Eau : Des mesures drastiques pour lutter contre les déperditions

La maîtrise de la gestion de l’eau reste toujours aussi problématique en Algérie et y pallier est devenu  comme un objectif prioritaire du développement du pays. La réduction des pertes d’eau dans les réseaux de distribution peut contribuer à la préservation d’une ressource rare. Le faible nombre de compteurs et la distribution intermittente rendent difficile la quantification des fuites. Le réseau d’alimentation en eau potable constitue un patrimoine sur lequel les gestionnaires doivent agir pour adapter le service proposé aux attentes des abonnés, de plus en plus inquiets et exigeants, et aux contraintes réglementaires, de plus en plus fortes. Mettre à niveau le fonctionnement des infrastructures hydrauliques demande d’intervenir sur ses composants. Les conduites de distribution d’eau, qui représentent en grande valeur des réseaux se trouvent donc au centre d’une problématique de gestion technique dont les enjeux stratégiques, financiers et fonctionnels sont très importants. La généralisation de la distribution d’eau potable en réseau est relativement récente et au fur et à mesure du raccordement de la population, des questions se posent quant à la caractérisation du niveau de service rendu à l’usager. Aujourd’hui, la plupart des Algériens ont de l’eau au robinet, mais la maîtrise, que l’on voudrait totale, de l’eau distribuée devient une préoccupation majeure. Récemment, plusieurs mesures ont été prises par le secteur des ressources en eau dans le but  d’économiser cette ressource vitale. À ce sujet le directeur de l’alimentation en eau potable auprès du ministère des Ressources en eau, Omar Bougueroua, dans un entretien accordé à l’APS a livré quelques détails. En effet, selon ce responsable, annuellement, un volume total de 10,6 milliards de m3 est consommé dans le pays à raison de 7 milliards de m3 pour l’agriculture, de 3,2 milliards de m3 pour l’alimentation en eau potable (AEP) et de 0,4 milliard de m3 pour le secteur industriel. Omar Bougueroua dira qu’au vu de ces immenses besoins en eau conjugués au climat aride et semi-aride, le secteur des Ressources en eau a lancé simultanément quatre (4) grandes actions dont celles visant à réduire les déperditions de cette ressource non abondante et à lutter contre son utilisation illicite. Détaillant ce dispositif global, le même responsable cite la réhabilitation et la modernisation des réseaux de distribution de l’eau potable au niveau national pour minimiser les pertes. «Les pertes physiques sur les réseaux et les installations à l’échelle nationale représentent actuellement près de 30% en raison essentiellement de la vétusté des réseaux» dira Omar Bougueroua en substance. D’après le directeur de l’alimentation en eau potable auprès du ministère des Ressources en eau, l’action est menée dans le but de ramener ce taux de déperdition à 18%, permettant un gain d’un (1) million de m3/jour, avance-t-il.  Omar Bougeroua fera savoir qu’actuellement, ce sont les réseaux des grandes villes qui font l’objet de cette réhabilitation. En somme dira-t-il, 39 villes (chefs-lieux de wilayas) sont en phase d’étude alors que dans 19 autres villes, les travaux sont presque achevés.

Parer au problème des pertes via la réparation des fuites sur le réseau de distribution
Pour ce qui est de la deuxième action mise en œuvre, celle-ci consiste en la réparation des fuites par les établissements concernés par l’alimentation en eau potable telles l’Algérienne des eaux (ADE), la Société des eaux et d’assainissement d’Alger (Seaal) et la Société des eaux d’Oran (Seor).
Cette action devrait permettre l’entretien en continu des réseaux d’eau potable en cas d’endommagements des canalisations et des fuites, détaille le même responsable. Dans cette perspective, le ministère des Ressources en eau a instruit l’ADE d’opérer un redéploiement de son personnel à partir de ses «effectifs nombreux» enregistrés dans les activités de gardiennage et de sécurité, tout en renforçant les effectifs spécialisés dans le cœur du métier (plomberie notamment) à travers des formations spécialisées. Selon lui, l’ADE a d’ores et déjà œuvré dans le sens de la professionnalisation des métiers de l’eau en formant 2.200 de ses agents, fait savoir M. Bougueroua. À l’heure actuelle, cette entreprise dispose de 177 brigades de surveillance des réseaux à travers les 44 unités dont elle dispose. Ainsi, depuis le lancement de cette opération en 2017, il a été recensé 146.000 fuites. Pour ce qui a trait à la troisième action, elle porte sur l’éradication des piquages illicites des canalisations de distribution de l’eau : «une action très importante que le secteur a pris en charge par l’installation d’un dispositif opérationnel avec des cellules de veille et de surveillance installées au niveau des 48 wilayas, et ce, au même titre que les réparations de fuites», affirme-t-il. Sur ce point, le même responsable estime que cette mesure devrait réduire ces piquages illicites et récupérer plus de 200.000 m3/jour, soit presque l’équivalent de la consommation d’une wilaya de densité populaire moyenne. Ainsi sur la période allant de janvier 2017 à février 2018, les cellules de veille et de surveillance ont effectué près de 54.000 sorties. Ce qui a permis de déceler 10.600 cas de branchements illicites alors que des actions ont été introduites en justice contre leurs auteurs, et un volume de 4,5 millions de m3 d’eau a été récupéré. En quatrième et dernier lieu, le secteur s’attelle à l’installation de compteurs d’eau dans les lieux où leur absence est relevée, permettant de facturer sa consommation.
Zacharie S Loutari