Il existe des victoires qui rassurent et d’autres qui interrogent. Celle arrachée par le MC Alger face à l’ES Ben Aknoun (3-2), mardi au stade du 20-Août-1955, appartient clairement à la seconde catégorie. Spectaculaire, renversante et presque irréelle, elle rapproche le Mouloudia du titre… tout en relançant le débat sur certains choix techniques de Khaled Ben Yahia.
Mené à deux reprises, le MCA a finalement trouvé les ressources mentales pour renverser une ESBA disciplinée et courageuse. Pourtant, tout avait mal commencé pour le leader du championnat. Bien organisé défensivement, Ben Aknoun a parfaitement exploité sa première opportunité. Sur coup franc, Chamseddine Lekhal a placé une tête imparable dès la 14e minute, sanctionnant une défense mouloudéenne encore fragile sur phases arrêtées. Malgré une domination territoriale évidente, le Doyen a longtemps manqué de tranchant. Le ballon circulait, les intentions étaient là, mais le danger restait limité. Zakaria Naïdji a bien tenté de réveiller les siens sur coup franc, mais sa frappe s’est écrasée sur la barre. Une domination stérile qui a illustré les limites offensives d’une équipe parfois trop prévisible dans son animation.
Au retour des vestiaires, le MCA est revenu avec plus d’intensité. L’entrée de Mohamed Bangoura, plus percutant dans les projections offensives, a dynamisé le jeu mouloudéen et permis à Ferhat d’égaliser d’un tir précis dans la surface après son service (50e). Le match semblait alors basculer en faveur du leader. Mais l’euphorie a été de courte durée. Sur une transition rapide, Adil Djabout a redonné l’avantage à l’ESBA (57e), profitant notamment d’une erreur défensive venue du couloir droit mouloudéen. Cette action relance inévitablement les critiques autour des choix de Ben Yahia. Pour remplacer Halaïmia qui était repositionné dans l’axe de la défense afin de pallier la suspension de Ghezala, l’entraîneur mouloudéen a préféré aligner Bouguerra sur le flanc droit plutôt que le jeune Gassi. Un choix qui a déséquilibré le couloir défensif. Le manque de repères et de coordination s’est immédiatement fait ressentir, et le deuxième but encaissé illustre parfaitement cette hésitation tactique. Dans un championnat aussi serré, ces décisions pèsent lourd.
Boukholda change le match
Alors que le MCA semblait filer vers une deuxième défaite consécutive après celle concédée à Constantine, le technicien tunisien a enfin lancé Boukholda… mais très tardivement. Et le contraste a été saisissant. En quelques minutes seulement, le milieu de terrain a transformé le visage offensif du Mouloudia.
Sa qualité technique, sa capacité à jouer entre les lignes et sa vision ont immédiatement apporté de la créativité. Sur une action collective parfaitement construite, sa talonnade inspirée a permis à Ferhat d’égaliser dans le temps additionnel (90’+1). Une action qui soulève une question évidente : pourquoi ne pas lui avoir accordé davantage de temps de jeu plus tôt ?
La jeunesse oubliée
Au-delà de ce match, une autre critique revient avec insistance depuis l’arrivée de Khaled Ben Yahia : la gestion des jeunes joueurs. Plusieurs éléments issus du vivier mouloudéen, performants lors de la première partie de saison, ont progressivement disparu de la rotation. Des profils comme Gassi, Anatouf, Satta ou encore Dendaoui avaient pourtant montré des garanties techniques et une fraîcheur intéressante.
Le choix récurrent de privilégier l’expérience au détriment de la jeunesse interroge. Dans un championnat long et exigeant, l’apport des jeunes constitue souvent une arme stratégique, capable d’apporter intensité et concurrence interne. Or, leur temps de jeu s’est considérablement réduit, donnant parfois l’impression d’un groupe figé malgré des besoins évidents de rotation.
Le paradoxe est frappant : lorsque Boukholda entre en jeu, le match change immédiatement de physionomie. Preuve que le potentiel existe sur le banc. La réussite finale face à l’ESBA ne doit donc pas masquer ce débat de fond : le MCA prépare-t-il uniquement le présent ou construit-il aussi son avenir ?
Le MCA, porté par un élan irrésistible, a continué de pousser. Dans une scène presque symbolique, le gardien Ramdane s’est aventuré jusqu’au rond central pour lancer une longue ouverture. Saliou Bangoura a contrôlé avant de servir Bayazid d’une subtile talonnade. Le remplaçant a conclu sans trembler (90’+5), offrant une victoire inespérée et déclenchant l’explosion des Chnaoua.
Ce succès permet au Mouloudia de consolider sa place de leader avec 58 points, onze longueurs devant la JS Saoura et un match en retard. À quatre journées de la fin, le titre semble désormais promis au club algérois. Une « décima » qui se rapproche inexorablement.
Mais derrière l’euphorie, certaines interrogations persistent. Le MCA gagne souvent grâce à son caractère, parfois malgré ses choix tactiques. Le manque de stabilité défensive, la gestion tardive des changements et la frilosité dans la promotion des jeunes talents constituent encore des zones d’ombre.
En zone mixte, Khaled Ben Yahia a salué « la détermination » de ses joueurs et assuré que « tous les joueurs sont ses fils » et qu’« il n’y a pas de question Boukholda ». Des déclarations apaisantes, mais qui ne suffit pas à éteindre les débats. Car si l’état d’esprit du groupe est indéniable, la marge de progression collective reste réelle à l’approche du sprint final.
Le MCA avance vers le titre avec le cœur et l’instinct… mais pour durer au sommet, faudra-t-il bientôt gagner aussi en pensant à sa relève ?
Mohamed Amine Toumiat








































