aux jeunes  Kamel Belekehal, Akli Okbi, Ali Ider, Mohand Boudjemil, Hamza Karoune, ils connaîtront leurs verdicts demain au tribunal de Baïnem. Une peine de 18 mois de prison ferme a été requise, pour rappel, contre eux par le procureur et ce, pour le même chef d’accusation.
Lamia Boufassa