Guéguerre RND-FLN : Ouyahia calme le jeu

À quoi riment les récents changements de ton dans le discours des deux partis majoritaires ? Après une longue période marquée par l’animosité, due aux hostilités échangées entre les patrons du RND et du FLN, place aux formules diplomatiques et aux déclarations sédatives.
Ainsi, après l’appel au calme lancé par Amar Saâdani à ses militants, le SG par intérim du RND, Ahmed Ouyahia, tente de son côté de calmer les ardeurs.
Intervenu, hier, depuis la wilaya de Skikda, au courant d’un meeting populaire qu’il a animé devant lescitoyens, militants et cadres de son parti, Ouyahia revient pour présenter sa lecture des multiples développements en cours sur la scène nationale. Dans son allocution, le chef du RND a fait usage de propos pas peu-habiles envers son alter égo à la tête du FLN, Amar Saâdani, qu’il présente comme étant «un allié stratégique au service de l’Algérie». Entendre par là, qu’en dépit de la guerre qui sévit entre les deux rivaux, lesquels, souvent, se retrouvent sur l’arène de combat, à chaque échéance électorale ou halte politique dont l’avant goût est à mettre à l’actif partisan, soit dit en passant, lorsqu’il s’agit des intérêts suprêmes du pays, les deux frères-ennemis renouent avec les traditionnels rapports familiers qui les lient. En effet, le patron de la deuxième force politique semble dire que la hache de guerre doit être enterrée. Autrement dit, et implicitement, cela peut se voir comme une volonté affichée par le patron du RND afin de tourner la page, maintenant que les deux partis se sont affranchis des exigences inhérentes aux rendez-vous politiques, tels l’adoption de la Constitution, la LF-2016 et du renouvellement partiel de la composante du Conseil de la nation. S’exprimant au nom de tous ses militants, citant de passage ceux issus des wilayas de Bordj Badji Mokhtar à Oum Teboul et de Djanet à Tamanrasset, Ouyahia dira que «le FLN est un allié stratégique du RND au service de l’Algérie». Des propos qui sonnent comme un message fort adressé à son adversaire «conjoncturel», Saâdani, dont les dernières critiques frontales en date émises par celui envers l’actuel directeur de cabinet auprès de la présidence de la République, ont trouvé leur justification dans le projet de la révision constitutionnelle. En effet, Saâdani a accusé Ouyahia, lequel avait lui-même piloté le dossier de la trituration de la Loi fondamentale du pays, d’avoir opéré des «manœuvres» en introduisant la disposition traitant des citoyens binationaux établis à l’étranger. Jugée par le chef du FLN et par un bon nombre d’acteurs socio et politiques d’être de nature «antinationale», et «discriminatoire» envers la diaspora nationale, l’article 51 a été au centre d’une polémique grandissante qui a fait beaucoup de bruit, dont le patron de l’ex-parti unique n’a pas raté l’occasion d’en faire usage pour justifier ses dénigrements envers son rival du RND. De bonne ou de «mauvaise» guerre, ce qui est pour le moins sûr, c’est qu’au demeurant, l’on enregistre à ce qui semble à un changement de ton dans le discours des deux belligérants. Il y’a quelques jours, Saâdani avait invité ses militants et ses cadres à faire preuve de «diplomatie» envers son allié politique. D’ailleurs, lui-même à un moment donné, il s’était refusé de verser dans la polémique pour ne pas risquer de raviver les tensions entre lui et son homologue. S’exprimant dans ce meeting à la fois pour marquer l’anniversaire de la création de son parti, né le 21 février 2007, mais aussi pour se lancer dans sa propre campagne en prévision du prochains congrès ordinaire et électif devant se tenir les 5, 6 et 7 mai prochains, Ouyahia a jugé utile de dépasser les clivages et de se délivrer des chamailleries partisanes, histoire de se consacrer aux affaires de sa formation politique et de s’y mettre sereinement à accomplir son agenda politique. En réitérant le soutien du RND au programme et en la personne du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, Ouyahia a invité, encore une fois, son alter égo de «se mobiliser pour protéger le pays contre toute menace ou tout danger visant à casser la maison Algérie et la cohésion nationale», a-t-il indiqué depuis cette wilaya de l’Est du pays. En excluant à revers de main tout conflit personnel ou partisan l’opposant au chef du FLN, Ouyahia n’a pas manqué d’ailleurs de soigner «les affinités» en adressant un «salut particulier» à Saâdani. N’en déplaise à «certains perturbateurs», semble-t-il dire pour répondre à ses détracteurs, mais surtout à ceux qu’il accuse de faire croire qu’il y’ait un conflit entre les deux leaders politiques, ce qu’il récuse de manière formelle. Sans les citer, Ouyahia a fait allusion dans ses propos aux acteurs politiques de l’aile de l’opposition, de laquelle émane, selon lui, cette campagne de «propagande» visant à nuire à la relation qui lie les deux partis au pouvoir, laisse-t-il entendre.
Farid Guellil