Libye : une nouvelle guerre est-elle à venir ?

La Libye est en plein chaos, en proie à l’instabilité institutionnelle et aux affrontements entre militaires et djihadistes. «De la Libye vient toujours quelque chose de nouveau.» Cette citation d’Aristote est plus que jamais d’actualité, même si aujourd’hui la nouveauté se révèle effrayante. Vingt mois après la mort de Mouammar Kadhafi, le pays est au bord de l’éclatement. Au point d’imaginer qu’une nouvelle guerre puisse s’y dérouler. Les signes inquiétants, en tout cas, se multiplient. Récemment, les ambassades des États-Unis, du Canada et des Philippines ont demandé à leurs ressortissants de quitter le pays. Le HCR (Haut Commissariat aux réfugiés) envisage de rouvrir les camps à la frontière tunisienne, pour prévenir un exode de la population libyenne. Depuis la mi-mai, le navire d’assaut amphibie américain USS Bataan sillonne la Méditerranée avec 1.000 marines à son bord en cas d’évacuation d’urgence. L’heure n’est pas à la fuite mais… «Nous avons tous un sac d’urgence prêt au cas où», confie un diplomate européen.

La blitzkrieg du général Haftar est un échec
Le chaos s’est installé durablement en Libye. À Tripoli, deux camps se disputent le pouvoir. Ahmed Mitig a été élu Premier ministre le 5 mai grâce aux voix des élus islamistes. Ses opposants crient à la fraude et considèrent Abdoullah Al- Thinni, chef du gouvernement démissionnaire, comme le seul légitime. Résultat : le pays est totalement bloqué, le budget 2014 n’a toujours pas été voté.
Le siège du gouvernement a été frappé par une roquette dans la nuit de mardi à mercredi. Dans l’Est, le combat n’est plus simplement politique mais militaire.
Depuis la mi-mai, Khalifa Haftar, un général à la retraite, a lancé l’opération Dignité qui vise à «purger le pays des terroristes». Comprendre les brigades islamistes et notamment Ansar al-Charia, très implantée en Cyrénaïque. Aidée par des unités de l’armée qui ont fait défection, l’autoproclamée Armée nationale libyenne de Haftar bombarde les quartiers généraux islamistes. Mais la blitzkrieg du stratège septuagénaire, qui a déjà fait une centaine de morts, est un échec.
L’ancien général, accusé d’être un agent de la CIA depuis son exil américain dans les années 1990, a lui-même été légèrement blessé lors d’un attentat-suicide qui le visait. Le cheikh salafiste tunisien, Kamel Zarrouk, a déclaré que «le djihad en Libye est un devoir si ce criminel de Haftar veut éliminer nos frères». Les Benghaziotes, jusqu’ici plutôt pro-Haftar, pourraient-ils se lasser de l’opération Dignité, prévue maintenant pour durer de trois mois à un an selon l’initiateur lui-même? À trois semaines du Ramadhan, quelques-uns ont déjà mis femmes et enfants à l’abri. Pas Ahmed, médecin : «On a été les premiers à combattre Kadhafi, maintenant c’est au tour des terroristes. On ne leur donnera jamais la ville!»
C’est du Sud que pourrait venir un éventuel salut pour Khalifa Haftar. Selon le think-tank britannique Henry Jackson Society, les forces spéciales américaines, françaises et algériennes seraient actuellement dans la région sahélienne pour s’attaquer aux bases d’Aqmi (Al-Qaida au Maghreb islamique), un allié précieux des islamistes radicaux libyens.

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