EN Algérie

Sénégal-Kenya-Tanzanie, c’est le trio dont ils héritent sur le chemin de la 2e étoile tant désirée : Les «Fennecs» enfin dans le bain de la messe biennale du jeu à onze continental

Ce vendredi avait lieu le tirage au sort de la phase finale de la CAN 2019 en Egypte. Et les «Verts» dans tout cela ? Plutôt bien servis (à voir et ce ne sera pas, ce n’est jamais du tout facile) car ils ont notamment évité les «Pharaons», organisateurs du tournoi et sûrement les super favoris de cette 32e édition du genre néanmoins ouverte et qui pourrait toutefois nous livrer (suivez notre regard, nous qui demeurons d’invétérés optimistes) quelques belles surprises. Ce sera donc un groupe qu’on dirait abordable pour l’Equipe d’Algérie. Un tirage au sort clément, mais il ne faut évidemment pas croire que le driver national, Djamel Belmadi, est assez naïf pour sous-estimer ses adversaires en focalisant sur les seuls «Lions de la Teranga» considérés, à juste titre, comme l’épouvantail de ce rendez-vous où il faudra, assure-t-il, «compter avec nous pour les rôles principaux».

Faire le nécessaire et … plus
Le «Club Algérie» vient donc d’hériter d’un obstacle de taille, en l’occurrence le onze national sénégalais dans le groupe «C». Pour leur match d’ouverture au Stade de «La Défense Aérienne, au Caire, les «Verts» affronteront, dans une sortie devant s’avérer décisive pour la suite de la compétition, un client à prendre très au séreux, à savoir le Kenya le 23 juin. Un tirage au sort jugé (on aimerait tant ne pas nous tromper pour qui connaît la concurrence féroce qui les attend pour l’attribution des deux tickets menant aux quarts de finale et donc sur la route de l’ascension des sommets de l’Afrique) clément par le public algérien qui attend beaucoup de ses favoris sur les bords du Nil. A un peu moins de deux petits mois du prestigieux tournoi inter-nations que le continent noir attend avec impatience (21 juin- 19 juillet), le coup d’envoi de la compétition a véritablement été donné, au pied de la pyramide de Giseh ce vendredi, jour saint et point de départ aux spéculations sur les chances des 24 pays (une première dans l’histoire) devant y prendre part, les pronostics s’avérant naturellement difficiles lorsqu’on sait qu’aucun des gros bras n’est passé à côté de la qualification en plus de l’assurance de suivre de près les exploits de toutes les stars qui font rêver les amoureux du beau jeu sur le continent comme ailleurs. Spectacle et suspense plus qu’assurés avec la présence de grosses pointures animant les meilleurs championnats dans le monde à l’image de l’Egyptien Salah, du Sénégalais Sadio Mané, des Ivoiriens Nicolas Pepe, Serge Aurier, Wilfried Zaha, du Guinéen Naby Keita, du Camerounais Eric Choupou-Moting, du Nigérian Alex Iwobi, du Congolais de la RDC, Cedric Bakambu et bien évidemment (nombrilisme oblige) les Mahrez, Bounedjah et autres Attal, Feghouli et consorts que tout le pays attend pour animer, en grands d’Afrique, un tournoi qu’on voudrait voir tourner à leur avantage et revenir en Algérie avec le précieux trophée qui nous fuit depuis pratiquement trois longues décennies. Pour dire, d’emblée, qu’aussi bien le staff technique, qui n’en doute pas, que les joueurs, désormais dans le bain, savent leur objectif qui est de finir (ce n’est pas exagéré, loin s’en faut et ce n’est pas mettre de la pression inutile sur l’Equipe) sur la plus haute marche du podium. Non pas s’imaginer mais faire le nécessaire pour l’atteindre. Soulever le trophée même si la mission ne sera pas de tout repos. En commençant par passer (ça n’a pas été toujours simple pour nos représentants face à ce qui s’apparente désormais à un véritable piège où les noms des adversaires ne veulent rarement rien dire) le premier tour sans encombres. En s’imposant d’emblée en favoris. Deux petits mois pour apporter les ultimes réglages à une préparation (la faute aux dates Fifa, à des joueurs en manque de temps de jeu, entre autres ?) rarement sereine pour bien des raisons comme a pu le constater à leurs dépens notamment Belmadi et son staff à la clôture du stage du mois de mars dernier avec, à la clef, deux sorties mi-figue mi-raisin, la Gambie (en match officiel où il aura été difficile de tirer des enseignements définitifs sur l’état de forme du groupe mais jugé toutefois positif malgré le résultat nul face à un adversaire des plus modestes mais qui aura donné à réfléchir, sur le but égalisateur surtout, à une défense surprise à nouveau en flagrant délit de déconcentration et manquant d’homogénéité) et la Tunisie (un test certes amical mais tombé au bon moment et qui aura au contraire beaucoup servi face à un adversaire venu pour faire le jeu en n’ayant fait aucun cadeau sur le terrain et aiguillé Belmadi sur les forces et faiblesses de ses poulains qui peuvent faire largement mieux) s’imposant, on peut le croire, comme des examens aussi sérieux que précieux en livrant, au-delà bien sûr des résultats qui les a sanctionnés (l’attaque algérienne, confondant peut-être, et toujours, vitesse et précipitation, aurait pu faire le plein à l’occasion de la réception de la Gambie en l’emportant largement au tableau d’affichage n’eurent été les nombreux ratages et un manque d’opportunisme auquel il faudra y remédier dès les prochaines joutes amicales prévues avant le déplacement du Caire) des verdicts secs.

