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L’ÉCHEC DU MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT MAROCAIN : L’inventaire critique du Monde Diplomatique

L’échec du modèle de développement marocain a été souligné dans le dernier numéro du mensuel français «Le Monde diplomatique», qui a fait un inventaire critique de la situation politique et économique dans ce pays.

Dans un reportage intitulé «Au Maroc, ‘’on te traite comme un insecte’’ «, ce journal reprend le constat donné par le roi Mohammed VI qui « a officiellement reconnu les limites» du modèle marocain, lancé en grande pompe lors des premières années de son règne. Les Marocains qui rêvaient d’une meilleure vie au lancement de ce modèle, n’ont pas tardé, d’ailleurs, à déchanter. «Au Maroc, les illusions s’évaporent comme les nappes phréatiques sous la double ponction du tourisme de masse», souligne le journal, affirmant que «la Cour des comptes, la Banque Al-Maghrib (la Banque centrale) et le Conseil économique, social et environnemental (CESE) ont tous trois alerté sur les problèmes structurels du pays» dans leurs derniers rapports. Le mensuel français relève, à ce titre, le bas rang du Maroc à l’échelle mondiale en termes de développement humain (IDH), établi par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). En effet, le Maroc occupait en 2019, la 121e place dans la catégorie «développement humain moyen», loin derrière l’Algérie (82e) et la Tunisie (91e), qui tous deux figuraient dans la partie «développement humain élevé». «De quoi agacer l’élite marocaine», fait remarquer le journal français.
Citant un expert marocain, spécialiste du développement territorial, Taïeb Aisse, Le Monde diplomatique explique que «cette 121e place traduit une réalité très crue». Autrement dit, «il y a 10 % de citoyens en situation de pauvreté extrême, totale». Selon ce mensuel, le Maroc accuse un retard dans un autre domaine pris en compte, aussi, par le PNUD pour son classement: l’éducation. Il rappelle, à ce propos, qu’une étude de la revue internationale d’éducation de Sèvres juge «vitale une réforme radicale qui permettra au système éducatif marocain de progresser et de remplir ses missions». Dans le domaine de la santé, également pris en compte dans le classement de l’IDH établi par le PNUD, «le problème est structurel», estime le journal qui cite un médecin généraliste marocain,  Othmane Boumaalif. «Au Maroc, c’est simple : c’est tout un système de santé qu’il faudrait créer», juge ce jeune médecin, soulignant que le pays «demeure un gigantesque désert médical». L’économiste marocain Najib Akesbi, cité dans le reportage, estime, pour sa part, que le premier échec du «modèle de développement marocain» réside dans l’investissement «composé à 70 % de fonds publics», mais aussi dans la qualité de l’investissement qui «ne génère ni suffisamment de croissance ni suffisamment d’emplois» malgré son bon taux (32%). «Le manque de ressources ne constitue donc pas la première cause des déséquilibres économiques», a-t-il ajouté. Poursuivant son analyse, cet économiste juge que les difficultés du Maroc «ne découlent pas uniquement des choix discutables du palais, elles sont aussi structurelles, inhérentes à l’économie de rente et de monopoles». «C’est l’autre face de l’échec du pari sur l’économie de marché. La rente, c’est-à-dire une rémunération sans travail ni valeur ajoutée, gangrène l’activité économique», a-t-il soutenu. Le mensuel français relève, en outre, que le Maroc «demeure empêtré dans un système fiscal +injuste et inefficace+» et que le royaume «s’est toujours refusé à mener une réforme dans ce domaine». Il estime, par ailleurs, que l’enveloppe accordée à la sécurité (7,32 milliards d’euros) «demeure considérable». «C’est tout juste un peu moins que le premier poste de la loi de Finances 2020, à savoir le service de la dette, qui atteint 9,17 milliards d’euros», a-t-il précisé. Sur le plan politique, le journal a mis en avant «le climat délétère au sein du royaume, qui pèse en premier lieu sur les militants du hirak du Rif». Il a rappelé, dans ce contexte, que depuis le début des manifestations, en 2017, «plusieurs centaines de manifestants ont été condamnés, pour certains à vingt ans de prison ferme» et qu’à fin 2019, «cinquante-cinq étaient toujours détenus. Début février, plusieurs d’entre eux entamaient une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention». «Signe d’une impatience grandissante au sein de la population, des milliers de personnes ont défilé le 23 février dans les rues de Casablanca pour dénoncer la baisse du pouvoir d’achat, l’ampleur de la corruption et la dégradation des droits humains», a-t-il ajouté. «La fin d’une ère approche-t-elle ?», s’est demandé d’ailleurs le journal qui s’est interrogé également sur «le comportement du roi lui-même». «Il n’était pas présent en septembre 2019 à l’enterrement de Jacques Chirac, un grand ami de son père, ni en octobre à Sotchi pour le sommet Russie-Afrique, où il avait délégué son chef de gouvernement. En dehors des effets d’annonce, que pense-t-il, entouré de ce cabinet royal dont l’effectif atteindrait deux mille personnes ? Sa discrétion annonce-t-elle de grands changements à venir ? «, s’interroge le Monde diplomatique.
M. Bendib