Tribunal

PROCÈS DES ANCIENS HAUTS RESPONSABLES ET DES OLIGARQUES : Sur un goût d’inachevé

Par de-là ces chiffres astronomiques débités à la volée, contribuant à alimenter l’incommensurable spleen du pouvoir d’achat des Algériens, on en arrive à nous poser de sérieuses questions sur la finalité de ces spectaculaires procès. Sur leur finalité aussi.

Nous sommes le premier avril de l’an de… Disgrâce 2019, lorsque la nouvelle tombe. Et, non, nous ne sommes pas du tout victimes d’un poisson d’avril. Le Hirak garde intacte sa force de frappe. Le cap de ses revendications aussi. Haddad, patron de patrons, ami intime d’Abdelmadjid Sidi Saïd et du frère du président déchu, vient d’être arrêté à la frontière algéro-tunisienne comme un vulgaire malfrat, un petit voleur à la sauvette. Sur lui, on ne trouvera que quelques milliers d’euros. Une vraie misère. Une historique réaction en chaîne s’ensuivra, entrainant la chute d’un imposant panel de puissants et richissimes hommes d’affaires, et ainsi que d’anciens hauts responsables, dont Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal. L’appareil judiciaire, prisonnier des lenteurs bureaucratiques et du diktat de la « 3issaba » s’ébranle tout à coup pour donner naissance à de spectaculaires procès, à côté desquels celui du golden-boy Abdemoumen Rafik Khalifa fait désormais pâle figure. À présent, ces procès commencent à se suivre et à se ressembler surtout. Les derniers en date à « passer au billard » sont ces mystérieux peu connus frères Kouninef, que l’on présente comme intimes des Bouteflika. Les révélations en cascade qui résultent de ces mémorables jugements doivent, en revanche, pousser tout esprit cartésien à se poser les questions qu’il faut, histoire de ne pas sombrer dans l’euphorie trompeuse du devoir accompli, et de la chasse aux sorcières. Et, même si Alger ne sera jamais « Salem » notre peur est légitime d’apprendre un jour que ces procès ont pu être bâclés. Sans douter le moins du monde de la bonne foi de tous ces magistrats qui ont eu à connaitre de ces affaires, et qui rendent leurs verdict au nom du peuple algérien en n’écoutant que leur conscience, et leur intime conviction, on peut, de la sorte, se demander en toute légitimité si l’appareil judiciaire a eu le temps d’instruire des affaires aussi lourdes en si peu de temps. Manifestement, il y a là volonté de complaire au Hirak, de satisfaire la soif de justice du peuple, en menant ces affaires au pas de charge. Loin de nous la tentation de nous arroger en défenseurs du diable, en empêcheurs de juger en rond, nous osons exprimer ici le souhait qu’une place de choix sera réservée à la justice à l’ombre de cette Algérie nouvelle, promise par le président Tebboune. Il est vrai, on le concède, bien volontiers, que nous ne doutons pas une seconde, une seule, de la culpabilité de ces oligarques, mais aussi de leurs amis, alliés et complices. Mais, ces affaires ont-elles été tirées au clair, traitées comme il se doit afin que le degré de responsabilité et de culpabilité de tout un chacun soit clairement établi ? Si ce n’est pas le cas, avec des plaidoyers sans convictions, résignés, et construits sur d’insipides lieux communs, qu’à travers ces mémorables procès on n’a pas rendu une sorte de justice en vrac, une justice en gros… Pour preuve, les détails de la plupart des affaires traitées échappent encore à tout le monde. Nul ne peut dire, en effet, ce qui s’est réellement passé durant cette période folle de l’histoire récente de l’Algérie. Ceux qui ont voulu de la tenue de ces procès expéditifs, à la suite desquels nous ne sommes pas plus avancés, ni plus informés, ne rendent certainement pas service au président Tebboune. Au reste, pas besoin d’attendre la naissance d’un autre Zola pour « accuser », stigmatiser le caractère expéditif de ces procès dans lesquels on a –presque- condamné avant même d’avoir écouté. Or, quand la justice parle, tout se tait, elle impose silence, sauf aux consciences…
Mohamed Abdoun