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Petkovic crée sa propre crise : Les Verts sans gardien avant le Mondial

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Melvin Mastil

À mesure que la Coupe du monde approche, un paradoxe saute aux yeux : jamais le poste de gardien de but n’a semblé aussi fragile en équipe nationale algérienne. Blessures, retraites internationales et performances discutables révèlent surtout une question plus profonde : les choix du sélectionneur Vladimir Petkovic sont-ils réellement adaptés au niveau d’exigence des Verts ?

La récente opération du néo-international algérien Melvin Mastil, victime d’une hernie inguinale après plusieurs semaines de gêne à l’aine, est venue aggraver une situation déjà préoccupante. Le gardien du Stade Nyonnais, pensionnaire de la deuxième division suisse, sera absent plusieurs semaines et manquera les prochaines échéances. Une indisponibilité lourde de conséquences pour une sélection qui manque déjà cruellement de stabilité à ce poste clé.

Au-delà de la blessure elle-même, c’est le profil du joueur qui interroge. Mastil, comme plusieurs gardiens convoqués ces derniers mois, évolue dans un championnat secondaire européen sans véritable exposition au haut niveau continental. Ses dernières sorties en club, marquées par huit buts encaissés en deux rencontres, n’ont fait qu’alimenter le débat autour des critères de sélection adoptés par Vladimir Petkovic.

La situation devient encore plus délicate avec la blessure d’Anthony Mandrea, touché à l’épaule, mais aussi avec la retraite internationale d’Oussama Benbot, gardien de l’USM Alger. Ce dernier avait décidé de tourner la page avec la sélection nationale après la dernière Coupe d’Afrique des nations, où il occupait le rôle de troisième gardien. Un statut ingrat, d’autant plus difficile à accepter qu’il n’a disputé la moindre minute durant la compétition. Pour un portier qui restait pourtant sur plusieurs saisons abouties avec l’USMA, marquées par des performances solides et des interventions décisives sur la scène continentale africaine, cette mise à l’écart a été perçue par beaucoup comme un manque de reconnaissance. Son départ a privé les Verts d’un gardien expérimenté, habitué aux matchs à forte pression et parfaitement intégré au contexte africain.

Aujourd’hui, Lucas Zidane apparaît comme l’unique solution disponible, davantage par défaut que par conviction sportive.

Des choix européens de plus en plus contestés

Depuis son arrivée, Petkovic semble privilégier systématiquement des gardiens évoluant en Europe, indépendamment parfois de leur statut réel en club. Or, une question revient avec insistance dans le paysage footballistique algérien : ces gardiens auraient-ils réellement leur place comme titulaires dans des clubs de Ligue 1 Mobilis ?

Anthony Mandrea traverse depuis plusieurs saisons une trajectoire irrégulière, alternant périodes de titularisation et passages sur le banc. Melvin Mastil évolue dans une division inférieure suisse, loin des standards d’exigence internationaux. Quant à Lucas Zidane, malgré un nom prestigieux, il peine encore à convaincre durablement dans son parcours professionnel. Pour de nombreux observateurs, aucun de ces profils ne surclasse clairement les meilleurs gardiens du championnat local. Ce constat nourrit un sentiment d’injustice sportive. En Algérie, plusieurs portiers affichent régularité, expérience des matchs à pression et connaissance du contexte africain, pourtant rarement récompensées par une convocation. Le cas Benbot reste d’ailleurs emblématique : performant en club, décisif sur la scène continentale, mais relégué au troisième rang sans véritable opportunité de s’exprimer.

Le problème dépasse même la simple question individuelle. En ignorant systématiquement le vivier local, le staff technique envoie un signal négatif au championnat national. Comment motiver les gardiens de Ligue 1 Mobilis si leurs performances ne constituent jamais une passerelle crédible vers l’équipe nationale ? Cette stratégie fragilise aussi la concurrence interne, pourtant essentielle pour élever le niveau général.

Une urgence sportive à l’approche du Mondial

À moins de deux mois de la Coupe du monde, l’Algérie se retrouve face à une situation paradoxale : multiplier les convocations européennes n’a pas permis de stabiliser le poste. Pire encore, la succession de blessures et d’incertitudes révèle l’absence d’un véritable numéro un incontestable.

Les grandes sélections construisent leur réussite autour d’un gardien fiable, capable d’imposer autorité et sérénité défensive. Or, chez les Verts, le débat reste ouvert à chaque rassemblement. Cette instabilité permanente risque de coûter cher lors d’une compétition où la moindre erreur peut être fatale.

Vladimir Petkovic se trouve désormais face à un choix décisif. Continuer dans la même logique en cherchant d’autres profils européens issus de divisions modestes, ou opérer enfin une rupture en accordant sa confiance aux gardiens performants du championnat national ? Le temps des expérimentations semble pourtant révolu.

À force de chercher la solution loin, le sélectionneur des Verts n’a-t-il pas oublié que la stabilité pouvait aussi se trouver tout près ?

M. A. T.

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