La Tunisie, le baromètre, le vrai ?
Froids même. Qui veulent, par exemple et le coach le rappelle à chacun de ses propos, que dans cette dernière ligne droite avant les choses sérieuses où les attendent les ténors d’Afrique (ce qui se fait même, sans exagération aucune, de mieux sur le plan mondial, le Sénégal en tête que le sort vient de mettre sur leur route) dans une messe des plus relevées, Mandi and Co ont tout intérêt à soigner leurs prestations. A relever tout simplement le niveau de leur jeu comme le souligne, avec clarté, leur opposition devant les voisins de l’Est, les «Aigles de Carthage», considérés, à juste titre, comme un sérieux baromètre. Si les «Verts», qui ont joué avec application et envie à l’occasion et évité un revers (ils l’auront finalement emporté sans que personne n’a crié au scandale) mauvais pour le moral, ont alterné le bon (un petit succès qui fait du bien) et le franchement moyen, Djamel Belmadi, qui avait alors toutes les raisons de féliciter les Tunisiens pour le «service rendu en se livrant à fond malgré le caractère amical de la partie», peut considérer ( il le suggère d’ailleurs) cette victoire comme une motivation supplémentaire pour lui avoir permis (très utile pour la marche future de l’équipe) de bien cerner les qualités de son équipe et le potentiel (sur le plan purement technique il n’y a pas trop à se plaindre) des éléments la constituant qui savent qu’ils sont mis en demeure, on le devine, de revoir leur copie sur le plan tactique. Un jeu collectif (les joueurs tunisiens, qui connaissent plutôt bien le rayonnement des Algériens sur ce plan précis, ont livré leur idée à ce sujet – à prendre au sérieux- en mettant le doigt là où ça n’a pas marché, où ça risque de faire mal dans une compétition comme la CAN, c’est-à-dire le jeu d’équipe) qui aura constitué le gros des imperfections. Un match, une référence. La Tunisie, en sérieux sparring-partner (mieux que cela, il faut le reconnaître, elle qui fait partie des meilleures sur le plan africain et qui a les moyens de se présenter dans la peau de favori au sacre final cet été) a, au-delà de toute espérance, donné raison à la barre technique nationale en mettant du talent et énormément de cœur à l’ouvrage dans un examen qui aura tenu, selon les propos unanimes, toutes ses promesses, Belmadi, devant les médias en après-match, ne tarrissant d’ailleurs pas d’éloges sur la bande au Français Alain Giresse. Des déclarations tout de reconnaissance qui disent vrai à l’arrivée d’un test grandeur nature à valeur de révélateur : «Satisfait. Je le suis. Très même. Je ne suis pas le seul à le dire puisque même nos joueurs vont dans le même sens en reconnaissant que cela fait longtemps qu’ils n’ont pas joué, une équipe aussi solide, livré un tel match caractérisé par énormément de rigueur tactique. Beaucoup d’envie. Une équipe tunisienne talentueuse qui a sorti un match plus que sérieux nous contraignant ainsi à jouer serré, ne rien lâcher.» Si Belmadi, qui parle d’«un avant-goût avant la CAN», met l’accent sur la prestation de son groupe et l’opposition des Tunisiens (un match aux bienfaits multiples), c’est pour la raison qu’il juge bien «simple» que la victoire toute symbolique par ailleurs, servira, insiste-t-il, à «emmagasiner de la confiance pour parfaire ce qui nous manque.». Entre autres urgences, l’inefficacité (un «point à travailler» estime-t-il) devant le but adverse (il se désolera, à bien des égards, de n’avoir «pas su ou pu créer assez d’occasions franches de scorer»), un entrejeu à faire en trouvant le juste milieu et, surtout, le casse-tête d’une arrière-garde en manque certain d’homogénéité et qui demeure un des chantiers prioritaires.

