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Chute des prix du baril de pétrole, augmentation de la population et commerce extérieur au point zéro : 2018, l’annus horribilus de l’économie algérienne

L’Algérie a passé une année chaotique et son économie ne s’est jamais aussi mal portée. À quelques jours de la fin de l’année 2018, le prix du baril sur les marchés pétroliers pointait à 53 dollars et les cours du pétrole ont poursuivi leur chute sur fond de craintes persistantes de surproduction. Ainsi, le baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en février, a perdu 10,7% sur l’ensemble de la semaine, en clôturant à 53,82 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, son plus bas niveau depuis septembre 2017.

Le niveau très élevé des extractions aux États-Unis et la production record de la Russie pour cette semaine de décembre ont poussé les investisseurs à plus de méfiance, sachant que les États-Unis et la Russie avec l’Arabie saoudite, constituent les principaux producteurs de pétrole du monde et de ce fait, les principaux acteurs de cette production très abondante de pétrole. En plus de cette surproduction, l’on constate un ralentissement de l’économie mondiale, qui pourrait se traduire par une baisse de la demande en énergie.
Face à ces signes défavorables à une hausse des cours, les analystes estiment que « la semaine prochaine pourrait être chaotique ». L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), dominée par l’Arabie saoudite, et ses partenaires ont pourtant convenu, au début du mois, de réduire leur production d’environ 1,2 million de barils par jour (mbj) à partir de janvier afin d’enrayer la chute des prix.

Une population en hausse constante
La population algérienne est en hausse constante : hier, à 40 millions d’habitants, aujourd’hui, à 42 millions, demain, en 2030, nous serions 50 millions. Qui va nourrir les 60 millions d’Algériens en 2050 ?
Les nouvelles données démographiques font peur. L’Algérie pointe à plus de 42 millions d’habitants. Aujourd’hui, le pays importe pratiquement toute sa consommation alimentaire. Malgré les avancées faites dans le domaine de l’agriculture, la production demeure loin de satisfaire la demande locale. Qu’en sera-t-il en 2050 où nous serons 60 millions d’habitants et 90 millions en 2100 ? Qui va nourrir les Algériens, si on leur laisse l’agriculture dans l’état où elle est actuellement ? Les questions posées par le Professeur Chehat Fouad, ancien directeur de l’Institut national de la recherche agronomique, font dresser les cheveux sur la tête. Chehat, qui tire la sonnette d’alarme, veut attirer l’attention sur un problème qui est en train de devenir une véritable bombe à retardement. Chehat évoque la situation «misérable» de la balance commerciale agricole ou agroalimentaire, dont les exportations de produits agricoles ne couvrent même pas 1% de nos importations agricoles. Chehat est sans concession pour pointer du doigt les problèmes qui sont en train de grossir et qui doivent être prioritaires dans les réunions du gouvernement qctuel et des gouvernements à venir. Il tire les données concrètes et scientifiques, qu’il évoque, des conclusions du Rapport national sur la sécurité alimentaire. Dans ce rapport, on apprend que «le nombre de calories consommées par les Algériens est en augmentation», il est même équivalent à ce qui est consommé en Espagne ou au Portugal, mais, «ce sont des calories importées», relève le rapport. Le Professeur Chehat Fouad cite, en premier lieu, les céréales avec «des importations annuelles qui tournent autour de 6 à 7 millions de tonnes». Pour le lait, c’est pareil, «nous savons, dit-il, que malgré les progrès de la production laitière, il faut continuer à importer des quantités croissantes de poudre de lait pour faire l’appoint». C’est le cas également des viandes blanches, qui «sont produites grâce à des importations annuelles, de l’ordre de quatre millions et demi de tonnes, de maïs, de tourteaux de soja et même de CMV (ndlr, complément minéral vitaminé), qui sont utilisés dans les élevages». Et donc, «même si nous n’importons plus de poulet depuis très longtemps, le poulet que nous consommons est à 60% produit grâce à des importations». Certes, durant les 20 dernières années, malgré des conditions climatiques défavorables, le secteur de l’agriculture a atteint une croissance moyenne annuelle d’«un peu plus de 6%», note Chehat, mais rapportée aux «2% de la croissance démographique», cette croissance de l’agriculture, estime-t-il, demeure insuffisante, ce qui fait que «l’écart se creuse toujours plus entre la demande globale des consommateurs et l’offre du secteur». «Ce gap, on ne va pas pouvoir le supprimer aisément», avertit Chehat, pour qui demain c’est aujourd’hui. L’alarme est donnée…

