Baisse du dinar : Bachir Messaitfa prône la veille stratégique

Le docteur Bachir Messaitfa, ex-secrétaire d’État de la Prospective et des Statistiques, s’est exprimé, hier, sur la question de la baisse de la valeur de la monnaie nationale et la stabilité financière en Algérie, dans un contexte marqué par la baisse des prix pétroliers. Face à la chute de la valeur du dinar qui alimente les débats ces derniers jours, lorsqu’encore la question inquiète au plus haut point les citoyens, craignant que cette situation provoque la dégringolade du pouvoir d’achat, Bachir Messaitfa est intervenu pour donner son analyse, en expliquant les causes et les effets de cette situation, avant de proposer un certain nombre de recommandations en vue de dépasser un tant soit peu la crise. Par ailleurs, s’exprimant sur la situation économique de manière globale, l’orateur a invité le gouvernement à avoir une vision projetée dans le long terme, pour ne pas tomber dans les mêmes erreurs du passé. Sur ce point, il n’a pas manqué de rappeler la crise de 1986 notamment, celle des années 90 et récemment en 2009. Ainsi, le conférencier a soutenu que la raison directe de la chute du dinar est à imputer à la baisse importante de la demande. Même si, plus loin encore, il a indiqué que les pouvoirs publics ont souvent procédé d’une manière «technique» sur la valeur de la monnaie nationale, afin de rattraper la déstabilisation des indicateurs macroéconomiques. Il s’agit d’une pratique connue chez les pays développés à l’image des États-Unis et des puissances économiques, a-t-il avancé, en donnant l’exemple de la Chine qui a baissé par trois fois sa monnaie afin d’équilibrer son économie, sachant que ce pays est en proie à une crise. Volontairement donc ou pas, la dépréciation du dinar continuera selon l’orateur, à suivre son cours, en raison notamment du rebondissement enregistré par le dollar américain et de la monnaie européenne, durant ces derniers jours. Ce sont donc là les explications fournies d’une manière soigneuse, par l’ex-ministre, lors d’un forum organisé, hier, par le journal arabophone «El Wassat». Le Docteur a donné sa propre lecture sur la dégringolade qu’a enregistrée le dinar, en chute depuis juillet dernier, dont la cause ne pourrait selon lui être dissociée, d’abord du contexte marqué par la chute des prix pétroliers, et ensuite du rebondissement qu’a connu le dollar et l’euro. Même si d’autre part, selon l’ancien membre de l’exécutif, le dinar n’est pas une monnaie concernée par les fluctuations du marché mondial de la monnaie dont il n’en fait pas partie, quand bien même les retombées pourraient affecter l’économie du pays, ceci de manière générale.
«Le dinar répond à un critère purement administratif, en dehors du marché monétaire international», a-t-il expliqué, sachant que la baisse de sa valeur est parfois provoquée d’une manière délibérée, comme cela se fait par les puissances étrangères, a-t-il précisé. En effet, comme la loi de l’offre et de la demande, la monnaie étrangère répond à des critères liés à la demande. Plus elle est croissante sur le marché, plus sa valeur augmente davantage.
Du fait qu’il ne suit pas la tendance monétaire mondiale, le dinar ne pourrait être déprécié d’une manière brutale par les autorités financières, qui agissent selon l’orateur d’une manière prudente. «Le dinar s’est stabilisé depuis des années déjà, dès lors qu’il n’est pas soumis aux règles monétaires mondiales», a-t-il étayé ses propos. B. Messaitfa a expliqué également que la valeur réelle de la monnaie nationale est «surestimée» jusque là, et de préciser que sa dévaluation ne l’affectera pas donc gravement, mais le placera dans sa juste valeur, a-t-il laissé entendre. Même si d’autre part, l’orateur a avancé que les conséquences de cette chute pourraient être perceptibles d’ici peu. En effet, interrogé sur les appréhensions de la population, le spécialiste des questions économiques et financières a répondu que les retombées vont toucher les prix des produits devant connaître de nouveaux tarifs à partir de janvier 2016. Ceci dit, cette augmentation va toucher les produits qui ne sont pas subventionnés par l’État, a-t-il détaillé en donnant quelques exemples, tels les voitures, les habits, l’électroménager… Revenant sur les motifs ayant «justifié» en quelque sorte cette chute délibérée du dinar, Bachir Messaitfa a expliqué que le besoin en matière de liquidités dans ce contexte caractérisé par la crise, commande ce choix.
En effet, le gouvernement a pris récemment des mesures afin de récupérer la masse monétaire du circuit informel pour la placer dans le circuit bancaire.
C’est ce qu’à d’ailleurs rappelé l’ex-secrétaire d’État en indiquant qu’il s’agit là d’une mesure qui puisse assurer assez de liquidités aux banques (40 milliards de dollars), afin de les réorienter vers les investissements productifs. C’est ce qui constituera selon lui, justement, un moyen pour se lancer dans ce que prévoit le plan du gouvernement, qui vise, en partie, à diversifier l’économie nationale hors hydrocarbures, seule panacée à même de dépasser la crise.
Farid Guellil

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