Berlin ou le retour de l’Algérie sur la scène internationale

Par Ali El Hadj Tahar

La présence de l’Algérie, représentée par le Chef de l’État en personne, à la rencontre de Berlin est un signe fort que notre pays veut se replacer sur la scène internationale où il n’a été qu’un figurant deux décennies durant, lorsqu’il n’était pas carrément absent. Puisque les seules rencontres auxquelles le président déchu ait assisté étaient celles de Crons Montana, qui n’étaient d’aucune importance pour l’économie ou la diplomatie nationale, et un sommet de la Ligue arabe en Libye, en mars 2010.
C’est donc avec un dossier brûlant que l’Algérie retrouve sa juste place dans le concert des nations. Car la question libyenne interpelle non seulement toute l’Afrique mais aussi l’Europe et le monde entier, à cause de ses nombreuses conséquences et implications à la fois politiques, économiques, géopolitiques mais aussi sécuritaires et humaines. Alors qu’il n’était que candidat, M. Tebboune n’a cessé de revendiquer pour l’Algérie un rôle qui lui sied, d’autant qu’elle a perdu beaucoup de terrain, y compris au sein des instances où elle jouait un rôle de leader, comme la Ligue arabe et l’Union africaine.
Il n’y a pas que les 1000 km de frontière commune qui nous relient à la Libye mais tout un destin magrébin et africain, en plus des intérêts mutuels des deux peuples. Dans un monde où le système unipolaire est en train de laisser place à un système multipolaire où chaque nation veut se repositionner pour ses propres intérêts, l’Algérie ne peut rester en marge des changements en cours, surtout lorsqu’ils la touchent directement. Même si, par le biais de ses ministres, l’Algérie a toujours clamé haut et fort sa volonté de règlement de la crise libyenne de manière pacifique, la présence du président de la République en personne à Berlin est en soi une déclaration forte que notre pays doit peser sur l’échiquier et qu’il s’oppose à toute velléité de l’écarter des problèmes qui le concernent directement. En s’attelant à régler la crise libyenne de manière pacifique pour arrêter l’effusion de sang et faire respecter l’intégrité territoriale et la souveraineté d’un pays frère, l’Algérie sape en même temps toutes les velléités de convoitise qui la viseraient, elle aussi.
La montée des périls sécuritaires et humanitaires dus à la présence de groupes armés et de trafiquants de toutes sortes a été aggravée par la multiplication des ingérences étrangères en Libye.
C’est toute l’Afrique du Nord ainsi que la région sahélienne qui risquent de s’embraser, alors que les trafics d’armes, de drogues et de migrants sont déjà très déstabilisateurs pour de nombreux pays du Sahel où des puissances étrangères ou régionales en ont profité pour y installer leurs bases militaires. Il est clair que les intérêts de l’Algérie sont ceux de toute l’Afrique, à commencer par la Tunisie, qui serait frappée de plein fouet par la crise libyenne en cas d’aggravation, d’autant qu’elle abrite déjà près d’un million de Libyens depuis 2011. Tous les protagonistes savent qu’à cause de la présence militaire turque, le maréchal Khalifa Haftar ne pourra jamais finir son offensive, d’autant qu’Alger vient de dessiner une ligne rouge autour de Tripoli. La paix sera bénéfique non seulement pour l’homme fort de l’Est et pour le chef du Gouvernement d’union nationale, Fayez El-Sarraj, mais aussi pour tous les belligérants qui s’activent à coups d’approvisionnements en armes ou de déclarations diplomatiques. En tout cas, la conférence de Berlin suscite l’espoir dont la rencontre de Moscou a donné des prémisses puisqu’un cessez-le-feu a déjà eu lieu et ce, après le double échec de la rencontre de Paris en 2018 et celle d’Abou Dhabi en févier 2019.
Les arguments militaires se neutralisant, la diplomatie ne peut que reprendre ses droits, d’autant que la position algérienne a été clarifiée de manière définitive et sans ambages, à coups de balles réelles à nos frontières sud, à la frontière avec la Libye.
A. E. T.