Mercredi à 2 heures du matin, toute l’Algérie ou presque était éveillée. Des cafés bondés, des familles réunies devant leurs écrans, des millions de supporters prêts à sacrifier quelques heures de sommeil pour accompagner les Verts dans leur retour sur la scène mondiale. Quelques heures plus tard, le sentiment dominant n’était ni la déception ni même la frustration. C’était l’incompréhension.
L’équipe nationale a complètement raté son entrée en lice dans la Coupe du monde 2026 en s’inclinant lourdement face à l’Argentine (3-0) au stade Arrowhead de Kansas City. La défaite en elle-même n’a rien de honteux face au champion du monde en titre. Ce qui interpelle, en revanche, c’est la manière. Les hommes de Vladimir Petkovic ont donné l’impression de ne jamais être entrés dans leur match. Comme si l’événement était trop grand pour eux. Comme si certains avaient perdu la rencontre avant même le coup d’envoi. Dès les premières minutes, le fossé entre les deux équipes est apparu évident. L’Argentine jouait. L’Algérie subissait. Les Argentins demandaient le ballon. Les Algériens le fuyaient. Chaque récupération se transformait en dégagement précipité. Chaque tentative de relance semblait dictée par la peur de commettre une erreur. Pourtant, les erreurs sont arrivées. Et elles ont coûté cher. À la 17e minute, Lionel Messi ouvre le score sur une frappe loin d’être irrésistible. Luca Zidane se troue et laisse filer un ballon qu’un gardien international doit repousser. Une faute de main qui place immédiatement l’Algérie dans une position délicate. Mais le plus inquiétant n’est pas ce premier cadeau offert à l’Argentine. C’est l’absence totale de réaction qui a suivi. Menés au score, les Verts ont continué à évoluer au même rythme, sans révolte, sans agressivité, sans le moindre signe de rébellion.
Le constat est brutal : pendant une grande partie de la rencontre, l’Algérie a ressemblé à une équipe venue limiter les dégâts plutôt qu’à une sélection venue défendre ses chances dans une Coupe du monde. Les duels étaient perdus, les seconds ballons abandonnés et les espaces offerts aux Argentins semblaient interminables. Au milieu de terrain, Ismaël Bennacer et ses partenaires ont constamment été dépassés par les mouvements adverses.
Une faillite collective
Au retour des vestiaires, les supporters espéraient voir une équipe piquée dans son orgueil. Une équipe capable de hausser le ton et de rappeler qu’elle avait sa place parmi les meilleures nations du monde. Cette réaction n’est jamais venue. Au contraire, les mêmes erreurs ont continué à se répéter. À l’heure de jeu, Luca Zidane commet une nouvelle faute de main sur une tentative de Mac Allister. Messi suit l’action et pousse tranquillement le ballon au fond des filets. Deux buts argentins directement facilités par deux interventions ratées du portier algérien. À ce niveau de compétition, de telles erreurs ne pardonnent jamais. Elles deviennent même impardonnables lorsqu’elles s’ajoutent à une prestation collective déjà largement insuffisante. Les changements opérés par Petkovic avec les entrées de Mahrez, Aouar et Amoura n’ont rien changé. L’Argentine continuait à contrôler le match avec une facilité déconcertante tandis que les Algériens donnaient l’impression d’attendre le coup de sifflet final. Le troisième but de Messi, à la 76e minute, n’a fait que confirmer ce que tout le monde avait compris depuis longtemps : il n’y avait qu’une seule équipe sur le terrain.
Après la rencontre, Mohamed Aboutrika a évoqué des erreurs défensives « catastrophiques ». Le terme peut sembler sévère. Il est pourtant difficile de le contester. Car les problèmes observés ne concernent pas uniquement la défense. C’est toute l’équipe qui a failli. Dans l’attitude d’abord. Dans l’organisation ensuite. Dans l’intensité enfin. Face au premier véritable adversaire de très haut niveau rencontré depuis plusieurs mois, les Verts ont explosé. Cette prestation rappelle d’ailleurs de mauvais souvenirs. Comme lors du quart de finale perdu face au Nigeria à la CAN 2025, l’équipe nationale a semblé incapable de répondre présente lorsque la pression est devenue maximale. Les progrès entrevus ces derniers mois devaient justement permettre de franchir ce cap psychologique.
Or, à Kansas City, l’Algérie a donné l’impression d’avoir effectué plusieurs pas en arrière. Certes, perdre contre l’Argentine n’a rien d’infamant. Mais être incapable de rivaliser, de résister ou simplement de montrer du caractère constitue un problème bien plus préoccupant. Une Coupe du monde ne pardonne ni les erreurs de concentration ni les complexes d’infériorité. Les Verts ont affiché les deux.
Mercredi matin, les Algériens avaient les traits tirés après une nuit sans sommeil. Les joueurs, eux, avaient déjà dormi pendant 90 minutes.
Moha Amine Toumiat













































