Un commerçant restera toujours commerçant. Même si on le désigne par des synonymes comme détaillant, grossiste ou, en plus « dilué », opérateur économique. Il restera commerçant avec pour « boussole » le profit. Ce qui est normal. Sauf que les commerçants qui n’hésitent pas à effectuer des « sorties de routes » pour « enjamber la barre » du profit légalement autorisé, ne sont pas rares. Que ce soit les commerçants du marché intérieur ou ceux du marché extérieur. On peut ajouter au profit du commerçant, les manquements sur la qualité pour certains d’entre eux, mais le sujet aujourd’hui c’est le profit et les « malformations » qu’il occasionne. Le génie malfaisant règne sur toute la population active dans l’achat et la vente sur tout ce qui peut l’être. Un génie qui a plusieurs « tours dans son sac ». Des tours de passe-passe qu’il est difficile de prévoir et de bloquer. Un génie malfaisant qui cherchera toujours la faille dans un texte réglementaire ou dans les dispositions administratives. Il est dans le commerce intérieur comme dans celui de l’extérieur du pays. C’est l’export qui nous intéresse aujourd’hui. Lors de sa dernière rencontre, le 2 mai dernier, avec les médias nationaux, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, l’a dit sans détours : « Je me suis débarrassé de la « Issaba » de la surfacturation pour tomber dans celle de la sous-facturation ». Traduire « j’ai mis de l’ordre dans l’import, le problème s’est déplacé vers l’export ». En effet et au milieu d’autres reproches et d’infractions liés au commerce extérieur, les transferts illicites de capitaux tiennent le haut du pavé. Et c’est toujours le président Tebboune qui l’a affirmé aux journalistes au sujet des exportateurs : « On a découvert que 350 millions de dollars n’ont pas été rapatriés ». Alors qu’auparavant c’était les importateurs qui « excellaient » dans cette fuite de capitaux. L’image la plus médiatisée est l’achat au prix de dizaines de millions d’euros d’un hôtel 5 étoiles en Espagne par un acteur économique algérien dont les entreprises se trouvaient en Algérie. Heureusement, l’État algérien a fini par récupérer ledit hôtel tandis que l’opérateur en question est en prison. Mais le mal est fait et aucun algérien ne voudrait d’un « copié-collé » parmi les exportateurs. Et pour cela, les autorités doivent déployer de plus en plus de solutions pour neutraliser le génie malfaisant. Ce sont ces solutions que le directeur des exportations au ministère du Commerce extérieur, Samir Derradji, est venu exposer sur les ondes de la Radio nationale. Il a cité quatre « barrages » contre la fuite des devises, que le gouvernement s’apprête à appliquer dès le 1er juillet prochain. La première mesure concerne l’export des denrées périssables. Jusque-là et vu l’urgence que requiert ces produits, ceux-ci bénéficiaient d’une dérogation. Ils pouvaient être exportés sans domiciliation bancaire. Les exportateurs disposaient de 15 jours après l’envoi pour procéder à cette formalité. Ce qui devait arriver…Les opérateurs ne revenaient jamais pour la procédure. Ils pensaient à la deuxième expédition, la troisième,… etc. Le gouvernement vient de dire « Stop ! ». Lors de l’expédition en urgence de produits périssables, l’opérateur devra présenter la domiciliation de la précédente exportation. La seconde mesure concerne les exportations de moins de 10 millions de centimes qui bénéficiaient d’une exemption de domiciliation bancaire. Qu’à cela ne tienne ! Certains opérateurs fractionnaient des quantités massives en « petits lots » et le tour était joué. C’est fini, le 1er juillet, il faudra à l’opérateur une autorisation préalable du ministère pour ces « petites » quantités. Derradji n’a pas fourni les critères exigés pour obtenir cette autorisation. La troisième mesure cible les traders (intermédiaires) qui utilisent la sous-facturation. La différence avec les prix réels restait à l’étranger. Désormais il faudra que la facture présentée par le trader soit validée par le producteur. Cette exigence peut être efficace si on écarte l’éventualité d’une complicité du producteur. Ce sont là trois mesures censées remettre de l’ordre dans les opérations d’export et la préservation des devises fortes du trésor algérien. Ne nous emballons pas ! L’efficacité de ces mesures sera mieux mesurée à l’usage. Le génie malfaisant qui « squatte » notre économie peut encore surprendre. Au fait, l’implication des missions commerciales de nos représentations diplomatiques à l’étranger est-elle interdite ?
Zouhir Mebarki
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