Makri

Le MSP a dévoilé, hier, ses propositions à l’opinion publique : Quelle Constitution veut Makri..

Un système semi-présidentiel mais selon les standards internationaux, suppression de la chambre haute du Parlement, limitation de l’influence de la langue française et intervention des troupes de l’ANP en dehors des frontières : le Mouvement pour la société de la paix (MSP) a ses propres idées sur ce qu’il faudrait ajouter, corriger ou supprimer de la future loi fondamentale du pays.

En témoignent les 287 amendements contenus dans « le mémorandum des réponses sur le projet de loi de la révision de la Constitution », un document du165 pages dévoilé, hier, à l’occasion d’une conférence de presse, par Abderrakak Makri, président de cette formation islamiste, et dont le Courrier d’Algérie dispose d’une copie. Dans le chapitre « les principes généraux régissant la société », au paragraphe : « la sauvegarde de l’identité nationale, sa protection et promotion sont garanties par la Constitution », le MSP propose d’ajouter un deuxième article : « l’Islam est une source essentielle dans la législation ». « Aucune loi ne peut être légiférée si elle n’est pas en adéquation avec les principes de l’islam. Dire uniquement dans la Constitution que l’Islam est la Religion de l’État n’a pas de sens si des lois ne s’inspirant pas de cette Religion seraient votées », a argumenté Abderrazak Makri. Dans le même chapitre, le MSP propose également l’article : « l’utilisation des langues étrangères dans les documents et Institutions officielles est contradictoire avec la souveraineté nationale » et aussi l’article : « la langue arabe restera toujours la langue officielle de l’État ». Le chef du MSP se défend en disant qu’il s’agit d’une pratique appliquée dans tous les pays, y compris la France. Alors, qu’en est-il de la langue amazighe, rendue langue officielle depuis 2016 ? Au deuxième alinéa du troisième article du projet de la Constitution, le MSP souhaite ajouter au paragraphe « l’État se chargera de la promotion de la langue amazighe », l’alinéa « dans son espace civilisationel antique arabo-musulman ». Pour défendre cette vision restrictive et irrationnelle de la promotion de la langue amazighe, une langue que son parti avait déjà par le passé combattu et rejeté, Makri a mis en avant l’héritage historique des civilisations Zyanites et autres, qui ont embrassé et utilisé l’arabe comme langue officielle alors que la langue des palais était tamazight. « Nous n’avons aucun problème avec la langue amazighe. Notre discours n’a jamais porté sur les questions identitaires, mais plutôt sur l’économie et la politique », a-t-il souligné. « Nous avons pris connaissance de la plupart des propositions faites par les partis politiques et les associations, toutes convergent sur la question de l’identité, j’espère que le point de vue de la majorité transparaîtra dans la copie finale du projet, ne prenez pas partie pour la minorité qui a d’ailleurs refusé de participer au débat », a-t-il expliqué. Makri se dresse aussi contre « l’influence de la langue et la culture francaises », mais pas contre cette langue en elle-même, comme il n’est pas contre les langues étrangères. Dans le chapitre « État », le MSP estime que « le système parlementaire est le plus idéal pour toute transition démocratique, et le plus efficace pour défendre le gouvernement en période de crise, mais un consensus sur un régime semi-présidentiel est possible, s’il serait adopté selon les standards internationaux ». Il préconise ainsi que le Premier ministre soit désigné parmi le parti majoritaire au Parlement. Le parti de Makri propose à la place d’un Parlement bicaméral, un Parlement unicaméral, car « c’est le moyen le plus efficace pour concrétiser le contrôle législatif et un espace idéal pour la coexistence entre les différents courants politiques ». Makri propose que la corruption et la fraude électorale soient considérées comme des délits imprescriptibles et de haute trahison. Enfin « l’économie » ; alors que dans la matinée du même jour le président de la République tenait une séance de travail avec les membres du gouvernement sur la situation économique, Makri a souhaité que « la performance de l’exécutif serait convaincante » et qu’il « nous explique comment il compte financer l’économie ». « Il ne s’agit pas de programmes et de visions politiques, mais plutôt de la bonne gouvernance », a expliqué Makri. Interrogé quant à sa position sur l’intervention des troupes de l’ANP en dehors des frontières, le chef du MSP a affirmé qu’il avait toujours défendu ce principe, estimant que « l’Algérie ne doit pas rester indifférente devant ce qui se passe sur ses frontières ». Sur les relations avec la France, Makri a estimé que des lobbies travaillant pour le compte de la France se propagent durant ces derniers mois dans les arcanes de l’État, donnant l’exemple de « certains walis qui donnent des directives en langue française aux P/APC de leur territoire », et aussi « le communiqué de nouveau ministre de l’Enseignement supérieur rendu en français ». Le chef du MSP, qui a salué le rapatriement des cranes de résistants algériens durant le début de l’invasion français contre notre pays, estimant que « les crimes de la France coloniale sont similaires aux exécutions sauvages de Daech ». Il a réclamé des excuses et réparation de la France pour son passé.
Hamid Mecheri