Gaïd Salah redevenu l’incarnation d’une Armée novembriste

Les Algériens ont majoritairement compris que depuis la démission du 2 avril, le pouvoir était incarné par le général-major Ahmed Gaïd Salah, le chef d’état-major et vice-ministre de la Défense, ainsi que par le président de la République par intérim, et aujourd’hui, par le président Abdelmadjid Tebboune. C’est une évidence aux yeux de millions d’Algériens, qui ont également compris que le chef d’une Armée est le symbole de cette Armée, et que c’est l’ANP qui a réussi à déchoir l’ancien président en se mettant au diapason du Hirak dont la revendication: «Non au 5e mandat».
Légaliste comme il l’a toujours été depuis qu’il a pris ses fonctions de chef d’état-major  en 2004, Ahmed Gaïd Salah s’est clairement positionné en faveur du statu quo lors de la première manifestation contre le 5e mandat, le 22 février. Après un discours, du mardi 5 mars, il décide de suivre la légalité populaire. Cela se manifeste dans le discours du mercredi 27 mars 2019, lorsqu’il appelle à l’application de l’article 102 de la Constitution, tout en rassurant l’opinion que l’ANP ne déviera pas de ses missions constitutionnelles, en soulignant aussi le lien fort unissant le peuple et son armée.
À partir de ce moment-là, l’ANP s’est ressoudée pour revenir aux principes de la légalité révolutionnaire qui a présidé à la création de cette digne héritière de l’ALN. Redevenue novembriste, souverainiste et populaire, au sens plein du terme, l’ANP se dresse désormais avec force derrière son chef et porte-parole, qui a donc basculé dans le camp du Hirak qui scandait “Djeïch-chaâb khawa-khawa” qui sortaient des tripes-mêmes, des tréfonds des poitrines d’une jeunesse éprise de liberté et de justice sociale.
Dès lors, les Algériens ne doutent plus que l’ANP est, et a toujours été la gardienne du testament de Novembre. Et c’est sa parole, que le chef d’état-major, redevenu réellement l’incarnation d’une armée populaire et nationale, a donnée en disant à « ce peuple éveillé et conscient de l’intérêt suprême de son pays » qu’« il n’y a nulle crainte pour l’Algérie et pour son avenir avec cette Armée nationale populaire, qui respire l’air de sa Patrie et dont le cœur bat pour chaque parcelle de sa terre bénie».
Le peuple et l’ANP scellaient alors un pacte. Pionnière mais légaliste, l’Armée appelle alors avec force à l’application de l’empêchement du président, alors que la rue ne demande que l’annulation de la course à un 5e mandat. L’Institution militaire avait compris que la revendication était un message plus profond que son énoncé. Elle a compris que le Hirak exprimait un besoin de liberté et de justice mais aussi et surtout de droits sociaux et économiques, sacrifiés sur l’autel du piston et de la gabegie. Certes, durant vingt ans, le légalisme de l’ANP a permis à l’histoire de dévier de son cours mais elle ne peut être seule responsable des maux du pays, et ce n’est pas elle qu’il faut accuser quand le contre-pouvoir faillit.
Durant dix mois, l’ANP a donc accompagné le Hirak, en tenant sa promesse de mener le pays à bon port sans qu’une seule goutte de sang ne soit versée. La présidentielle a eu lieu sans incidents graves, le mouvement citoyen a pu organiser 44 manifestations sur l’ensemble du territoire sans qu’il n’y ait mort d’homme, ni de blessé ; ce qui relève d’une prouesse incroyable, vu les provocations et les velléités de déstabilisation qui ont visé le pays. Incarnation de son armée, Gaïd Salah a certainement évité au pays une grande fitna ; voire une guerre civile dont les instruments internes et externes étaient prêts.
En préservant le caractère pacifique du Hirak, il a pu livrer, à la justice, les dossiers de corruption qui ont permis d’enfermer les plus grands éléments de la mafia. Or, lui ou l’un des autres généraux, aurait facilement pu devenir un Sissi à la solde de n’importe quel pays, d’autant que les nombreux ennemis n’espéraient que cela. Il aurait même pu devenir un Pinochet ou un Suharto, puisque les conditions géopolitiques le permettent aujourd’hui, à condition de se mettre sous la coupe de l’OTAN, par exemple.
Par Ali El Hadj Tahar