Shutdown

«Shutdown» : Un mois après, toujours aucune solution en vue

Les travailleurs de l’administration fédérale américaine ne sont plus payés depuis un mois et les négociations semblent être au point mort.

Les États-Unis se trouvaient déjà au cœur du plus long « shutdown » de l’histoire. Le pays dirigé par Donald Trump vient désormais de passer le cap symbolique du premier mois. Les administrations sont partiellement fermées faute de financement du Congrès et la perspective d’une sortie de crise semble très compliquée. Depuis le 22 décembre, une partie du gouvernement fédéral est paralysée par un bras de fer entre les démocrates au Congrès et la Maison-Blanche sur le financement d’un mur anti-immigration à la frontière avec le Mexique. Donald Trump refuse de signer une loi budgétaire qui ne comprendrait pas 5,7 milliards de dollars pour construire le mur, sa principale promesse de campagne. L’opposition s’y oppose, jugeant ce projet « immoral », coûteux et inefficace, et demande comme préalable la réouverture des administrations. Le président républicain a fait une nouvelle proposition samedi en offrant un sursis à un million d’immigrants et menacés d’expulsion. Même si elle a été rejetée par les démocrates et jusque dans son propre camp, l’offre pourrait servir de base à de nouvelles discussions. Si le « shutdown » touche directement 0,5 % des travailleurs américains, il commence à affecter indirectement le moral de plus de la moitié des consommateurs, selon une enquête de l’université du Michigan. Il pèse aussi sur l’économie et la croissance, sur fond de ralentissement mondial, disent les experts. Environ 800 000 fonctionnaires fédéraux sont contraints au chômage forcé ou doivent travailler sans être payés. Dans des ministères sensibles comme la Sécurité intérieure, les Transports ou les Affaires étrangères, les effectifs ont été réduits au minimum. Les parcs nationaux du pays ne sont plus sécurisés, de nombreux musées sont fermés et le trafic des aéroports américains est ralenti.

Défis financiers
Les gardes-côtes « naviguent dans le monde pour protéger les intérêts nationaux américains alors que leurs proches doivent gérer les défis financiers et l’absence de salaire à la maison », a écrit lundi le chef de ce corps militaire, l’amiral Karl Schultz. « Jamais je n’aurais cru que ça durerait si longtemps », dit à l’Agence France-Presse Carol Lopilato, 59 ans, au chômage technique depuis le 23 décembre. Fonctionnaire de l’administration fiscale fédérale (IRS) depuis 1987, cette cadre supérieure de New York n’a pas de souci financier et se considère comme « chanceuse ». Mais, « si ça dure encore, l’inquiétude augmentera inévitablement ».
Si les fonctionnaires concernés devraient être rémunérés rétroactivement, plus d’un million de salariés des services privatisés ou sous-traitants des établissements publics devront faire une croix sur leur paie. « Je vais bientôt perdre ma voiture, car je suis très en retard (sur les remboursements), mon assurance santé, mon assurance auto et mon permis de conduire », affirme à l’Agence France-Presse Yvette Hicks, 40 ans, mère célibataire de deux enfants qui travaille pour l’institution culturelle Smithsonian à Washington. Des initiatives ont été mises en place pour aider les fonctionnaires dans le besoin : nuits d’hôtel et repas gratuits, collectes de fonds, et les banques alimentaires font le plein.

Prix politique
Ce « shutdown », le plus long de l’histoire, commence aussi à avoir un prix politique. Et une majorité d’Américains rendent les républicains et la Maison-Blanche responsables de la situation, selon plusieurs sondages. Face au risque de procédures judiciaires, Donald Trump a renoncé à utiliser une procédure d’urgence qui lui aurait permis de contourner le Congrès.
Samedi, il a notamment mis dans la balance un sursis de trois ans pour les bénéficiaires d’autorisations de résidence qui ont été abrogés par son administration : quelque 700 000 jeunes entrés illégalement dans le pays avec leurs parents et environ 300 000 titulaires du statut de protection temporaire (TPS). Mais Nancy Pelosi, la chef de la majorité démocrate à la Chambre des représentants, a refusé cette « compilation de plusieurs initiatives déjà rejetées par le passé ». Le milliardaire s’est en même temps aliéné la frange de son électorat opposée à toute idée d’« amnistie » pour les clandestins. Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, devrait tout de même soumettre la proposition présidentielle au vote cette semaine. Il devra convaincre plusieurs démocrates pour faire adopter le texte, qui, en l’état, a peu de chances à la chambre basse. Pour les républicains, le vote au Sénat doit seulement permettre de reprendre les discussions, et le texte pourra être amendé. Mais, selon un haut responsable démocrate à la Chambre, James Clyburn, il est essentiel de rouvrir d’abord les administrations, car « ces négociations pourraient prendre trois ou quatre semaines ».