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Un reporter dans la foule : Questions sur la grève des 8 jours

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I l y a 69 ans, le FLN, en pleine guerre de libération, a organisé une grève des commerçants de 8 jours, du 28 janvier au 4 février 1957. Une question qui a été rarement posée : pourquoi le FLN a-t-il choisi les commerçants ? Une année auparavant, le 19 mai 1956, il avait organisé, avec succès, la grève des étudiants. Trois mois avant, le 24 février 1956, l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens) a été créée mais c’est les commerçants que le FLN a désignés pour soutenir et démontrer la nature populaire de la guerre de libération nationale. Une démonstration au moment même où la 11ème session de l’AG de l’ONU inscrivait « la question algérienne » avant d’adopter, le 15 février 1957, la résolution 1012. Ce qu’on ne dit pas assez aussi, c’est comment et pourquoi la grève de huit jours des commerçants a été l’évènement déclencheur de la Bataille d’Alger ? Ouvrons ici une parenthèse pour déplorer l’absence dans nos médias de cet anniversaire. Tout au plus une conférence lui a été consacrée au forum d’El-Moudjahid. Ni le ministère de la Culture ni celui des Moudjahidine ne se sont donnés la peine d’organiser des cérémonies à la hauteur de l’événement, privant les jeunes générations d’un important pan de leur histoire. Ceci étant dit, il faut savoir que 20 jours avant la grève, soit le 8 janvier 1957, le tristement célèbre général Massu, pour dissuader les organisateurs de la grève, entre dans Alger à la tête de 8.000 militaires et proclame la loi martiale (pleins pouvoirs à l’armée). Il en fallait plus pour impressionner et intimider les moudjahidine qui avaient maintenu l’ordre de grève. Arrêtons-nous un instant pour répondre à la question de savoir pourquoi le FLN a choisi les commerçants pour cette grève ? Dans le contexte d’une colonisation brutale et inhumaine, les Algériens (désignés « les indigènes ») n’avaient pas droit au travail salarié. Pour garantir l’application de cette ignoble interdiction, la France maintenait 90% des algériens dans l’analphabétisme. Tout au plus quelques postes de plantons mais jamais un algérien n’avait le droit d’atteindre un poste de maîtrise. Il y avait les dockers et les jetons qui leur permettaient de travailler en journaliers. Dans les transports, l’algérien pouvait occuper le poste de receveur (pour les lignes à forte concentration d’algériens) mais jamais le poste de chauffeur. La seule activité permise aux algériens était celle de commerçants. Uniquement dans les quartiers indigènes. Larbi Ben M’Hidi et Abane Ramdane, ces deux héros parmi les dirigeants du CCE, ont compris l’importance de ce corps d’activités dans la vie de la cité. Ils ont demandé à la population de faire des provisions, ils ont organisé l’aide aux démunis avant la fermeture des commerces durant huit longues journées. Personne dans les rues, toutes les autres activités étaient paralysées. Ils ont donné à la France et au monde des villes « mortes ». Il y avait beaucoup de journalistes étrangers venus à Alger couvrir la grève. Fou de rage, Massu échafauda un plan d’une violence inouïe. Son armée éventra les commerces, les livrant au pillage, effectua des rafles massives. Il ouvrit des camps de concentration où étaient internés les algériens arrêtés et qui avaient survécu à la torture. Des camps comme ceux de Téfeshoun (Tipaza), Bossuet (oranie) ou Paul Cazelles (Aïn Oussera). A ne pas confondre avec les camps de regroupement. Larbi Ben M’Hidi nommé responsable de la zone autonome d’Alger lors du congrès de la Soummam qui s’est tenu le 20 août 1956, dirigeait le déroulement de la grève depuis la Casbah d’Alger. L’armée française était autorisée à tous les excès : violences, exécutions sommaires, pillages, viols, etc. C’est dire à quel point la grève de huit jours des commerçants Algériens avait déstabilisé le pouvoir colonial. Dans le même temps, les algériens ont fait preuve d’une solidarité et d’une entraide sans faille. À la fin de la grève et devant l’intensification de la répression des troupes de Massu, le CCE décida de quitter Alger. Le 23 février, Ben M’Hidi est arrêté dans le refuge de la rue Debussy après avoir quitté la Casbah. Présenté à la presse, il fut confié par la suite au sinistre général Ausaresses qui l’assassinat. La bataille d’Alger se termina avec l’assassinat de Hassiba Ben Bouali, de Ali La Pointe et de leurs compagnons le 8 octobre 1957. Quant à la guerre de libération, elle s’est poursuivie jusqu’à la victoire !
Zouhir Mebarki
zoume600@gmail.com

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