Le Ramadhan en Europe : Russie, piété et travail malgré 20 heures de jeûne

Les musulmans de Russie ayant entamé lundi avec ferveur le mois sacré du Ramadhan-2016 devront, comme chaque année, accomplir quotidiennement un jeûne de près de 20 heures, plus précisément 19 heures et 24 minutes, selon le calendrier officiel rendu public à Moscou.

Malgré ces longues heures de piété et d’abstinence de 1h 45 mn du matin jusqu’à 21h 9 les jeûneurs russes affichent calme et sérénité dans leur spiritualité. Ils devront, toutefois, durant tout ce mois, s’armer de force et d’endurance pour ne pas chambouler leur train de vie. Comme chaque matin, chacun d’eux devra aller, avec détermination, à sa besogne, avant de rentrer le soir pour la rupture du jeûne. «Nous sommes tenus de concilier travail et piété. En vérité, ces deux activités sont intimement liées en islam», a indiqué le gérant d’un magasin “Halal” à Moscou près du quartier Prospect Mira. «Le Ramadhan, c’est aussi un mois de travail et de labeur, car il permet à beaucoup de personnes durant cette période d’effectuer des petits commerces pour subvenir à leurs besoins», a-t-il ajouté. La capitale Moscou, à l’instar de beaucoup de villes dans le monde, possède ses lieux favoris où les familles musulmanes pourront s’approvisionner et effectuer des achats «spécial Ramadhan». On y trouve notamment le marché de Kievskaya, réputé pour le commerce de la viande, ainsi que le restaurant “Marina Roche” qui prépare une grande variété de plats durant le mois de Ramadhan. Côté culinaire, chaque région à ses spécialités. La «Khartcho», soupe rouge d’Azerbaidjan, est très prisée, de même que la Samosa (genre de Bourek avec de la viande). Pour la boisson, c’est l’Airane, préparée à base de lait, qui est la favorite des jeûneurs à l’heure du f’tour.

La nouvelle mosquée de Moscou : un lieu très prisé
La nouvelle mosquée de Moscou, inaugurée le 23 septembre 2015, est un lieu incontournable pour les musulmans moscovites, compte tenu de sa dimension, aussi bien physique que spirituelle. En plus d’être un lieu de culte, cette mosquée, qui est la plus grande d’Europe, est un véritable centre de rayonnement culturel. Conçu pour accueillir 10 000 fidèles sur ses 20 000 m², cette mosquée est équipée de sept ascenseurs et dispose d’une salle de conférence, d’une bibliothèque, d’un musée, d’une galerie d’exposition, d’un centre de presse, mais aussi de chambres d’hôtel répartis sur 6 étages. Outre l’accomplissement des prières, les fidèles y apprennent le Coran et assistent à des conférences et débats sur l’islam. Inaugurée à la veille de l’Aïd el-Fitr de l’année dernière par le président russe Vladimiri Poutine, cette imposante infrastructure symbolise la volonté de l’État d’affirmer la composante musulmane de la Russie qui compte plus de 20 millions de musulmans sur les 142 millions d’habitants. À l’occasion du Ramadhan-2016, les autorités religieuses de Moscou ont prévu des actions de solidarité et de bienfaisance. Ainsi, un chapiteau devrait être dressé dans un parc de la ville pour offrir quotidiennement 700 repas à la rupture du jeûne. Une action destinée aussi bien aux jeûneurs qu’aux personnes d’autres religions. Selon les organisateurs, c’est une opportunité pour présenter l’islam aux hôtes qui vont partager le f’tour avec les musulmans tout au long de ce mois. La Russie compte plus de 20 millions de musulmans. Ils sont présents surtout dans les républiques de Tchétchénie, Ingouchie, Daghestan, les Adyghés, la Kabardino-Balkarie, la Karatchaevo-Tcherkessie, Bachkortostan et Tatarstan. Les plus importantes et les plus peuplées sont le Tatarstan et le Bachkortostan. À elle seule, la région de Moscou compterait un peu plus de musulmans que le Bachkortostan, soit près d’un million. En Russie, le centre politique et culturel de l’islam est Kazan, capitale de la République du Tatarstan. Les Tatares, 6 millions d’habitants, sont le peuple musulman le plus nombreux en Russie. L’islam fait partie des religions traditionnelles du territoire actuel de la Russie. Dans le caucase du Nord, par exemple, l’islam y est implanté depuis plus de 1 300 ans, selon les historiens. Symbole de la bonne entente entre musulmans et orthodoxes, le Patriarche Kirill de Moscou et de toute la Russie a rencontré, dimanche à la veille du mois de Ramadhan, le président du Comité spirituel musulman central de Russie, Talgat Tadzhuddin. Les deux hommes ont évoqué la nécessité de réaliser davantage de coopération en vue de la sauvegarde de l’unité des peuples de Russie et de la paix entre les religions au sein du pays.

