Partenaires sociaux du secteur ferroviaire : Talaï prône un pacte de développement

Qu’en est-il de l’état des lieux et de la place du secteur ferroviaire dans le programme de restructuration en cours, s’accommodant notamment avec les nouvelles orientations de l’économie nationale et consistant à ouvrir le capital des entreprises publiques aux investissements privés ? Lors d’une visite effectuée, hier, dans la périphérie algéroise de Rouiba, fleuron industriel qui a conquis en partie la vocation primaire de cette vallée, l’agriculture notamment, le ministre des Transports, Boudjemâa Talaï, a eu à s’enquérir de la situation des filiales de la SNTF (Société nationale des transports ferroviaires), où l’occasion a permis de mettre sur le tapis les problématiques qui se posent à l’entreprise publique. Mais en même temps, il y était question de parler des défis auxquels devraient s’attaquer les différents intervenants du secteur. Les journalistes conviés pour couvrir la sortie ministérielle ont été reçus au niveau de l’ISFF (Institut supérieur de formation ferroviaire), à partir de 8 Heures du matin, en cette journée d’hiver, où les nuages et les petites averses s’enchevêtrent dans un ciel grisâtre. C’était donc là, la première halte observée par le membre du gouvernement qui a eu, d’emblée, et aussitôt accueilli par les responsables de cet établissement, à évoquer une question lancinante, qui semble lui rester au travers de la gorge. Il s’agit de la problématique des partenaires sociaux, lequel ministre, même s’il a affiché une certaine volonté d’aller de l’avant, et semble préconiser de prendre vite le train du développement pour mettre le cap sur le chemin la modernité, référence aux premiers propos recueillis sur place, a déploré ce qu’il qualifie de «contrainte syndicale». Un souci qu’il veut coûte que coûte évacuer illico presto, en dépit qu’il soit, soi- dit en passant, un élément faisant partie de l’équation finale qu’il conviendrait de résoudre. Ceci dit, dans les faits et en dehors de l’aspect conceptuel de la chose, le terrain a souvent été un cas qui démontre le tout juste contraire de ce que l’on a présagé. En effet, depuis que les pouvoirs publics ont affiché leur intention d’opérer une mue au sein de l’entreprise publique, des poches constituées de mouvements de travailleurs commencent à faire émerger dans le milieu de travail. L’exemple de la grève enclenchée vers la fin de l’année dernière au niveau de la SNVI (Société nationale des véhicules industriels) en fait un cas édifiant de l’état d’esprit qui règne dans ce secteur. Telle semble la réalité à laquelle s’est confronté le premier responsable du secteur. D’ailleurs, au terme de sa visite, il a fini par être rattrapé une nouvelle fois, pour dire, enfin, qu’il n’a pas ignoré les revendications des syndicalistes. Conscient, justement, du rôle prééminent joué par la force ouvrière dans l’émancipation de l’entreprise, Talaï a du se chercher l’alchimie adéquate pour se faire entendre et au mieux, faire comprendre aux travailleurs que l’on n’est plus dans l’économie socialiste, et qu’il faudra désormais s’accommoder avec les nouvelles orientations économiques, a-t-il laissé entendre, durant sa visite des locaux de l’ISFF, où il a tout aussi mis l’accent sur l’importance de la formation, vocation même de cet établissement dont il a fait remarquer que : «il y a de la volonté mais c’est encore archaïque».

ESTEL, 51% du capital détenu par le partenaire allemand
Certes, l’atmosphère de la résistance des travailleurs face auxchangements annoncés au sein des entreprises ferroviaires dans leur diversité (SNTF, INFRARAIL, INFRAFER, ANESRIF) sont perceptibles. Mais, la mutation en question commence tout aussi à prendre forme au sein de ces établissements à caractère commercial et industriel qui sont parsemés tout au long de la route traversant le bassin de Rouiba, relevant de la circonscription administrative de Dar El Beïda. C’est du moins ce que l’on a su et vu durant cette virée effectuée sur les lieux, en compagnie du cortège ministériel qui a fait le tour de cette grappe d’entreprises en passe de conclure, toutes visiblement, des contrats avec des partenaires étrangers, en vue de l’ouverture de leur capital social. «Si l’on veut moderniser, il faut dépasser les contraintes syndicales», a recommandé le ministre aux responsables de la SNTF, qui prévoit selon le programme quinquennal en cours de réaliser 35 nouvelles lignes ferroviaires, dont le projet reste au stade des études, indique-t-on devant la délégation ministérielle. Locaux vétustes et exigus, moyens de travail techniques limités, emprise bureaucratique, tel est l’état des lieux qui renseigne sur le malaise qui règne au sein de la SNTF, quand bien- même le personnel affiche grande sa volonté de relever les défis de s’inscrire en droite ligne avec la nouvelle mutation exigée par les impératifs de développement, mais aussi par le contexte de crise économique qui recommande de créer de la richesse au lieu de s’enliser davantage dans la faillite au moment où l’État ne peut plus continuer dans la politique subventionniste. Talaï l’a d’ailleurs affirmé texto : «assistance du Trésor ? J’en veux le minimum possible», dira-t-il fort à ce propos, pour attirer l’attention des responsables sur la nécessité d’aller vers une entreprise qui engrange des bénéfices. Pour ce faire, quoi de mieux selon lui, que d’aller vers la conquête de partenariat aussi bien nationaux qu’étrangers, pour visiblement renverser la balance. Evoquant le contexte de l’amenuisement des ressources publiques, Talaï a indiqué que le programme quinquennal projeté à l’horizon 2019 peut être financer à 15%, pour justifier le besoin d’appeler à l’investissement privé comme cela a été prévu dans les textes de la Loi sur l’investissement et la LF-2016. Toujours en prévision du développement de la SNTF, le ministre n’a pas manqué d’inviter les responsables de l’entreprise à investir dans le domaine technologique et les moyens techniques à même de créer de bonnes conditions de travail, au lieu, a-t-il déploré de consacrer une bonne part à l’aspect administratif, au détriment de la maîtrise technologique qui doit être «au centre du développement» de cette société. «Vous êtes entrain de bricoler», a-t-il reproché au directoire de la SNTF. Une raison pour laquelle d’ailleurs, il revient au cours de sa prochaine visite, faite chez la société mixte ESTEL, fruit d’un partenariat entre la SNTF et SIEMENS, partenaire allemand. Spécialisée dans la signalisation et les télécommunications ferroviaires, à la faveur de cette joint-venture, des formations, un transfert de technologie et du coaching sont assurés aux personnels d’ESTEL, abritée dans un bâtiment moderne, de loin meilleur que ceux des sociétés nationales du secteur. «C’est un bel exemple de réussite de partenariat», s’est réjoui Talaï. Cependant, cette société créee en 2004 n’a visiblement pas respecté la règle 49/51. Et pour cause, contrairement à la loi en vigueur, ce sont les partenaires allemands qui détiennent le capital important, soit 51%. Lors d’un point de presse sanctionnant cette visite, le ministre estime, après l’avoir interpellé à s’y expliquer, qu’Estel a bel et bien été créee avant l’entrée en application de cette disposition. Et de conclure que l’essentiel étant le fait que celle-ci est régie par le droit algérien.
Farid Guellil