PORT DU MASQUE : Une habitude qui peine à s’incruster dans le quotidien des Oranais

Le port de la bavette ne semble pas encore prête à s’incruster dans le quotidien des Oranais. Si certains soutiennent que les prix prohibitifs des masques les fait réfléchir quant à adopter cet accessoire de sécurité, d’autres évoquent son indisponibilité sur le marché ou encore par souci de confort : « Je n’arrive pas encore à m’y habituer, je sais que la bavette m’étouffe », notent certains.

Pourtant, de grands espoirs sont nés à la faveur des pouvoirs publics de distribuer, gracieusement, à la population les masques. L’opération lancée à grands coups de publicité ne semble pas encore avoir atteint sa vitesse de croisière. Elle n’est qu’à ses premiers balbutiements et ses premiers couacs. Dans ce cadre, la wilaya avait procédé, le 22 mai dernier, à une première opération de distribution de 250 000 masques. L‘opération lancée à El-Hamri ne semble pas avoir fait que des contents. Plusieurs citoyens que nous avons approchés affirment que la quantité disponible est loin de répondre à la demande. Toutefois, une source de la wilaya n’a pas manqué de souligner qu’il s’agit-là d’une première opération qui sera suivie par d’autres similaires qui vont toucher plusieurs secteurs et communes.  Le président d’une association de Sidi El-Bachir est, lui, très critique. Il affirme qu’il a répondu à une requête de la commune de Bir El-Djir, qui lui avait demandé d’établir une liste de citoyens, résidant dans l’habitat précaire ou ce qu’il est convenu d’appeler, selon la nouvelle terminologie, les zones d’ombre, pour les doter de masques. «J’ai établi une liste de 3 000 nécessiteux et ma surprise fut grande quand j’ai reçu un quota de 250. De qui se moque-t-on», fera-t-il remarquer avant de préciser qu’il a préféré rendre ces bavettes pour ne pas subir les foudres des habitants qui attendaient avec impatience cette dotation.

Une apparition timide seulement …
Si dans le chef-lieu de wilaya le masque commence à devenir un accessoire obligatoire pour les sorties sur la voie publique, dans la banlieue et certaines localités avoisinantes il faudra réaliser plus de travail de sensibilisation pour convaincre les citoyens. À Hassi-Bounif, Misserghie, Senia, Haciane Toual ou ailleurs, porter le masque est un comportement qui expose son auteur aux quolibets. C’est rare de voir quelqu’un porter un masque sortir faire ses courses ou déambuler sur la voie publique. Ici, même la distanciation sociale n’est pas respectée. On se bouscule encore pour acheter son pain, on se rend au café du coin pour se faire servir, en catimini, son petit noir. «Il faut un travail de répression pour faire adopter l’obligation de porter son masque. La sensibilisation semble avoir atteint ses limites, maintenant il faut passer au stade des sanctions. Si à Oran le port de la bavette est de plus en plus adopté, ici, dans ces bourgades, il est royalement ignoré », affirme le président d’une association qui s’était distinguée dès l’apparition de la pandémie par des actions de distribution de masques, visières et gants aux habitants et aux personnels soignants.

Le prix fait réfléchir
Au début du mois de Ramadhan, des jeunes faisaient la vente à la criée, sur la voie publique,  de masques et autres gants chirurgicaux. Les faits avaient défrayé la chronique car au moment de la pénurie qui avait sévi au début de la pandémie, le marché informel faisait prospérer ses affaires en investissant dans le créneau. Par la suite, les bavettes ont commencé à être mieux disponibles sur le marché. Même les droguistes et les quincaillers proposaient à la vente des masques industriels utilisés à titre d’exemple par les peintres, à la place des bavettes. Les pharmaciens sont mieux fournis aujourd’hui, mais le prix qu’ils exigent pour ces produits est jugé élevé. « Nous payons ces masques à 40 dinars l’unité et on nous demande de nous conformer à l’instruction du gouvernement qui a plafonné leur prix à 40 dinars, ce n’est pas logique. On doit nous consentir une marge bénéficiaire autrement on ne les commandera plus », dira le gérant d’une pharmacie du centre-ville. Un autre pharmacien ne manquera pas, lui aussi, d’abonder dans le même sens, tout en affirmant que les masques font l’objet aujourd’hui d’une véritable spéculation. « Des masques fabriqués avec des matériaux bas de gamme sont proposés à des prix élevés et présentés comme réutilisables ce qui est faux. On ne sait plus quoi, les professionnels sont désorientés car on nous demande de vendre un produit censés être classés dans la nomenclature des produits médicaux,  comme un vulgaire accessoire de confort ou de cosmétique ce qui n’est pas normal », dira-t-il. D’autres Oranais jugent qu’ils sont incommodés par le port du masque. « Il m’étouffe et je n’arrive pas encore à m’y habituer. Je l’emporte avec moi quand je sors, mais je ne le porte que quand je vois des policiers », dira un jeune rencontré à la rue Larbi Ben-M’hidi.
S. Ben