Le temps de rêver
Des pré-bilans utiles avant de prendre l’avion pour Oum Eddounia maintenant que les noms des adversaires (on aurait pu connaître pire à l’image de ce groupe de la mort réunissant le Maroc, la Côte d’Ivoire et l’Afrique du Sud, aussi sûrement qu’il faut se féliciter d’avoir évité cette confrontation toujours chargée d’émotions contre l’Egypte qui croisait également les doigts sur ce sujet avant le tirage) du 1er tour sont connus. En s’attelant dès maintenant à préparer la meilleure riposte à cette montagne sénégalaise et la réaction de ses joueurs qui s’adaptent tant bien que mal, plutôt bien que mal, à sa philosophie comme ils ont su le faire contre un mondialiste (la Tunisie demeurant un adversaire redoutable, respecté sur le continent, en plus de tourner à la «bête noire» pour les nôtres) avec une copie jugée plus que moyenne en dépit de nombreuses imperfections, notamment sur le plan collectif, un domaine livrant quelques zones d’ombre en mesure de faire mal dans un tournoi des plus exigeants. En attendant de conclure les deux sorties amicales avant de faire ses valises et l’entrée en matière du 23 juin contre l’inconnue kenyane, Belmadi sait ce qu’il a faire (les satisfactions ne manquent heureusement pas après le derby maghrébin conclu sur un petit succès qui dit ce qu’il dit) mais pas (c’est le hic) beaucoup de temps pour peaufiner ses plans de bataille même si les contours de l’effectif majeur semblent dessinés. En y apportant les correctifs non sans espérer que la malédiction des blessures prenne fin. En espérant aussi se donner les moyens de mettre un terme à l’inefficacité offensive avec une attaque manquant de brio malgré la présence de noms ronflants et éprouvants du mal à se créer des occasions et prendre en défaut les défenses adverses comme lors de cet Algérie- Gambie qui a vu les Mahrez, Bounedjah et Cie perdre carrément le nord (contre la Tunisie il a fallu un penalty pour sortir du piège et soigner son mental) avec une kyrielle de ratés. Deux matches et que d’enseignements avant l’ultime stage d’avant-CAN. Avant que le groupe ne prenne vraiment forme. Et sur ce plan, Belmadi, avec sa franchise coutumière, avertit un peu tout le monde. Par exemple, qu’il veut des joueurs qui en veulent. «Engagés à fond lors qu’il s’agit de défendre les couleurs nationales.» Comprendre, et il le souligne, dans un discours sans ambages, que le statut en club importe peu pour lui. Droit au but, il prévient alors que «jouer dans un grand club c’est bien, avoir un rendement régulier dans le club est aussi une bonne chose mais ce que j’attends de tout le monde, c’est d’être plus performant en E.N ». Conclusion, et il le répète (pourvu que le message passe), «je juge le joueur en sélection mais pas par rapport à ses productions en club.» Après cette belle soirée et le spectacle pharaonique au pied de la plus célèbre des pyramides, Belmadi devrait passer à la vitesse supérieure. Sans trop s’attarder sur les obstacles qui l’attendent, lui et son équipe, se projetant sur cette entrée en matière contre le Kenya dont il ne faut vendre la peau avant de l’avoir joué. Sur les chances algériennes, il dira, et on le comprend, que « c’est jouable.» Sans plus. Le temps et le ton sont désormais, avant le terrain, au travail. Aux plans de bataille. Sur ce plan, on peut lui faire confiance. Optimisme et prudence.
Des maîtres-mots et la conviction que cette fois pourrait être la bonne. On peut rêver. Permis de rêver quand bien même des voix qui savent ce qu’elles disent pour avoir connu les réalités des terrains africains (les coulisses entres autres paramètres pesant de tout leur poids) à l’image de Rabah Madjer, font bien de rappeler à l’opinion que ce ne sera pas « chose aisée en raison de l’incapacité des nôtres (il met l’accent sur «la grande qualité de nos individualités qui peuvent renverser à leur avantage le cours de n’importe quel rencontre et qui gardent toutes leurs chances soit dit en passant de s’imposer, pourquoi pas, au final, c’est à tout le moins dans leurs cordes»), la mission «ardue» parce qu’on n’a «jamais remporté un titre en dehors de nos bases.» Clair et précis. Aux nôtres de renverser la vapeur et démentir les craintes. Démentir toutes simplement les pronostics.
A. A.