Harkis

Le président français Macron pris au piège des supplétifs de la France coloniale : Un « fonds spécial » de 40 millions d’euros pour les harkis

La presse française tente de décoder les enjeux liés à la reconnaissance par la France des harkis, et des pas que fera encore l’actuel président Macron pour débloquer la crise de la seconde génération. Dans un article signé Pauline Théveniaud et Henri Vernet, «le Parisien» évoque comment le président «poursuit son action mémorielle sur le conflit, tendant cette fois la main à cette communauté délaissée par la France. Des gestes forts sont à venir, mais peut-être pas le «pardon» qu’elle attend», en allusion à l’Algérie qui ne fléchit pas sur ce sujet précis. Il y a deux jours, le chef historique de la wilaya IV, L’ex-Commandant Lakhdar Bouregâa, considérait ce problème comme étant hautement franco-français, puisque les supplétifs de l’armée française ont choisi eux-mêmes, de manière délibérée, le camp français, et ont choisi eux-mêmes, de manière délibérée aussi, d’être les adversaires de leurs compatriotes. De ce fait, ce sont des Français qui doivent être à la charge de la France. «Sur le dossier, toujours sensible, presque 60 ans après, de la guerre d’Algérie (1954-1962), Emmanuel Macron avance à pas soigneusement calibrés. Mais pourquoi donc ce dossier travaille-t-il à ce point ce jeune président né après les accords d’Evian ?», se demande «Le Parisien». «Il considère ce conflit comme l’un des facteurs de fragmentation de la société française, décrypte un proche. Cette histoire qu’on a laissée souterrainement courir, sans vraiment jamais essayer de clore un certain nombre de chapitres, elle nous empoisonne, elle crée du clivage », dit la même source. Avec l’affaire Audin, c’est la responsabilité de l’État dans un système couvrant la torture et la disparition physique qui est reconnue. «La main tendue aux harkis, c’est la reconnaissance par la France de l’abandon de cette communauté», estime «Le Parisien». «Abandon ?» dit «Le Parisien», durant les huit années de ce que l’on appelait alors «les évènements d’Algérie», quelque 150 000 supplétifs algériens furent recrutés par l’armée française. Environ 60 000 purent gagner la France avec les pieds-noirs rapatriés après la guerre, mais furent accueillis dans des conditions déplorables, souvent de rudes camps de toiles et de tôle où grandirent leurs enfants. Quant aux autres, tenus pour des traîtres par le nouveau régime d’Alger, ils subirent de sanglantes représailles. Concrètement, cette réparation – encore loin du «pardon» en bonne et due forme que réclament les associations de harkis – se déroulera en deux temps. À l’occasion de la journée nationale des harkis célébrée aux Invalides, Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées, présentera des mesures mémorielles et, surtout, une enveloppe de 40 millions d’euros sur quatre ans. «Ce fonds de solidarité cible la deuxième génération, précise-t-on au ministère. Beaucoup d’enfants de harkis, quadra ou quinquagénaires, stigmatisés et traumatisés par cette histoire familiale, sont en situation d’exclusion durable. Il faut les identifier, puis les accompagner grâce à une somme d’argent et une aide personnalisée au retour à l’emploi». 40 millions d’euros pour les quatre années à venir pour aider les enfants de harkis, «vivant dans la grande précarité». La secrétaire d’État auprès de la ministre française des Armées doit présenter aujourd’hui de nouvelles mesures pour ces anciens combattants à l’occasion de leur journée nationale, rapporte l’AFP. Pour cette secrétaire d’État, «Nous souhaitons dire aux harkis, la France reconnaissante […]. Oui, il y a eu défaillance de la France», admet-elle. «Ils ont été reçus ici dans des conditions souvent très difficiles, qu’ils ont parfois eu à subir toute leur vie». Parmi les mesures que comptent prendre les autorités françaises, le déblocage d’une enveloppe de 40 millions d’euros sur quatre ans. Cette enveloppe sera essentiellement destinée à venir en aide aux enfants des combattants harkis de deuxième génération «qui vivent dans la grande précarité». Cette mesure sera, selon l’AFP, accompagnée d’une aide personnalisée au retour à l’emploi. Le dispositif concerne potentiellement quelques milliers de personnes, sur 80 000 à 100 000 individus qui, dans leur grande majorité, se sont très bien intégrés», explique le ministère.
I.M. Amine