France : Plus de 18h d’abstinence
Avec un imsak (horaire d’abstention) qui commence à 3h30 du matin, le musulman vivant en France, notamment dans les régions centre et nord, ne doit faire la rupture de son jeûne que vers 21h55, début du soir qui ne durera que quelques heures (5h30). Mais malgré cela, en l’absence d’une autorité unique religieuse, ils sont toujours à la recherche des horaires exacts concernant l’imsak et le maghreb sur les sites internet et à partir des applications proposées sur les smartphones. À cet effet, la Mosquée de Paris a édité un calendrier des horaires des prières avec l’imsak (imsakia) pour le distribuer dans toutes les régions de France. Pour pallier cette situation, qui se répète chaque année, la majeure partie de la communauté musulmane, dont plusieurs personnes ont été approchées, souhaite le lancement en France d’une chaîne de télévision communautaire générale qui puisse s’adresser à un audimat musulman, surtout en diffusant l’adhan du maghrib. La diffusion de l’adhan à travers des haut-parleurs dans les mosquées est interdite en France. L’autre difficulté de la communauté musulmane, pourtant leur religion est la deuxième en France, reste leur environnement qui renforce quelque part leur caractère «étranger» par rapport à la société française, sauf dans les quartiers à forte concentration musulmane. Plusieurs familles, qui avaient l’habitude de passer le mois sacré au bled pour le célébrer en milieu adéquat et goûter la saveur de ce mois exceptionnel (bennet ramdane), ont dû retarder leur voyage en raison de la scolarité de leurs enfants. En France, la scolarité se termine vers la fin juin et pour d’autres en début juillet. Une autre difficulté pour les lycéens musulmans qui sont en classes terminales, ce sont les épreuves du Baccalauréat qui sont prévues à compter du 15 juin, en pleines journées de jeûne. Plusieurs d’entre eux se sont rabattus sur les sites internet pour savoir s’ils peuvent, du point de vue religieux, être autorisés à ne pas jeûner durant les examens. La prière de tarawih constitue également une problématique pour les personnes qui travaillent, dans la mesure qu’elle ne commence qu’après celle de l’icha (soir), c’est-à-dire vers minuit. Mais pour beaucoup de membres de la communauté musulmane, Ramadhan est un mois d’adaptation où tout le monde doit s’organiser afin d’établir une harmonie entre les exigences de la vie active et celles de la spiritualité. Même les mosquées, qui n’accueillent pas une foule nombreuse durant la semaine, n’échappent pas à cette règle d’adaptation afin de faciliter aux fidèles l’accomplissement de la prière. Les imams envoyés d’Algérie pour officier cette prière du soir ont été formés dans ce sens pour écourter la durée de lecture des sourates avec un rythme approprié. Sur le plan du mouvement associatif, beaucoup d’associations sont déjà à pied d’œuvre pour venir en aide, dans le cadre de la solidarité musulmane, aux plus démunis. C’est l’exemple de l’association “Secours islamique” France (SIF) qui a lancé une opération de collecte de denrées alimentaires non périssables, en Ile de France (Paris et ses régions), pour pouvoir offrir des repas de rupture de jeûne. Active depuis six ans, cette association distribue gratuitement des repas aux plus démunis pendant tout le mois du Ramadhan. Selon ses animateurs, cette collecte va pouvoir financer près de 30 000 repas qui seront servi aux jeûneurs et aux non-jeûneurs sous un chapiteau qu’elle a installé à Saint-Denis, en région parisienne.
A. N. C. et APS