Politique des subventions : Révision des dispositifs
L’État subventionne à tout-va ; pour les nécessiteux, comme pour les riches. La ligne de démarcation n’est pas claire, et ceux qui ne méritent pas cette aide étatique en profitent plus que les démunis. Les propos du ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, récemment, sur la fin de la politique des subventions en 2019 semblent vouloir tracer des lignes difficilement identifiables. Ainsi, le ministère des Finances a apporté des clarifications sur la politique des subventions en soulignant que « s’il y a nécessité de revoir les dispositifs de soutien actuels, la révision ne sera pas précipitée et ne sera pas appliquée de manière systématique et indiscriminée». Le ministre des Finances avait relevé récemment, «l’importance que les pouvoirs publics accordent à la préservation du pouvoir d’achat des catégories sociales les plus défavorisées et, dans cet ordre d’idées, les efforts que l’État consent chaque année, dans ce cadre, sur le plan budgétaire».
Ainsi, le soutien de l’État aux ménages et à l’économie a représenté, sur la période 2012-2016, une part de plus en plus élevée avoisinant 27% du PIB en moyenne. «L’analyse de la structure des subventions, à partir des résultats de l’Enquête-consommation effectuée, a montré que les subventions profitent plus aux catégories les plus nanties qu’aux catégories de bas revenus», souligne le ministère.
Dès lors, «ce mécanisme généralisé de subventions, outre son coût excessif pour la collectivité, ne répond plus aux objectifs de réduction des inégalités et de protection des populations les plus vulnérables», fait-il valoir. Compte tenu de ce constat, «le besoin de réformer le système de soutien des prix s’impose comme un impératif économique», avance le ministère.Toutefois, explicite-t-il, «s’il y a nécessité de revoir les dispositifs de soutien systématique en vigueur, la révision ne sera pas précipitée et ne sera pas appliquée de manière systématique et indiscriminée».

Les créneaux porteurs répondent aux abonnés absents
On attendait le tourisme et l’agriculture pour combler les déficits et renflouer les caisses vides ; d’autant que les produits agricoles avaient, les premiers, donné des promesses avantageuses. Mais il n’en fut rien. Si le tourisme patauge encore dans ses tares, il demeure surtout prisonnier d’enjeux politiques et géostratégiques qui dépassent le seul cadre de l’Algérie. Par contre, le commerce extérieur, dont on disait tant, a été la cata de l’année avec, en prime, les produits agricoles exportés puis renvoyés de France, de Russie, du Canada et du Qatar. Le commerce extérieur a viré au cauchemar
Une réunion s’est tenue au ministère de l’Agriculture pour étudier les motifs du renvoi de plusieurs cargaisons algériennes des pays européens, asiatiques et américains après la constatation, sur place, de défauts, dont la non-éligibilité aux normes internationales ou encore le taux de pesticides élevés sur les produits. Lancé par le gouvernement pour être le palliatif du manque à gagner pétrolier, le commerce extérieur vire au cauchemar. La France, qui avait saisi les autorités, a notamment découvert une énorme quantité de verres de terre dans les dattes algériennes. Résultat : celle-ci avait été entièrement brûlée. Cette réunion vient après le cauchemar vécu par les exportations algériennes dans un laps de temps très court. Le président de l’Association nationale des exportateurs algériens (ANEXAL), Ali Bey Nasri, avait annoncé que plusieurs cargaisons de dattes et pommes de terre ainsi que d’autres produits agricoles ont été refoulées par la Fédération de Russie, le Canada, la France ainsi que le Qatar, car elles ne répondaient pas aux normes et ne correspondaient pas aux termes du contrat conclu entre les deux parties. Ali Bey Nasri concluait qu’«il ne suffit pas de produire : il faut également savoir produire et respecter des normes afin qu’on n’entache pas la bonne réputation des produits algériens».
I.M. Amine