Deux organisations de défense des droits humains tirent la sonnette d’alarme sur ce qu’elles qualifient de détérioration « dangereuse » du climat politique et social au Maroc, dénonçant à la fois une intensification de la répression, l’aggravation des inégalités et des politiques publiques contestées, notamment en matière de réformes économiques et sociales. Dans un communiqué, l’Association marocaine des droits humains (AMDH) estime que le pays connaît une montée des poursuites judiciaires liées aux opinions politiques, des arrestations qu’elle juge arbitraires, ainsi qu’une multiplication de procès à caractère politique. L’organisation parle d’un contexte marqué par un « durcissement de la répression politique » et de sérieuses atteintes aux libertés publiques. L’AMDH a exprimé sa solidarité avec plusieurs prisonniers d’opinion, citant notamment la militante Saïda El-Alami, actuellement en grève de la faim selon l’organisation. Connue pour son engagement sur les réseaux sociaux et ses critiques du système politique marocain, elle avait été condamnée en 2022 à trois ans de prison ferme pour des propos visant les institutions sécuritaires et judiciaires, selon la même source. L’organisation appelle à sa libération immédiate ainsi qu’à celle d’autres détenus qu’elle considère comme des prisonniers d’opinion.
Contestation autour des affaires judiciaires et des violences
L’AMDH revient également sur les condamnations prononcées contre des centaines de jeunes liés au mouvement dit « GenZ 212 », qu’elle qualifie de « dérives judiciaires » marquées, selon elle, par des irrégularités lors des procédures. L’organisation demande par ailleurs des éclaircissements sur un incident survenu à Leqliaa, au sud du pays, le 1er octobre 2025, au cours duquel l’usage de balles réelles aurait entraîné la mort de trois jeunes et fait plusieurs blessés. Elle déplore l’absence de conclusions publiques, même partielles, de l’enquête en cours. Dans le même communiqué, l’ONG critique également les démolitions de logements et les expulsions forcées dans différentes régions, évoquant des décisions prises sans concertation suffisante et assorties de compensations jugées insuffisantes. Sur le plan socio-économique, une autre organisation, l’Association des diplômés chômeurs du Maroc, met en avant une crise sociale qu’elle juge profonde. Elle dénonce la hausse du coût de la vie, la privatisation progressive de secteurs publics essentiels comme l’éducation et la santé, ainsi qu’un chômage persistant. Selon cette association, les politiques économiques actuelles « fragilisent le pouvoir d’achat » et accentuent les inégalités sociales, en favorisant les catégories les plus aisées au détriment des populations modestes. Les deux organisations alertent enfin sur la répression de mouvements sociaux et étudiants, citant des expulsions dans certaines universités, notamment à l’Université Ibn Tofail, ainsi que des poursuites judiciaires visant des militants et des travailleurs engagés dans des mobilisations sociales.
Dans ce contexte, elles appellent à un respect renforcé des libertés fondamentales et à l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les allégations de violations des droits humains.
M. S.













































