cereales2

LE DÉFI DE LA NOUVELLE POLITIQUE CÉRÉALIÈRE : Comment produire plus de blé ?

Selon une analyse diachronique de 1871 à 2018, il est démontré que la culture des céréales en Algérie, (itinéraires techniques, modernisation et rendements) a évolué en dents de scies, sans jamais rompre avec les facteurs de blocage.

Comparée aux pays de la rive sud de la Méditerranée et en particulier des pays du Maghreb, l’Algérie a, le moins, modernisé sa céréaliculture. Deux indicateurs le prouvent : Le taux de mécanisation extrêmement faible, selon le recensement général agricole où la surface agricole utile (SAU) rapportée au nombre de tracteurs donne un ratio de : 87 ha/tracteur ; alors que le ratio admis est de 20 ha/tracteur, la sole céréalière et de légumes secs rapportée au nombre de moissonneuses-batteuses donne un ratio de 494 ha / MB, tandis que le ratio admis est de 37,8 ha /MB. La consommation en engrais et notamment en azote est très faible. Par ailleurs la superficie céréalière réellement emblavée n’a pas évoluée de manière spectaculaire. Elle est passée, en 1 siècle et demi, de 2 200 000 ha en 1871 à 2 900 000 ha en 2018, soit à peine une augmentation de 7, 3%. La sole céréalière dans un pays sec comme l’Algérie en climat aride est bloquée en fait par les conditions culturales en mode pluvial. En tous les cas, c’est la nouvelle équation qui se pose aux tenants du secteur agricole, ou comment produire plus de blé, quand nous constatons que les rendements sont fluctuants d’une région à une autre , et il faut maintenant déterminer les causes et les faiblesses de ces rendements qui poussent l’Algérie à toujours importer plus de blé d’année en année en rapport avec l’accroissement de sa population . Pour les professionnels de la terre, les vrais blocages des rendements se situent dans l’absence d’un système coopératif qui est défaillant voire même inexistant, puisqu’il a été démantelé durant les années passées, d’où l’intérêt croissant pour la redynamisation et la création de coopératives et l’utilisation de matériel agricole (C.U.M.A). D’autre part , il est préconisé une formation adéquate pour la maîtrise des techniques culturales, avec la délimitation des zones variétales , autrement dit, adapter les semences en fonction de la nature du sol qui leur convient, et pour cela l’analyse du sol reste un impératif pour l’augmentation des rendements. Pour les professionnels, toutes ces contraintes constituent un vrai blocage pour l’augmentation des rendements, car il est aussi établi que parfois dans la même zone, la même nature du sol, les mêmes conditions climatiques, les mêmes variétés, et des fois même, il se trouve que des parcelles limitrophes n’ont pas les mêmes rendements, qui passent du simple au double et des fois au triple, d’où il a été déduit que le non respect de l’itinéraire technique en matière de travaux du sol, lit de semence, choix de la variété, la date de semis, la profondeur d’enfouissement de la graine, le roulage, l’engraissement (de fond et superficiel) et enfin le désherbage, et la protection phyto-sanitaire, constituent les véritables techniques à mettre en œuvre pour des rendements satisfaisants. D’autre part, il est aussi préconisé que l’intérêt de la création des coopératives pour un nombre important d’exploitants qui ne disposent pas de matériel nécessaire et des fois de matériel inadéquat ce qui ne leur permet pas de faire un bon travail et surtout pas dans le moment opportun.
Car, il est admis que la majorité des producteurs ne disposent pas de grandes superficies (près de 70% du nombre des céréaliers disposent des exploitations de moins de 20 ha), ce qui les exclut d’investir dans l’équipement agricole adapté et ne leur permet pas de faire face aux crédits d’investissements étant donné le prix onéreux des équipements d’une part, et les moyens de remboursement d’autre part, vu que la recette de l’exploitation n’est pas régulière d’où l’intérêt de la création des coopératives sous plusieurs formes, en fonction de la spécificité des zones et de la nature des sols. La formation de l’exploitant agricole doit lui permettre d’accéder aux informations et avoir la capacité d’utilisation du matériel dans de bonnes conditions (réglages, entretiens…). Pour l’ensemble des adhérents, afin de déterminer les amendements pour l’amélioration des sols, soit en matière organique et les doses concernant les engrais minéraux en fonction de l’objectif de rendement, car la technologie a démontré qu’il y a une relation étroite entre la composition du sol, taux de matière organique (nécessité de la restitution des chaumes) et la dose d’engrais minéral, dans le cas de la faiblesse de la matière organique, à la longue la plante ne peut pas profiter de la présence des éléments minéraux disponibles dans le sol, il y aura blocage et perte dans les rendements souhaités et attendus. En plus de la vulgarisation qui s’avère un élément très important dans la mise à niveau de l’agriculteur et de la modernisation de son exploitation. Reste aussi à déterminer les zones variétales sur le terrain pour permettre aux agriculteurs de choisir les semences en fonction des paramètres techniques, technologiques et choix de variété adaptés à la spécificité de la zone;d’où la nécessité de la création de la coopérative; ce qui facilitera l’intervention et la circulation de l’information de l’université (recherche appliquée), des instituts techniques (ITGC, INRA, CNCC, INPV UNPA). En d’autres termes, la mise en place du système coopératif facilitera aux agriculteurs l’accès aux crédits (mesures incitatives pour les coopératives). En définitif et afin de vulgariser les techniques culturales pour des rendements satisfaisants, les instituts techniques doivent procéder à l’installation des parcelles de démonstrations au niveau de chaque coopérative pour vulgariser les bonnes pratiques agricoles et de visu les céréaliers se sentent concernés par ces performances de rendements palpables.
Le système coopératif prescrit les conseils pour optimiser la rentabilité des productions et encourage une traçabilité. Sans les coopératives, les agriculteurs recourent de plus en plus à des prestataires extérieurs, par conséquent ne respectent pas les bonnes pratiques agricoles. Le développement du blé dépend fortement de la mise en place du système coopératif afin d’atteindre des rendements satisfaisants et d’assurer la croissance de la production de blé en misant sur un objectif capital : celui d’atteindre l’autosuffisance alimentaire à moyen terme pour le pays, et renoncer à toute importation de blé.
Mâalem Abdelyakine