La Commission des affaires des prisonniers et des ex-prisonniers palestriniens a révélé une dégradation grave et sans précédent des conditions de détention à la prison d’« Etzion », décrivant une situation qualifiée de pire depuis le début de la guerre dans la bande de Ghaza.
Cette détérioration s’inscrit dans un contexte de multiplication des violations et d’effondrement des conditions de vie de base. Ces constats font suite à une visite de terrain effectuée par une avocate de la Commission, qui a insisté pour rencontrer les détenus en face-à-face, refusant de se limiter aux appels vidéo imposés par l’administration pénitentiaire depuis le début du conflit. Elle a pu s’entretenir avec cinq prisonniers sur neuf, les visites restantes devant être complétées ultérieurement. Selon les témoignages recueillis, jugés « choquants », la majorité des détenus n’a pas pu se doucher depuis plus d’un mois en raison de l’absence d’eau chaude et du manque de produits de première nécessité tels que le savon et les serviettes. L’avocate a également fait état d’une intensification des opérations de répression, menées trois fois par semaine, incluant des descentes dans les cellules accompagnées de chiens, des cris, des insultes et l’obligation faite aux détenus de rester agenouillés pendant de longues heures, sous peine de violences physiques. Elle a en outre dénoncé l’usage de grenades lacrymogènes dans les cours de promenade, provoquant des cas d’asphyxie et d’évanouissements parmi des détenus déjà affaiblis par le manque de nourriture. Malgré ces conditions extrêmes, les prisonniers affirment que leur souffrance ne se limite pas à la pénurie alimentaire, mais relève également d’une « politique d’humiliation et de brisement de la dignité » exercée de manière systématique. Face à cette situation, la Commission a appelé à une intervention urgente de la communauté internationale afin d’améliorer les conditions de détention et de contraindre les autorités sionistes à respecter les normes humanitaires.
Plus de 23 000 arrestations depuis le début de la guerre
Parallèlement, le Club des prisonniers palestiniens a annoncé que plus de 23 000 arrestations ont été enregistrées en Cisjordanie et à El-Qods-Est depuis le début de la guerre à Ghaza. Ces chiffres englobent toutes les personnes arrêtées, qu’elles soient toujours détenues ou qu’elles aient été libérées par la suite, y compris celles arrêtées à domicile, aux barrages militaires ou contraintes de se rendre sous pression. Le bilan inclut plus de 700 femmes arrêtées, environ 1 800 enfants, ainsi que 240 journalistes, dont 43 restent actuellement en détention, parmi lesquels trois femmes journalistes. Un journaliste, Marwan Harzallah, originaire de Naplouse, est décédé en détention. Les campagnes d’arrestation s’accompagnent d’une escalade des violations, notamment des passages à tabac, des menaces contre les détenus et leurs familles, ainsi que des destructions massives de biens privés, incluant des habitations, des véhicules et des infrastructures, particulièrement dans les camps de Tulkarem et de Jénine. Les forces sionistes sont également accusées de mener des exécutions sur le terrain et d’intensifier les interrogatoires, touchant des milliers de personnes en Cisjordanie et dans la bande de Ghaza.
Hausse record du nombre de détenus
Selon les organisations de défense des prisonniers, le nombre total de détenus palestiniens et arabes dans les prisons israéliennes dépasse désormais 9 600 au début d’avril en cours, soit une augmentation de 83 % par rapport à la période précédant la guerre. Parmi eux figurent 86 femmes détenues, dont certaines incarcérées avant le conflit, ainsi qu’environ 350 mineurs. Le nombre de détenus administratifs — incarcérés sans inculpation ni procès — a atteint un niveau record de plus de 3 532 personnes, contre environ 1 320 avant la guerre. Les autorités israéliennes classent également 1 251 détenus comme « combattants illégaux », un chiffre qui n’inclut pas les personnes retenues dans des camps militaires, ce qui suggère qu’environ la moitié des prisonniers sont détenus sans procédure judiciaire. Enfin, les organisations soulignent une détérioration marquée de l’état de santé des détenus, liée aux mauvais traitements et au manque de soins médicaux. Depuis 1967, 326 prisonniers sont morts en détention, dont 89 depuis le début de la guerre actuelle, tandis que des dizaines de corps de détenus originaires de Gaza restent portés disparus. Le nombre de dépouilles retenues par les autorités a également fortement augmenté, atteignant 97 cas. Dans ce contexte, les organisations palestiniennes dénoncent une aggravation continue de la situation des détenus et appellent à une mobilisation internationale pour mettre fin à ces pratiques.
M. Seghilani













































