Le SG du FLN réinvestit la scène après une éclipse : Saâdani, à coups de semonce

Le secrétaire général du FLN, Amar Saâdani, a fini par rompre le silence, hier, à Alger, lors d’un point de presse organisé au profit des représentants des organes de la presse nationale.

Intervenant dans le contexte de la Journée internationale de la liberté de la presse, l’homme fort de l’ex-parti unique s’est exprimé sur le sujet auquel il était fortement attendu. Ainsi, il a qualifié le tweet sulfureux du Premier ministre français, Manuel Valls, puisque c’est de cette polémique qu’il s’agissait, d’un acte qui ne peut être en mesure d’influer sur le cours des choses en Algérie.
En effet, après une éclipse qui remonte à fin mars dernier, le chef du FLN a renoué avec ses sorties publiques, lors d’une cérémonie organisée par son parti à l’hôtel «Moncada» de Ben-Aknoun, en l’honneur des journalistes des médias nationaux. Avant de revenir sur ce que d’aucuns considéraient d’une campagne médiatique orchestrée, depuis l’Hexagone, pour attaquer l’Algérie et ses symboles, Saâdani s’est livré à un discours encenseur envers les représentants de la presse nationale. Peu après, le même responsable politique qui s’est fait désirer par son absence de la scène nationale, de surcroît au moment où la polémique a atteint son comble depuis l’affaire de la photo de Bouteflika publiée par le journal français «Le Monde», et laquelle était suivie par un geste pour le moins incommodant et «provocateur» de la part de Valls. C’est ainsi qu’il estime, sans le prénommer, que le quotidien français a publié des «mensonges et des ignominies» pour salir l’image du président de la République, Abdelaziz Bouteflika. Contrairement à ce qu’il pensait de la presse nationale, il a qualifié le média français faisant partie d’une presse «frénétique et orientée», est un organe qui se met à la solde de lobbies financiers étrangers, des groupes, à l’origine, selon lui, d’un «complot» qui vise la déstabilisation de la région et, donc, de l’Algérie, a accusé Saâdani. «Vous savez tous que de nombreux médias de l’Occident sont sous l’influence des lobbies de l’argent», a-t-il asséné. «Nous avons déjà mis en garde contre le terrorisme et ses menaces sur l’Algérie. Aujourd’hui, nous avertissons encore contre le terrorisme de la presse», a fustigé le patron de la formation politique de la majorité. Intervenant dans une salle archicomble où l’organisation laisse à désirer, Saâdani, qui venait de clore son discours, a dû être interpellé pour qu’il réagisse à l’affaire de la photo tweetée par Valls. Mais surtout, il s’agissait d’expliquer son silence pas peu perplexe. Allusion à l’opposition et à son alter ego, Ahmed Ouyahia, qui, lui, a déjà condamné l’acte du Premier ministre français, Saâdani a adressé des fléchettes aux deux parties. Comme pour justifier ce qui s’apparente à un black-out, Saâdani a tancé : «dès lors que les collaborateurs de la France insultent la France, et que les ennemis de Bouteflika soutiennent Bouteflika, alors, nous nous sommes tus», a-t-il tenu comme argument. Ceci d’une part. S’agissant de l’affaire du tweet de Valls, l’homme politique tonitruant en a pris de la hauteur, dans la mesure où il a qualifié ce geste d’insignifiant et d’un acte qui n’aura aucune incidence sur l’Algérie. Mieux, cela ne va pas changer le président de la République, lequel, «dois-je le réaffirmer, a été élu par le peuple à l’intérieur du pays et de manière démocratique. Aujourd’hui, donc, ce n’est pas une photo qui va changer le chef de l’État», a tranché l’acteur politique, sans doute, le dernier à réagir à cette affaire. Sans même le citer, Saâdani a estimé que la publication de Valls n’est qu’une forme de vengeance. Et pour cause, «ce monsieur (Valls, ndlr) est venu en Algérie pour arracher des contrats. Il n’en a pas eu. Déçu et irrité, il a pris une photo et il l’a publiée sur son compte tweeter», a répliqué le chef du FLN, non son laisser filer un brin d’ironie dans ses propos. À peine cette affaire close, Saâdani revient à la charge pour admonester l’opposition politique, qu’il accuse, comme toujours, d’avoir pour seule ambition et d’avoir l’œil sur les élections présidentielles de 2019. «Ceux qui visent 2019 en 2016 enfilent déjà des costumes et des cravates. Je leur conseille de se mettre en survêtement et d’attendre la fin du mandat présidentiel», a déclaré l’orateur. Et à ce dernier d’ajouter encore que le président de la République jouit de la bénédiction de Dieu, et qu’il est soutenu par les saint, le peuple et le FLN, a-t-il affirmé. Encore une fois, il accuse «certaines personnes» d’être aux aguets à chaque fois qu’une photo de Bouteflika soit publiée. Ces personnes sont, selon lui, d’anciens responsables qui «veulent revenir au pouvoir», a-t-il indiqué. L’autre question sur laquelle Saâdani a été interrogé est la virée effectuée par l’ex-ministre de l’Énergie et des Mines, Chakib Khelil, à travers les zaouïas du pays. Pour l’homme politique qui a plaidé la réhabilitation de son protégé, ainsi que tous les autres cadres algériens qui ont été «écartés de manière arbitraire», le puissant ex-ministre «est un cadre algérien tout comme les autres cadres de l’État». Selon lui, il n’y a aucun mal si celui-ci fait le pèlerinage à travers ces lieux saints, comme pour enlever tout caractère politique à l’action de Khelil.
Farid Guellil