Youcef Belmehdi

ENCORE UNE BÉVUE MINISTÉRIELLE : Quand Youcef Belmehdi se trompe d’argumentaire

L’excès de zèle dans le discours politique semble devenir une particularité de certains hommes politiques algériens. En effet, si le ministre Khaldi a invité ceux qui seraient tentés par voter contre la révision constitutionnelle à changer de pays, le ministre des Affaires religieuses et des Waqfs, Youcef Belmehdi,  a sorti lui aussi une autre énormité lors de son dernier meeting animé dans le cadre de la campagne référendaire à M’sila.

Et ce dernier est allé loin, puisque ses propos nous rappellent, avec horreur d’ailleurs, le discours du parti dissous le FIS quand il qualifiait la démocratie d’apostasie, et prononçait des fetwas rendant « hallal », l’assassinat de ceux qui seraient tentés de voter contre son supposé projet de société . Rien que ça !
Ainsi, Belmehdi a asséné dans son discours de prendre « l’exemple du Prophète dans l’amour de la patrie est de voter en masse pour la révision de la Constitution ». C’est de la pure démagogie et un discours contre-productif dans cette conjoncture spéciale que traverse le pays et qui semble truffée de défis que tous les Algériens doivent relever. De plus, c’est une utilisation de la religion à des fins politiques, une pratique que son département ministériel proscrit. C’est une ligne rouge que ce commis de l’État vient de franchir car l’utilisation des lieux de culte, de la religion ou de ses symboles à des fins politiques est interdite par la loi. C’est une autre preuve que certains hommes politiques, grisés par la foule, perdent le sens de la mesure, de la raison et du discernement pour verser dans un excès de zèle qui pourrait démobiliser l’électorat.
La nouvelle Constitution recèle en son sein de nombreux atouts que pouvait facilement utiliser dans son argumentaire ce ministre pour appeler les Algériens à l’adopter massivement. Il pouvait évoquer les équilibres des pouvoirs, les garde-fous mis en place pour éviter les errements vécus du temps du Président déchu. Il pouvait évoquer la constitutionnalisation de la date du 1er Novembre, de la réduction de certains pouvoirs qui étaient jadis l’apanage du président de la République. Il pouvait défendre ce texte en expliquant les nouvelles dispositions qu’il recèle et les outils qu’il mettra en place pour l’édification de l’Algérie nouvelle. Malheureusement,  il a emprunté un raccourci qui nous rappelle un discours que le FIS dissous a usé à satiété avant de verser dans une violence barbare. Par ce discours, Belmehdi donne l’impression de ne pas connaitre sa société et de ne pas savoir que les nouvelles générations, celles qu’il appelle à voter massivement le 1er novembre prochain, ont un niveau de discernement et de conscience qui  les affranchit de toute tutelle et de toute manipulation. La génération actuelle évolue dans un monde où les barrières seront bannies, un village planétaire, qui ne croit qu’au rationnel. Tenter de titiller la fibre de ses croyances religieuses et de ses symboles sacrés ne fera que le pousser à se cloitrer dans l’indifférence au moment où les défis qui se posent au pays nécessitent l’adhésion de tous. Révisez votre copie M. le ministre, tout comme Khaldi, vous avez, vous aussi, fait tout faux.
Slimane Ben